Les agences de notation complices de la spéculation
Quelle est la légitimité des trois grandes agences de notation dont le rôle se borne souvent à amplifier et légitimer les crises spéculatives? L'irresponsabilité et le conflit d'intérêt restent la norme dans la finance internationale.
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Les meilleures amies des spéculateurs. Les agences de notation sont trois, Standard & Poor's, Moody's et Fitch, toutes privées et de culture anglo-saxonne, à s'être arrogées le droit de juger des Etats ou des entreprises en les notant à partir de critères strictement financiers: leur dette, et leur capacité de remboursement. La Grèce, aujourd'hui, encaisse alternativement les coups des uns et des autres. Maillon faible de la zone euro, elle est dans le collimateur des spéculateurs, qui considèrent qu'avec un déficit correspondant à 13% du PIB en 2009 et une dette publique égale à 115% de sa production annuelle de richesse, le pays ne pourra pas honorer sa dette. Les agences, alors, interviennent, abaissant la note du pays, signifiant par là un risque d'insolvabilité, et justifiant a posteriori la pression spéculative.
Du coup, effectivement, les conditions auxquelles la Grèce peut emprunter de l'argent sur les marchés se détériorent. Une prophétie auto-réalisatrice caractéristique des marchés financiers. Les créanciers se font soudain rares sur la foi des notes attribuées par les agences. Pour compenser cette perte de confiance, les intérêts sont relevés... jusqu'au moment où le service de la dette, trop lourd, pourrait étouffer une économie qui vit déjà au-dessus de ses moyens.
Spéculation sur une défaillance
Intervention du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Europe (Allemagne et France en tête)... des mesures ont été prises pour rassurer les marchés, afin que les soutiens manifestés à la Grèce lui permettent de lever des fonds à des taux non prohibitifs. Mais il suffit que, sur fond d'élections nationales, la tension monte en Allemagne sur l'opportunité d'aider la Grèce, pour que la spéculation fasse encore monter la tension au prétexte qu'Athènes pourrait être lâchée au milieu du gué. Alors, pour trouver de l'argent, la Grèce doit consentir des taux plus élevés. Les taux à 2 ans ont grimpé à 12%. Et les taux à 10 ans, qui étaient encore à 5,5% début 2010, ont dépassé les 9,7% le 26 mars et 10,8% mardi 27 avril... alors qu'ils ne sont qu'à 3% pour l'Allemagne, à moins de 3,5% pour la France, à 4% pour l'Espagne et à 4,5% pour le Portugal. C'est alors que S&P est intervenue à nouveau en dégradant la Grèce, semblant légitimer des craintes toutes... spéculatives.
La dimension de politique intérieure allemande est occultée
Obstinément, S&P, Moody's et Fitch veulent ignorer le caractère subjectif de certains éléments à l'origine de ces craintes comme, en l'occurrence, le débat politique allemand. Certes, la Grèce est confrontée à une situation difficile. Mais en la créditant de la même note qu'un fonds spéculatif, elles amplifient les effets de la spéculation alors que le très prudent président de la BCE Jean-Claude Trichet affirme «qu'aucun pays de la zone euro ne fera défaut», et que le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn réaffirme sa confiance. Ces agences de notation agissent à nouveau comme des électrons libres qui démonétisent l'action des responsables politiques, sans disposer d'une quelconque légitimité pour se positionner au-dessus des pouvoirs. Surtout lorsque, à la Commission européenne, on semble émettre des doutes sur le comportement de certains acteurs et qu'on en appelle à leur sens des responsabilités.
Pompiers pyromanes
Si, encore, elles étaient investies d'une véritable mission pour anticiper les évènements et permettre d'en amortir les conséquences! Elles revendiquent cette fonction, mettant en avant leur capacité d'alerte lorsque des problèmes se profilent. Dans la réalité, on est loin du compte. Elles n'ont pas joué ce rôle à l'occasion de la crise des «subprimes», laissant la spéculation mettre en œuvre une machine infernale qui explosera avec les conséquences que l'on sait sur l'ensemble des économies de la planète.
Mais lorsque la crise s'est déclenchée, elles ont laissé tomber leur épée de Damoclès, aggravant la vulnérabilité des entreprises et amplifiant la déroute boursière, accentuant ainsi la défiance des marchés et au final accélérant la transmission de la crise bancaire à l'économie réelle. On les accusa alors de se transformer en pompiers pyromanes, négligeant même de prendre en compte l'effet loupe créé par l'application des nouvelles règles comptable (IFRS) dans les mécomptes des entreprises.
Amplification des crises
Les agences de notation furent sévèrement contestées, remises en cause jusque dans leur méthodologie. Leurs défaillances et leur nocivité furent mises en avant, en Europe comme aux Etats-Unis. Elles se défendirent, reprenant ce qui est devenue une antienne: «Ce n'est pas en cassant le thermomètre que l'on soigne la maladie.» Oubliant au passage que, à la différence d'un simple instrument de mesure, leur système de notation est un facteur d'aggravation de la maladie. Les critiques, finalement, s'éteignirent et le mode de fonctionnement des agences, bien sûr, survécut. Et comme les engagements du G20 pour introduire une nouvelle régulation financière restent lettre morte, les agences de notation ont repris leur «business as usual», comme blanchies par l'inaction des Etats et institutions internationales. L'impuissance des politiques à réformer le système financier semblant valider leur propre pouvoir.
Standard & Poor's, sortie indemne de la crise après avoir fait le dos rond, allume à nouveau une mèche longue. Après la Grèce, c'est le Portugal qui a été placé sur un baril de poudre. Puis, mercredi 28 avril, l'Espagne. Des pays que l'on savait fragilisés par la crise, et qui vont l'être un peu plus.
Un scénario en deux temps pour la Grèce
Tous les opérateurs financiers ne sont pas dans la même logique que les agences de notation. Considérant que l'Allemagne et la France détiennent une grande partie de la dette grecque (environ 40%) et ne peuvent donc laisser la situation se dégrader, les experts de Natixis Asset Management estiment par exemple que le scénario le plus probable est d'abord «l'intervention du FMI pour permettre à la Grèce de satisfaire à ses engagements le 19 mai» (échéance pour le versement de 8,5 milliards d'euros), et ensuite «le relais des pays européens pour assister la Grèce jusqu'à la fin de l'année» pour lui permettre de «mettre en place son plan de stabilisation sans avoir directement recours au marché». Ces aides ainsi réparties dans le temps permettraient d'évacuer les effets collatéraux des élections allemandes (le 9 mai) sur le traitement du dossier grec. Le FMI a déjà déclaré qu'un soutien supplémentaire de 10 milliards d'euros pourrait être débloqué. Et le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a précisé que les pays de l'Eurogroupe se réuniraient «autour du 10 mai» pour activer le versement de l'aide de 30 milliards d'euros envisagée. Certes, un tel montage ne règle pas les défis posés à la Grèce. Il la libère un peu de la pression spéculative, mais ne résout en rien ses déficits. Le pays doit se réformer et démontrer qu'il a les capacités d'appliquer les mesures de restriction nécessaires pour restaurer ses finances publiques.
Décoder le message jusqu'en France
A ce titre d'ailleurs, en ciblant la Grèce, les agences de notation envoient indirectement un signal aux pays qui tarderaient à prendre des mesures qui s'imposent pour limiter leurs déficits et leur dette publique. Y compris la France. On connait la potion amère de la rigueur dont le gouvernement, contraint par le dogme présidentiel, ne veut entendre parler. Pourtant, les fondamentaux français se sont considérablement dégradés sous l'effet de la crise. Et avec la fin de la taxe professionnelle et de la taxe carbone (qui figurait dans la loi de finances 2010), le report de l'écotaxe sur les poids lourds, le bouclier fiscal (à l'effet limité, mais lourd de symbole), la baisse de rendement de l'impôt sur les sociétés du fait de la crise... les finances de la France vont dans la mauvaise direction. L'exemple grec démontre qu'il est toujours préférable de procéder par anticipation, sans attendre les crises paroxystiques pour trouver des issues forcément de la dernière chance. Car dans la finance, aucun dogme ne résiste à la pression des évènements. C'est le message codé des agences, que l'on peut au moins retenir pour éviter de plus cuisantes déconvenues.
Gilles Bridier
À LIRE ÉGALEMENT: Agence de notation, rien n'a été fait, La revanche des agences de notation, L'Allemagne paiera pour la Grèce... pas avant le 9 mai et Tragédie grecque, débandade européenne.
Photo: devant la Bourse de New York. ERIC THAYER / Reuters
Mis à jour le 29/04/2010 à 17h15













































La critique est aisée, et en plus, elles sont PRIVEES et ANGLO-SAXONNES, ce qui aggrave doublement leur cas!
Mais la faible réactivité européenne et le refus initial de la Grèce de faire appel au FMI auraient sans doute généré des "mesurettes" inadaptées à la situation et qui auraient de toute façon ligué la population grecque contre l'Europe.
L'urgence créée par la rétrogradation de la Grèce a fait avancer l'idée de l'aide du FMI plus vite et plus largement que prévu, ce qui était sans doute souhaitable pour l'Europe et pour la Grèce, même si la crédibilité de l'Europe en prend un sérieux coup!
Le principal but d'une agence de notation, c'est qu'il faut qu'elle fasse son travail sans pression et de manière hyper objective.
Qu'elle soit soumise par un pouvoir étatique ou financier, l'interêt est donc discutable. Surtout qu'elle ne peut rien exiger si les données qu'elle recoit lui paraissent erronnées.
C'est pour cela que leur rôle est critiqué dans l'état actuelle des choses, parce qu'elles ont un pouvoir trop important sur le marché. Une simple retrogradation ou augmentation d'une note, change la donne du tout au tout. Normalement, il faudrait que les changement de notes puissent nous avertir de la situation sans pour autant que cela nous fasse paniquer.
J'opterai pour une notation commune tel qu'il y a maintenant, et une notation beaucoup plus minutieuse (payante ^^), qui serait capable de nous informer si on s'approche d'une réduction de note. Parallèlement, il leur faut egalement les moyens de pouvoir donner des note juste, donc, que la gouvernance mondiale puisse exiger des état ou des entreprises qu'elle donne accès aux à leur compte. Si on encadre bien le secret professionel de la profession, il y aurait des chances que ca fonctionne. Mais il y aurait également des surprises sur quelques notes... d'état, c'est peut être pour ca que ca change pas ;)