Jacques Attali: la dépression mondiale est devant nous
La crise grecque illustre le retour du chacun pour soi et la fragilité de l'Europe. La gouvernance mondiale via le G20 aura été une illusion de courte durée.
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Vain G20
Pendant ce temps, le G20 continue à ne servir à rien. Après les discours ronflants qui avaient précédé et suivi les premiers G20, à Londres et à Pittsburgh, les réunions suivantes sont passées de plus en plus inaperçues. Jusqu'à celle de Washington, la semaine dernière, qui fut un échec total. Cette indifférence s'explique aisément: presque plus personne n'en attend quoi que ce soit.
Et pourtant, depuis qu'on a, avec tant de fanfares, lancé ce nouveau forum, qui devait installer une véritable gouvernance mondiale, bien des choses ont été promises par les dirigeants de ces pays, entre deux photos et trois conférences de presse: installer une réglementation financière pour contrôler la spéculation; obliger les banques à augmenter leurs fonds propres; faire disparaitre les paradis fiscaux; contrôler les bonus; distinguer les activités spéculatives de la gestion de l'épargne; faire en sorte, enfin, que les instruments d'assurance ne servent plus à faire des paris. Le G20, promettait-on, allait rendre moral le capitalisme.
Le retour du chacun pour soi
De tout cela, il ne reste rien. Plus personne même n'en parle. Ou, plus précisément, chacun n'en parle plus que pour lui-même. Les Etats-Unis tentent, dans la grandeur de leurs institutions démocratiques, de mettre à nu un système dont ils n'ont pas les moyens de contrôler l'évolution, dans le seul but de sauver leur propre système bancaire. Les Européens gardent en fait leur argent pour financer leurs propres déficits, et ne veulent pas le voir disparaître dans le puits sans fonds de la dette grecque, puis espagnole. Et les Chinois, de réunion en réunion, font valoir leurs nouveaux pouvoirs.
Une fois de plus, la dette souveraine est au cœur de la géopolitique. C'est elle qui dicte l'avenir des nations. C'est elle qui pousse au chacun pour soi.
Il faut bien comprendre ce qui se joue là. Une véritable dépression mondiale est devant nous. Non par les nécessités de l'économie. Mais par la lenteur, la myopie, l'égoïsme, de ceux qui conduisent le monde en ces moments difficiles. Les victimes seront d'abord les Européens, parce qu'ils sont divisés, parce qu'ils ne réalisent pas l'urgence, parce que les chefs de gouvernement européens ont mieux à faire que de se réunir autour du 10 mai! Puis viendra le tour des Américains, parce qu'ils sont cigales. Puis le reste du monde suivra, parce que nul ne pourrait survivre à la faillite de la moitié la plus riche du monde.
Une urgence: muscler l'UE
Il est encore possible de l'éviter. Avec beaucoup d'audace. Il est temps, pour les Européens, de comprendre l'urgence de leur unité: ils sont le maillon faible du monde. Il est temps de penser à mettre en œuvre à l'échelle du monde ce qui a été soi-disant décidé dans les précédentes réunions du G20. Sinon, il ne restera bientôt plus rien à faire que de mettre en place une caisse d'amortissement planétaire de la dette mondiale, comme on l'a fait en 1930 pour la dette allemande, alors qu'il était déjà trop tard pour éviter la catastrophe.
Le prochain sommet du G20, à Ottawa, à la fin du mois de juin (précédé du New York Forum, où se retrouveront les principaux dirigeants des plus grandes entreprises mondiales), sera le sommet de la dernière chance. Il importe de le préparer très vite, très sérieusement. Si on ne veut pas qu'il ressemble à un repas de funérailles.
Jacques Attali
À LIRE ÉGALEMENT: Attali-Minc: la facture de la crise n'est pas payée, Plaidoyer pour l'inflation, et Le déficit doit être détruit avant qu'il nous détruise.
Photo: le cadran à New York qui mesure en temps réel la dette de l'Etat fédéral américain Shannon Stapleton / Reuters
Mis à jour le 29/04/2010 à 17h05













































A ce stade, le chacun pour soi impose une véritable écologie de l'esprit: une hémiplégie semble s'être installée: compter plutôt que penser et compter c'est aller toujours plus loin de surenchères en surenchères. Depuis si longtemps ignorer la pensée aboutit à commenter la confusion, alors que remonter simplement la chaîne causale des évènements financiers et économiques semble un effort surréaliste: la "pensée unique" a largement atrophié les esprits: l'objectivité n'est pas de mise au delà du constat de situations qui n'étonne que les aveugles volontaires ou non: "regardes à travers la vitre et tu verras le monde, mets-lui une feuille d'argent et tu ne verras plus que toi-même" dit l'adage...
La dépression justement annoncée gagnera les esprits trop fatigués de court-terme et d'éphémère atomisant: regarder sur la durée, sur plusieurs décennies et non les courbes "intraday", l'évolution des bilans des banques centrales: regardons ces courbes-là et la cause fondamentale de la dépression planétaire apparaîtra à tout esprit objectif: leur actif himalayen est notre passif abyssal! La perte de sens et de responsabilité est la conséquence de leur excès de laisser-aller: c'est elles qui doivent rendre des comptes et qu'il faut réguler d'urgence pour que le monde retrouve ses amarres: éviter une dépression mondiale passe par une dévaluation mondiale: la finance doit perdre sa valeur très largement fictive pour que l'économie retrouve la sienne: réhabiliter une pratique de la valeur - par essence une qualité et non un chiffre - pour retrouver une valeur authentique de la monnaie, seule antidote à la dépression: quelles notes attribuer aux banques centrales? AAA?? L'inflation-dévaluation va sans doute réduire le nombre de "A"...
N'arrive-t-on pas à une fin de cycle, celui des années 90 et 2000, où les pays asiatiques acceptaient de financer le déficit des Etats-Unis pour vendre leurs productions ?
Si la consommation américaine s'effondrait qu'arriverait-il au dollar ?
Et si le dollar s'effondrait, qu'en serait-il de notre euro surévalué ?
Il est tout à fait remarquable, alors que officiellement du moins, le plus dur de la crise est passé, c'est une dépression grave que se prépare et qui pourrait à terme entraîner l'explosion de l'Europe qui aura montré son incapacité à jouer dans le monde, le rôle qui aurait dû être le sien.
Si seulement les gournements europeens pouvaient pour une fois oublier leur egoisme, et leur motivation electorale.
Il faut que l Europe se fasse et vite!
Faisons une Europe federale avec un gouvernement europeen. Que l Allemagne arrete avec son hypocrisie, si l Europe ne fait pas elle aussi tombera avec les autres.
Que la France oublie une fois pour toute ces reves de grandeur irrealiste.
Que les pays de l Est redecouvrent l europe occidentale sous son meilleur jour.
Que les pays du Sud decouvrent que lorsque ne suit pas les regles du jeu, et bien cela peut amener des sanctions.
Que les pays du Nord arretent de vivre en pseudo autarcie, prenant comme l Angleterre seulement ce qui les arrange de l Europe.
Reconstruisons l'Europe autour de l'Euro avec enfin un gouvernement capable de discuter avec la Chine, l Inde, le Japon, les Us en egale et n ont en simple consommateurs appauvris.
Il est temps avant qu il ne soit trop tard!
Deux guerres mondiales ont debutte en Europe evitons de provoquer une troisieme des troubles qui aurait un impact à l echelle mondiale...
Je vais aussi y aller de mon petit commentaire parce que, je l'avoue, je suis un fan de Jacques Attali mais son article m'interpelle sur plusieurs points et comme j'ai l'esprit tordu, il y a une ou deux choses qui me viennent à l'esprit.
Il y a deux ans, une crise économique majeure nous est arrivée d'outre atlantique et nous nous sommes vite rendus compte que tout l'édifice ressemblait à un château de cartes. Cette crise a été provoquée par des financiers sans scrupules. A l'époque, tous les états se sont mis vent debout pour sauver le système financier à grand renforts de milliards.
D'ailleurs, j'aimerai bien savoir d'ou sont venus tous ces milliards miraculeux.
En deux ans, les financiers se sont refaits une bonne petite cerise sur leur gros gâteau et ils en viennent à spéculer sur des états asphyxiés.
Certes, il semblerait que 30% de l'économie grecque échappe à tout impôt, certes, leurs dirigeants se sont comportés de façon "légère" mais ils ont quand même été élus et donc quelque part, les grecs peuvent s'en prendre à eux même (je sais que la généralité n'est jamais bonne car beaucoup vont rester sur le bord de la route).
Alors voilà ma petite réflexion. Les états ( donc nous ) ont sauvés les banques et le système financier avec grand renfort de mots magiques du style, régulation, moralisation etc; Deux ans plus tard, les mêmes banques prêtent à des taux monstrueux au pays en difficultés et mettent en danger le fondement même de l'Europe, l'Euro. Le serpent monétaire est-il en train de se mordre la queue...
Deuxième petite réflexion. Je faisais partie des imbéciles qui pensaient qu'ils ne fallait pas sauver le système bancaire en 2008 car j'étais à peu près persuadé que la Terre continuerai de tourner. Nous avons créé un monstre qui s'est retourné contre son maître et qui est devenu plus puissant que lui. Un système interbancaire et financier régi par des algorithmes ou l'humain n'est qu'une variable d'ajustement. Triste monde que celui là.
Un monde dont beaucoup de gens, la fameuse majorité silencieuse, ne veulent plus mais ce qui est formidable avec l'être humain, c'est qu'il préfère continuer sur le mauvais chemin, parce que c'est un chemin, plutôt que de changer de direction. Aller dans le mur, c'est toujours aller quelque part...
p.s tout à fait personnel: Merci Monsieur Attali, j'adore votre façon de voir les choses.
La baisse de 10 points de déficit en 2 ans , pour un pays, la Grèce, qui a plus de 100% de dette publique, est-elle réaliste, sauf à casser le pays?
J'en doute, et l'Espagne avec 20% de chômeurs ne s'en sortira pas seule, pas plus que le Portugal!
L'Europe a-t-elle les moyens de payer toutes ces notes? Pas sûr et la dépression pourrait commencer par notre continent dont la capacité de résilience n'est pas celle de la Chine ou même des USA!
Mais la Chine et les USA sans le marché européen seraient sérieusement frappés: alors, le scénario de M.Attali devient très plausible, et le G20 n'y changera pas grand chose, hélas!!