Politique / Monde

Comment Trump et Berlusconi ont changé notre vie politique

Temps de lecture : 14 min

Les deux milliardaires n'ont pas uniquement marqué leur pays. Ils ont aussi influencé la politique française et transformé tous ses codes.

Donald Trump et Silvio Berlusconi, en plein discours. | Saul Loeb / AFP | Andreas Solaro / AFP | Montage Slate.fr
Donald Trump et Silvio Berlusconi, en plein discours. | Saul Loeb / AFP | Andreas Solaro / AFP | Montage Slate.fr

Silvio Berlusconi comme Donald J. Trump n'ont pas fait qu'influencer leur pays respectif. Ils ont aussi influencé le nôtre, frappé d'une crise politique profonde depuis plus d'une décennie. Ces deux figures internationales, l'une européenne et l'autre américaine, ont marqué notre propre vie politique par un phénomène de fascination-répulsion, qui a fini par transformer ses codes.

Les deux milliardaires, incarnations du capitalisme triomphant des années 1980, ne sont pas non plus partis totalement de rien. Tous deux ont fait fortune dans le bâtiment. Tous deux, avant de se lancer en politique, ont cultivé des amitiés, parfois des accointances protectrices dans le camp opposé. Silvio Berlusconi a été longtemps le protégé de Bettino Craxi, qui a fait passer les lois nécessaires à l'expansion de son empire médiatique. La fédération de Milan du Parti socialiste italien (PSI) a aussi grandement œuvré à la constitution et au renforcement de la fortune de Berlusconi et de ses entreprises, la Fininvest ou Mediaset. «Milano II», cité idéale de la banlieue milanaise, est emblématique de ces relations complexes. Quant à Donald J. Trump, milliardaire emblématique de Manhattan, on le voit poser en photo avec Hillary et Bill Clinton, pour son mariage avec Melania.

Les slogans d'entrée en scène de chacun tranchent avec le pessimisme qui frappe l'Italie de 1994 comme les États-Unis de 2016: Berlusconi parle «d'un nouveau miracle italien» («un nuovo miracolo italiano»), Trump clame «Make America great again» («Rendez sa grandeur à l'Amérique»). Ces slogans ne doivent rien au hasard et ne sont pas totalement hors système: ils puisent dans l'histoire contemporaine des pays concernés des codes bénéfiques à leur entreprise. Berlusconi fait référence à la reconstruction de l'Italie. Trump renvoie à l'ère Reagan.

Berlusconi le mélomane, Trump le catcheur

Dans Loro, Paolo Sorrentino décrit un Berlusconi pathétique et vieillissant, qui se rassure en se prouvant qu'il est encore capable de vendre un appartement à une parfaite inconnue choisie au hasard dans l'annuaire. Cette quête éperdue de fuir son passé, de fuir son image est presque allégorique de nos sociétés dans leur ensemble, où l'homme vend un produit à son électeur. Ses innombrables come-backs, comme le nombre d'affaires judiciaires le concernant, ne sont pas sans rappeler Nicolas Sarkozy.

Il Cavaliere n'a jamais refusé d'user de son talent pour le spectacle, ni de celui, non moins éprouvé, de vendeur (il a commencé en vendant des aspirateurs avant de basculer dans l'immobilier). Chanteur sur des croisières au début de sa carrière, il a joué de son don pour la musique en allant jusqu'à affirmer avoir écrit les hymnes successifs des partis politiques qu'il a présidés. Berlusconi a aussi été patron du Milan AC, et de facto à la tête de clubs de supporters fort utiles ensuite.

Donald J. Trump s'est lui-même investi dans la télé-réalité et les réseaux sociaux. Héritier d'une entreprise familiale immobilière, il acquit davantage de notoriété dans la presse people après son mariage avec Ivana, sa première épouse, en 1977. Par la suite, il s'est révélé animateur d'émissions de divertissement, ou capable de monter sur le ring pour un match de catch en 2007.

La réduction du débat public à un débat sur leur personne a été une des caractéristiques de leurs campagnes électorales, les deux hommes accusant leurs adversaires d'avoir «peur du débat» ou, éventuellement, de «vouloir tricher». Pourtant, chacun s'inscrit dans un schéma plus complexe que celui laissant la prédominance à l'émetteur. C'est aussi une mutation des interactions avec les citoyens qu'ils impulsent, une mutation qui les précède et les dépasse, mais dont ils sont les puissants révélateurs et accélérateurs.

Créer l'événement à partir de rien

Pierre Musso analyse, dès 1997, le «moment Berlusconi» comme un passage de la construction d'un groupe de communication (Fininvest, Mediaset) à la construction d'une hégémonie politique. En 1994, lors de la victoire de sa coalition, Silvio Berlusconi a sacré deux formations de droite radicale –la Lega Nord d'Umberto Bossi et le MSI-DN devenu Alleanza Nazionale de Gianfranco Fini– formations de gouvernement, ce qui passe relativement inaperçu face aux interrogations quant au «télépopulisme» ou à la «télécratie». Dès 1974 en effet, Silvio Berlusconi s'est employé, à Milan, à accompagner son ascension d'homme d'affaires d'un investissement constant dans les médias. On oublie aussi que l'Italien a contribué aux évolutions du paysage audiovisuel français. En 1985-1986, Berlusconi avait pu faire partie de l'alliance capitalistique créant La 5, grâce au vote des seuls élus du Parti socialiste à l'Assemblée nationale.

Les extravagances respectives de Berlusconi puis de Trump ont été l'écran qui a camouflé les causes et les conséquences de leur investissement en politique et, pis, de leur succès. On connaît par cœur les outrances comportementales de Trump, mais on se souvient moins désormais de celles de Berlusconi, proposant un jour à Martin Schultz, le leader du PSE au Parlement européen, de «lui réserver le rôle du Kapo dans une production italienne sur les camps de concentration».

En 2012, il déclare «on m'a accusé de tout sauf d'être gay» après avoir déclaré «mieux vaut aimer les femmes que d'être gay», ou fait les cornes à un de ses homologues dans un Conseil européen. Recevant un chef d'État étranger, il lui dit publiquement que celui-ci «est beaucoup plus beau que l'amant de [sa] femme». Chacune de ses apparitions au Parlement de Strasbourg attirait presqu'autant de photographes et de télévisions que le festival de Cannes. Cette façon de créer l'événement à partir de rien, et aux dépens de la fonction, a indubitablement impressionné nombre d'hommes politiques français et européens.

OPA politiques, durcissement des clivages

Il y a une forme d'effet ciseau sur nos démocraties dans l'émergence de Berlusconi puis de Trump dans la vie politique de leurs pays, puis dans la vie politique internationale. Le premier effet est celui d'une fascination pour leur ascension et d'un usage de leur rhétorique ou de leur technique de communication. Puis vient le second, une hyper personnalisation et une personnification exacerbée du débat, qui aboutit à ignorer les dynamiques sociales de l'Italie et des États-Unis d'Amérique. Vingt-cinq années durant, en dépit du travail rigoureux de la presse française en Italie, la plupart des commentaires politiques se sont focalisés sur la personne de Berlusconi et sur ses télés, sans appréhender la complexité du phénomène qu'il a incarné.

Il ne faut pas oublier que c'est le discrédit de la classe politique de la Iere République, celle de la Démocratie chrétienne, du Parti socialiste italien et des petits partis gouvernementaux du centre, qui a fait descendre Berlusconi dans l'arène. De la même façon, le bilan catastrophique des deux mandats de George W. Bush et les fractures de la crise non résorbées par les deux mandats d'Obama ont donné le carburant politique et électoral dont Trump avait besoin. Berlusconi s'est donc substitué à la DC et au PSI et Trump, en 2016, a bousculé les hiérarques du Grand Old Party puis battu Hillary Clinton, la plus éminente représentante de la ligne du Parti démocrate depuis plus d'un quart de siècle.

«Les communistes mangent les bébés.»
Silvio Berlusconi, lors d'un discours en 2006

La naissance ou renaissance de la droite italienne à partir du début des années 1990, le surplace de la vie économique italienne sous les gouvernements Berlusconi: tout cela semble avoir été passé au second plan par les frasques, scandales et les comportements parfois curieux du chef du gouvernement italien. Berlusconi a été couvé par le Parti socialiste italien de Bettino Craxi, condamné pour corruption, mort en exil et régulièrement honoré par Berlusconi. Il a reconverti nombre de ses cadres dans Forza Italia. Parallèlement, il a acquis Il Giornale en 1992, le journal historique de la Destra italienne, fondé et tenu par Indro Montanelli, qui devint propriété de son frère Pietro Berlusconi. Laissant miroiter à Gianfranco Fini la possibilité de lui succéder à la tête du gouvernement italien, il a opéré une OPA sur Alleanza Nazionale, son allié depuis 1994.

Le manichéisme tapageur, provocateur et outrancier de Berlusconi («les communistes mangent les bébés») ou de Trump (sur les «antifas», les Clinton) a produit une surenchère attendue de la part de beaucoup d'observateurs ou d'opposants. L'un comme l'autre ont été davantage que le produit de ce manichéisme, en constituant de véritables coalitions sociales, politiques, partisanes. Donald J. Trump s'est beaucoup appuyé sur Breitbart News, un média d'extrême droite, et réalisé une OPA sur la CPAC «Conservative political action conference», à laquelle il a ordonné de «dégager» tous ses adversaires. C'est en public que Berlusconi a écarté Fini sans aucun ménagement en 2010.

Argent, médias et violence sont les maîtres mots de ces deux aventures qui fascinent beaucoup de nos responsables politiques. L'exposition de leur situation de milliardaires a contribué également à ancrer l'idée que richesse et pouvoir étaient synonymes, et qu'un rapport de cause à effet liait les deux. Ainsi, on prête tôt à Nicolas Sarkozy l'intention de «faire du fric» après l'Élysée. De même quant à son obsession du rapport privilégié avec certains médias et journalistes.

Consensus entre forces déclinantes

À partir du milieu des années 1980, tendanciellement en France, les codes inhérents à l'aspiration au consensus imprègnent le pays. Progressivement, un espace pour des forces «populistes» voit le jour. Le consensus entre forces politiques déclinantes sécrète diverses formes de populisme. La focalisation sur les personnes, leur comportement, est aussi liée à l'importance prise par le consensus, dont Berlusconi et Trump entendent se démarquer par des polémiques parfois surréalistes. En effet, en Italie, la «partitocratie» a vécu et les partis traditionnels sont discrédités. Aux États-Unis, un tiers parti, le Reform Party, tire profit en 1992, 1996 et 1998 de la désaffection pour le bipartisme.

S'il est vrai que la Chambre des députés de la République italienne a été, de longue date, le théâtre d'esclandres ou de performances aux limites de la civilité républicaine la plus élémentaire sinon, d'ailleurs, du bon goût, l'émergence de l'empire médiatique berlusconien a propulsé sur les plateaux télé ces mœurs douteuses en les amplifiant. Les talk-shows des télévisions de Berlusconi ont fini par déteindre sur les chaînes publiques de la RAI. Donald J. Trump a été, quant à lui, un pionnier de la téléréalité, notamment avec son célèbre «you're fired», et a très vite adopté Twitter comme principal vecteur de son expression. Les deux milliardaires ont en commun d'apprécier se mettre en scène, sans filtre.

La force de ces expériences politiques tient donc en une recette assez simple. Il leur a d'abord fallu casser les codes anciens de la vie politique. Silvio Berlusconi a totalement effacé l'héritage de la classe politique d'avant 1992, tout en construisant un alliage plus subtil qu'il n'y paraît entre les éléments anciens et les nouveaux. Il s'est adressé à un noyau électoral fervent, au-delà parfois de la rationalité la plus élémentaire, faisant de l'électeur un consommateur. Il a personnifié son pouvoir à l'extrême, contournant ou cherchant à contourner les institutions comme la justice, au mépris de la légalité dans certains cas. Il a subverti les clivages existants par un manichéisme sans limite et camouflé la réalité de son action et de son bilan.

Dans une Amérique durement affectée par la crise de 2008-2009, Donald J. Trump a procédé de la même façon. Le système électoral américain ne laisse quasiment aucune place à une ascension politique qui ferait fi des deux grands partis –le Parti républicain et le Parti démocrate– et Trump a mesuré les limites de l'expérience de Ross Perot, candidat deux fois à la présidentielle ou de Jesse «The Body» Ventura, élu gouverneur du Minnessota en 1998 pour le parti de Perot, le Reform Party et devenu depuis théoricien flirtant avec le conspirationnisme… Le succès spectaculaire de Ventura le soir du midterm de 1998 inaugurait probablement une forme de trumpisme avant l'heure, et alertait sur la possibilité d'une percée de candidats en rupture avec l'establishement des deux grands partis.

On sait que Berlusconi et Trump sont d'abord entrepreneurs du bâtiment. Ce n'est pas un hasard si l'Américain s'avère si à l'aise dans le rôle de promoteur du mur à la frontière du Mexique («Build that wall»), dont le bilan est modeste en termes de construction. Au moment de la catastrophe de L'Aquila en 2009, c'est Berlusconi qui prend la tête de la reconstruction de la ville après le tremblement de terre qui a fait 290 morts, allant jusqu'à organiser un show télévisé de remise des clés aux propriétaires, show aussi sirupeux que d'un goût douteux. Si Trump comme Berlusconi trébuchent sur une crise sanitaire ou une catastrophe naturelle, ils révèlent l'importance croissante du décisionnisme dans la vie politique. Décisionnisme qu'a incarné un temps Matteo Renzi mais que l'on retrouve aussi dans la posture politique de Nicolas Sarkozy ou, par la suite, de Manuel Valls.

Plateaux télé, réseaux sociaux, faits divers, presse people…

Il n'est plus rare du tout d'apercevoir tel ou tel homme politique dans l'émission «Touche Pas à Mon Poste» de Cyril Hanouna. Les mêmes étaient, dans les années 1994, épouvantés de la vulgarité des émissions du début de l'ère Berlusconi. En instantané dès leur présence à l'antenne, c'est invariablement une suite de tweets grossiers et violents qui s'ensuivent, traduisant indubitablement un ensauvagement des codes démocratiques.

La droite a cédé de longue date aux sirènes du berlusconisme, sans avoir toutefois les moyens matériels et médiatiques de l'imiter totalement. En 1994, ministre du gouvernement d'Édouard Balladur, Alain Madelin ne cache pas son enthousiasme devant le succès de la coalition portant Silvio Berlusconi au pouvoir. En 1995, le RPR esseulé au Parlement européen, constitue un groupe avec les élus berlusconiens de juin 1994. En 2001, il réitère le même enthousiasme devant la victoire de la même coalition. Édouard Balladur parle «d'exemple à suivre». Claude Goasguen invite également Jacques Chirac à «s'inspirer» de l'expérience Berlusconi.

Ce que les responsables politiques révèlent surtout, c'est leur fascination devant l'ampleur prise par la télévision dans la vie politique. Par la suite et très vite, la droite adopte la recette berlusconienne: ouverture et rupture. Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ne sont pas réputés pour leur amitié réciproque, mais force est de constater que son ascension politique entre 2005 et 2007 emprunte les codes et les recettes de Forza Italia à partir de 1993. Il manque à cette droite française l'articulation entre puissance d'un groupe, comme la Fininvest/Mediaset, et une incarnation apte à reproduire le schéma berlusconien.

Trump a surgi dans l'arène politique comme Berlusconi. Il a fasciné une partie de la droite, mais assez curieusement aussi de la gauche française, cette dernière paraissant davantage préoccupée par les résultats d'un bureau de vote de l'Ohio que par ceux du Limousin.

Le consommateur et l'électeur ont fusionné

Le profond dérèglement de notre vie politique est induit par le régime initial de la Ve République et la prédominance donnée au président de la République, en particulier après 1962, mais qui se traduit progressivement par la transformation du chef de l'État en un faiseur de pluie. Celui-ci a vocation à tout connaître et tout résoudre. Dans un contexte de déclin économique, ce faiseur de pluie invoque la colère et, grâce aux réseaux sociaux, peut enrôler une masse de sympathisants dans une sorte de grand tribunal populaire des imperfections et des impasses des gouvernements précédents.

Avec Berlusconi, le rêve a été vendu sous toutes ses formes: campagnes en bateaux de croisières, promesses mirifiques à une Italie qui voyait naître la «génération 1.000 euros». Ses apparitions, comme le contrôle exercé sur une partie de la presse people cisalpine et transalpine, fascinent. La proximité de «Mimi» Marchand, impératrice de la presse people, avec le président Macron a confirmé cette lourde tendance qui, si elle est ancienne, a pris un essor spectaculaire grâce aux usages venus de la firme Berlusconi. Depuis 2007, les candidats à l'élection présidentielle cherchent à faire la une des kiosques à journaux plutôt qu'à échanger avec les forces sociales du pays. Le consommateur et l'électeur ont fusionné.

À l'issue de son mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy est en proie à plusieurs affaires judiciaires. On le suspecte aussi de vouloir revenir dans l'arène politique et, de ce fait, on parle de sa «berlusconisation». Nicolas Sarkozy a pu s'appuyer sur des amis propriétaires de médias mais n'est pas lui-même propriétaire de médias, ce qui le distingue de Berlusconi: il n'est pas le maître des flux.

Berlusconi et Trump procèdent de la même façon: une phrase, une expression polémique focalise l'attention sur eux et démolit à chaque fois ce qui paraissait faire consensus dans la vie politique et sociale jusqu'alors. Prétendant parler pour une majorité silencieuse, ils définissent les termes du débat, même si celui-ci est sans intérêt majeur ou non décisif pour le pays. L'arrivée de Twitter hystérise encore les débats ainsi initiés. Il suffit aujourd'hui de regarder le réseau social en question pour voir que les codes trumpiens ont imprégné tout l'arc politique.

Berlusconi parvient à «vendre son parti» aux Italiens.

Berlusconi comme Trump usent d'un manichéisme débridé. Berlusconi, comme l'explique Pierre Musso, a implanté son empire médiatique et produit une sorte d'idéologie de substitution aux cultures communistes et catholiques entrées en crise. Il s'est appuyé sur Craxi pour imposer ses chaînes face à la Rai, a distillé son discours et ses promesses, ses rêves, passant allègrement de la sphère marchande à la sphère symbolique. En période d'effondrement des identités politiques, il est aussi dommageable que logique de voir des élus de la République, des responsables politiques, se ruer sur leur smartphone pour tweeter et commenter dans l'instant tout fait divers: plus celui-ci est atroce, plus implacable en est l'explication, toujours hâtive, le plus souvent inexacte et, in fine, indécente.

Trump et Berlusconi ont pour point commun d'émerger à des moments de crise globale. Rêve, manichéisme, promesses marchandes, simplification extrême du discours s'additionnent et, comme l'explique Pierre Musso, Berlusconi parvient à «vendre son parti» aux Italiens. De 2004 à 2014, l'émission «The Apprentice» sur NBC est une sorte de «Loft Story» professionnel faisant cohabiter dans la même suite de la Trump Tower des concurrents aspirant à intégrer la firme Trump. Donald J. Trump, qui est coproducteur de ce show télévisé, «vire» sans ménagement les candidats («You're fired») et procède à des placements de produit. Brièvement, en France, une version de l'émission voit le jour en 2015 avec, dans le rôle de Trump, le futur député LREM Bruno Bonnell.

En France, le degré de «perfection» de l'entreprise berlusconienne n'est pas atteint. Cependant la fascination pour le petit écran demeure, comme une forme de culture du clash, du buzz, impliquant une accentuation de la violence verbale dans le débat politique. Se mêlent chez nous les codes de la performance, de la dénonciation, de l'invective et de l'insulte. Berlusconi puis Trump ont fasciné au-delà du pensable, ils ont contribué à instiller dans la société des codes violents et mortifères. Jusqu'à la catastrophe?


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