Égalités / Culture

Anitta, reine de la pop brésilienne et nouvelle icône féministe

Temps de lecture : 4 min

Première Brésilienne à intégrer le top 20 Spotify, mais surtout féministe assumée et engagée, la chanteuse n'hésite pas à se servir de son rayonnement pour mener ses combats.

Anitta, troisième personnalité politique la plus influente au Brésil, est devenue une icône féministe. | Capture d'écran Anitta via YouTube
Anitta, troisième personnalité politique la plus influente au Brésil, est devenue une icône féministe. | Capture d'écran Anitta via YouTube

De son vrai nom Larissa de Macedo Machado, Anitta naît en 1993 à Rio de Janeiro, dans le quartier de classe moyenne Honório Gurgel, situé au nord de la ville. À 18 ans, alors qu'elle prépare un BTS en administration, elle brille sur la scène d'une émission de télévision de baile funk brésilienne. L'ascension suit rapidement.

Exporter le baile funk carioca

Dans les fêtes de rue des favelas comme dans les boîtes de nuit de la périphérie de São Paulo, on danse le baile funk avec frénésie. Pendant longtemps, cette musique latine est restée cantonnée à la langue espagnole. Mélangeant rythmes latinos et influences urbaines, ce style entraînant est proche du reggaetón. Anitta le définit comme un style éclectique, où les chansons parlent de tout (amour ou romance, pour danser dans la rue comme à la maison).

Jugé trop sexy et violent, ce style de musique est souvent stéréotypé et stigmatisé pour ses paroles crues parlant de sexe, d'armes et de drogues. En d'autres mots, on lui reproche de faire l'apologie du crime et de porter atteinte aux bonnes mœurs. D'après Anitta, dans une interview pour Brut, «c'est la vie dans la favela et la réalité qui changent les paroles et les compositions». Les artistes chantent ce qu'ils voient et vivent au quotidien dans les bidonvilles.

Polyglotte, la chanteuse parle aussi bien portugais qu'espagnol ou anglais dans ses titres, ce qui lui permet de répondre aisément aux interviews des journalistes étrangers. Et surtout d'exporter sa musique à l'international, en touchant un public plus large. Aussi multiplie-t-elle les collaborations musicales avec des artistes internationaux, souvent d'origine latino-américaine, tels que Cardi B, Maluma, Wisin ou encore Major Lazer.

Une image de marque travaillée

La reine de la pop brésilienne s'est créé une image de marque de femme fatale, grâce à son attitude transgressive et provocante. Chose commune au pays de la bossa nova, elle subit plusieurs opérations de chirurgie esthétique dès ses 18 ans pour moduler son visage à son goût.

Déjà suivie par 28 millions de personnes sur Instagram, elle est invitée à donner des conférences sur les clés de sa réussite aux États-Unis à l'université de Harvard, ou encore au MIT. Entrepreneuse, elle avoue à l'AFP avoir tenté de «faire différemment» de ce qui était proposé en musique. Pour ce faire, elle élabore des études de marché afin de comprendre quelles sont les tendances actuelles et comment les exploiter.

Élevée par une mère célibataire, Anitta n'a jamais caché que son initiative musicale était poussée par l'envie de gagner de l'argent pour vivre comme elle l'entendait. Par conséquent, se dessiner une image de marque propice à son ascension fait partie de son plan de réussite.

Défier Bolsonaro et lutter contre les discriminations

Dans un sondage lancé par le journal O Globo, Anitta arrive troisième au classement des personnalités politiques les plus influentes au Brésil. Un rayonnement qu'elle utilise pour servir les causes qui lui tiennent à cœur.

Dans le clip de «Loco», elle invite le mannequin trans La Demi à danser à ses côtés. Elle affiche clairement son engagement auprès de la communauté LGBT+, dans un pays où ses droits sont menacés par l'administration de Jair Bolsonaro.

Dans une interview donnée au Guardian, la chanteuse défend le mouvement Black Lives Matter et dénonce la brutalité policière qui se joue dans les favelas brésiliennes, que le président en place tend à encourager. Ce dernier préconisant d'ailleurs des politiques climatosceptiques, elle précise être sensibilisée au dérèglement climatique.

Quand l'artiste portoricain Arcángel crée la polémique en postant dans une de ses story Instagram «vous voulez être respectées en tant que femmes mais vous montrez vos fesses pour des likes», Anitta répond rapidement. «Tu peux montrer les fesses des femmes dans tes vidéos et chanter des paroles explicites pour obtenir des likes, et en même temps dire que les femmes qui montrent LEURS PROPRES FESSES sur leurs réseaux sociaux ne se fait pas. Je suis confuse», écrit-elle en postant une photo d'elle en maillot de bain.

Sanctuarisée par Netflix

Fin 2020, Netflix lui consacre la série documentaire Anitta: Made In Honório, qui raconte son parcours personnel au fil de son succès. On y découvre comment elle est devenue célèbre, son éthique stricte mais aussi le soutien crucial de sa famille dans son ascension fulgurante.

Dans le premier épisode, on apprend qu'elle a subi des abus sexuels dans sa jeunesse. Elle confie à propos de cette expérience traumatisante: «Il m'a fallu beaucoup de temps pour reconnaître que ce n'était pas de ma faute. Pour ceux qui me demandent d'où vient Anitta, il y a la réponse.»

En 2018, Netflix avait déjà réalisé la série Vai Anitta, qui suivait la star carioca dans les coulisses de sa vie d'artiste. Cette entrepreneuse s'est fixé l'objectif de créer chaque mois une nouvelle chanson et le clip qui l'accompagne.

Icône féministe carioca

Au Brésil, le baile funk et bien d'autres danses mettent en avant le «bum bum», le fessier. Comme beaucoup d'autres artistes au premier abord, Anitta peut sembler être une femme-objet mettant en scène ses attributs féminins, en hypersexualisant son corps.

Féministe assumée, elle n'hésite pas à montrer ses formes sous tous les recoins devant la caméra, sans complexe. Ainsi, dans le clip de «Vai Malandra», traduit en français par «Fonce, mauvaise fille», on aperçoit dès les premières secondes sa cellulite bouger au rythme de ses pas. À la chaîne Arte, elle confie que le réalisateur a voulu retoucher sa peau d'orange sur Photoshop, ce qu'elle a refusé. En effet, accepter les particularités de son corps de femme est l'une de ses priorités, dans sa démarche body positive. Anitta fait l'éloge d'une féminité décomplexée, libre des jugements et des injonctions faites aux femmes. «Vai Malandra» sera la première chanson brésilienne à intégrer le top 20 de Spotify.

Dans cette même chanson, elle enchaîne rapidement: «Se prepara, vou dançar, presta atenção», ce qui signifie en français «Prépare-toi, je vais danser, regarde-moi!». Une féminité complètement assumée dont elle joue aisément, elle qui ne demande qu'à participer à l'évolution du Brésil et à émanciper les femmes.

Newsletters

La ménopause peut être une période cruciale (et cruelle) dans la vie professionnelle d'une femme

La ménopause peut être une période cruciale (et cruelle) dans la vie professionnelle d'une femme

Un sondage mené aux Royaume-Uni sur près de 4.000 femmes apporte des résultats édifiants.

Pourquoi les Françaises sont particulièrement insatisfaites de leur vie sexuelle

Pourquoi les Françaises sont particulièrement insatisfaites de leur vie sexuelle

Les principaux facteurs explicatifs sont d'ordre biologiques, psychologiques, culturels et sociologiques.

Les mariages homosexuels sont possibles au sein de la famille royale néerlandaise, sans perdre l'accès au trône

Les mariages homosexuels sont possibles au sein de la famille royale néerlandaise, sans perdre l'accès au trône

Le Premier ministre des Pays-Bas a rédigé une lettre au Parlement sur le sujet, après la parution d'un livre.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio