Société

«C'était comme de la jalousie maladive de la part de mes propres meilleures amies»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Iris, qui ne se sent plus à sa place dans son groupe d'amies du lycée.

«Désormais, j'ai besoin de personnes qui me tirent vers le haut.» | Ivan via Flickr 
«Désormais, j'ai besoin de personnes qui me tirent vers le haut.» | Ivan via Flickr 

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Voilà déjà sept ans que je suis copine avec mes deux meilleures amies. Cela a été un réel coup de cœur lorsque nous nous sommes rencontrées au lycée, une évidence. Nous avions les mêmes envies et les mêmes rêves (de lycéennes): plaire, faire la fête et se faire des groupes d'amis. Mais à l'époque encore, aucune ambition professionnelle ni même d'avenir. Tout ce qui se passait au lycée restait au lycée et c'était ce qui nous rendait vivantes.

Aujourd'hui à 24 ans, plein de rêves et d'ambitions en tête, nous sommes toujours amies toutes les trois mais j'ai du mal à m'avouer à moi-même ainsi qu'à elles que cette flamme d'amitié s'est largement éteinte de mon côté. En fait, je me sens en total décalage avec leurs idées, leurs projets, leur humour. C'est comme si elles étaient encore dans cette mentalité lycéenne aveuglante et n'en sortaient jamais. Désormais, j'ai besoin de personnes qui me tirent vers le haut, qui sont à l'écoute, qui aiment réellement passer du temps avec moi, plutôt que deux amies qui souhaitent seulement me côtoyer en soirée, à prendre des selfies et à boire des shots... Les seules fois où j'ai réussi à leur parler de mes questionnements, elles ont été très agressives envers moi, en me disant que j'avais «changé», que je m'exprimais trop comme une «adulte mature» et que je faisais trop «mine de vouloir montrer que j'ai de réelles ambitions professionnelles», etc…

Ces reproches ont été très difficiles à encaisser car cela se traduisait, à mon avis, comme de la jalousie maladive de la part de mes propres meilleures amies, les deux contre moi, et ce, depuis quelques années. Alors que, de mon côté, je m'épanouis très sincèrement dans ma vie et j'adore ce que je fais.

Je ne sais plus où me mettre aujourd'hui car j'ai l'impression d'avoir cette étiquette de «meilleure amie de» collée sur la tête, d'appartenir à leur vie et de ne plus pouvoir en sortir car j'ai l'impression qu'elles vont me hanter (sachant que nous sommes voisines et que nous avons le même groupe d'amis).

Que dois-je faire? Couper les ponts? Au risque de les voir m'en faire baver des années? M'adapter? Grande culpabilisatrice que je suis…

Je n'ose pas leur faire part des mots et hantises qui me viennent jour et nuit en tête. Je me sens comme bloquée entre ces deux amies de lycée, qui au fond, ne sont plus aussi intéressantes que je le pensais et qui m'apportent plus que du mal.

Que dois-je faire dans cette situation?

Iris

Chère Iris,

J'ai bien connu cette situation, d'amitiés qui durent alors que les cœurs et les esprits sont bien éloignés depuis un moment déjà. Souvent, quand on s'en rend compte, et même quand on en souffre, on reste parce qu'on se dit que les amitiés de dix ans ou de vingt ans, c'est tout ce qui compte. On nous répète à longueur de films et de séries télé que les amitiés de lycée, c'est un socle. Et, presque, que ne pas avoir d'amis de lycée est louche.

Moi, je n'ai plus aucun contact avec les personnes que j'ai côtoyées au lycée. Même celles et ceux avec qui l'amitié a duré en tout plus de dix ans. Je ne l'ai pas forcément choisi et j'ai terriblement souffert de cette rupture amicale. Est-ce que je le regrette? Parfois, ça m'arrive de penser que la personne dont j'ai besoin à un instant précis est une amie qui me connaîtrait depuis presque toujours. On rirait, on boirait des litres de thé et quand je sortirais de chez elle, j'aurais l'impression d'être à la fois plus riche et plus légère. Et puis, je me rappelle le reste. Je me rappelle combien j'avais parfois l'impression de ne pas être à ma place, combien j'étais jugée, combien je n'arrivais pas à me faire comprendre.

Je me rappelle les moments où nous étions tous et toutes enfermées dans des rôles et que le mien n'était rien d'autre qu'une prison. Quand j'ai voulu m'en détacher, j'étais critiquée. À la fin, je n'avais plus beaucoup de place pour évoluer. Il y a des parties de ma vie que je cachais, des aspirations que je taisais, comme vous.

Parce que je crois aux amitiés qui portent, qui soutiennent et qui élèvent, je sais que le contraire est également vrai. Les amitiés de lycée nous enferment parfois aussi dans un rôle, dans une case, à laquelle on peut ne plus correspondre. Que faire dans ces cas-là? Qu'est-ce que ça nous apporte de faire semblant, de jouer la comédie? Ici, il me semble que vous craignez plus un retour de bâton que le manque qu'elles pourraient laisser dans votre vie. Quelle relation saine est basée sur de la peur?

Vous connaissez en fait déjà ma réponse. Je pense que vous devez prendre vos distances comme on devrait toujours se protéger en premier quand une relation se déséquilibre et nous fait souffrir. C'est à vous de décider si cela doit se faire avec une grande discussion ou avec un départ à petits pas. Évidemment, la proximité physique est un souci mais cela pourrait être le point de départ pour une réinvention complète de vous-même, ailleurs. Vous n'avez pas forcément besoin d'aller loin mais juste de changer de paysage. Gardez en tête à toutes les étapes qu'il n'y a aucune honte à avoir d'être vous et de tracer votre route. Vous pouvez même en être fière. Tout vous poussait à rester immobile mais vous avez engagé votre propre mouvement. C'est souvent douloureux au départ mais au bout du chemin, vous vous rendrez compte que ça l'est beaucoup moins que de mentir. Et c'est largement plus gratifiant aussi.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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