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En Chine, l'Assemblée nationale populaire pose les défis de l'année à venir

Temps de lecture : 8 min

Ces sessions annuelles sont l'occasion pour les responsables locaux d'être informés sur les textes préparés par le Parti et qu'ils devront faire appliquer une fois rentrés en province.

L'hémicycle de l'Assemblée nationale populaire. | Nicolas Asfouri / AFP
L'hémicycle de l'Assemblée nationale populaire. | Nicolas Asfouri / AFP

Une réunion normale de l'Assemblée nationale populaire vient de s'achever à Pékin. Elle s'est tenue début mars, comme toujours depuis l'époque de Mao Zedong. L'an dernier, les travaux de cette haute instance délibérative se sont exceptionnellement déroulés en mai. Il avait fallu laisser passer la période de lutte intensive contre la pandémie de coronavirus. Cette année, au contraire, les dirigeants chinois ont tenu à montrer que les institutions du régime avaient retrouvé leur mode de fonctionnement traditionnel.

Il y a cependant des aménagements. D'abord, les 2.896 membres de cette assemblée, élus à l'intérieur des instances locales et régionales du Parti communiste, ont dû arriver à Pékin et rester strictement confinés dans une chambre d'hôtel deux semaines avant le 5 mars, date du début de la réunion. Ensuite, pendant le déroulement des travaux, l'ensemble des participants étaient masqués.

Dans le vaste hémicycle du Palais du peuple, les députés, ainsi que les dirigeants du Parti et les 200 membres du comité central assis à la tribune se sont retrouvés pour les séances plénières. Les uns et les autres ont participé par ailleurs à diverses séances de commissions. Certaines abordaient des sujets économiques comme la lutte contre la pauvreté ou les perspectives du commerce extérieur. D'autres concernaient l'une des trente-quatre provinces chinoises. Elles permettent à leurs députés de rencontrer des dirigeants de ministères. Ces sessions annuelles de l'Assemblée nationale populaire sont en effet l'occasion pour les responsables locaux d'être précisément informés sur les textes préparés par l'administration et le Parti, qu'ils devront faire appliquer une fois rentrés dans leur province.

Autosatisfecit

Comme chaque année, la session a commencé par le rapport sur l'activité du gouvernement. Quatre-vingts minutes de discours, le 5 mars, au cours duquel le Premier ministre Li Keqiang a fixé pour 2021 «un objectif d'augmentation du taux de croissance de plus de 6% du produit intérieur brut». En 2020, aucun chiffre n'avait été indiqué en raison des bouleversements entrainés par le coronavirus. Et la croissance a été de 2,3%. En 2021, nombre d'observateurs étrangers s'attendaient à ce que la reprise économique en Chine amène une prévision autour de 8%. Les dirigeants chinois ont donc prudemment préféré en rester à 6%, ce qui n'empêche pas que le pays puisse faire plus.

En attendant, le rapport présenté par Li Keqiang comportait une partie sur «le bilan du travail accompli» en 2020. «L'harmonie et la stabilité́ de la société́ ont été maintenues», a-t-il déclaré avec satisfaction. En précisant, à propos du Covid-19: «Nous avons amélioré́ notre capacité́ à effectuer des tests de dépistage de masse, et les frais médicaux des patients du Covid-19 ont été complètement assurés par l'État.» Puis le Premier ministre a parlé des soutiens que l'État a apportés à l'économie chinoise l'an dernier. Il a révélé que des allégements fiscaux de plus de 2.600 milliards de yuans (336 milliards d'euros) ont été accordés, dont près de la moitié concernait des exonérations de cotisations patronales.

Li Keqiang insiste sur tout ce qui a pu fonctionner pendant la période de la pandémie. L'enseignement en ligne a été généralisé détaille-t-il et, à l'automne, lorsque les écoles ont rouvert leurs portes, plus de 10 millions de lycéen·nes en terminale ont participé́ au gaokao, l'équivalent chinois du baccalauréat. Autre point de ce bilan: le versement intégral des pensions de retraite a été assuré tout au long de l'année 2020. Tout cela amène Li Keqiang à féliciter le régime politique chinois: «Les succès que nous avons obtenus l'année dernière, nous les devons à la ferme direction du comité́ central du Parti rassemblé autour du camarade Xi Jinping, aux lumières de sa pensée sur le socialisme à la chinoise […], et aux efforts conjugués du Parti, de l'armée et du peuple chinois.»

Li Keqiang prononce son discours. | Leo Ramirez / AFP

Objectif 2021

Le Premier ministre aborde ensuite «les tâches prioritaires pour 2021». Selon le principe «aller de l'avant à pas assurés», il convient de «consolider et développer sans relâche l'économie publique, tout en encourageant, soutenant et orientant avec détermination le développement de l'économie non publique».

Suit une série très détaillée de domaines où l'État a l'intention d'agir. Certaines décisions concernent l'année en cours, d'autres entrent dans le cadre du plan quinquennal qui vient de démarrer.

Li Keqiang insiste tout particulièrement sur l'amélioration de l'environnement.

Ainsi, le budget alloué à la recherche-développement augmentera de plus de 7% par an ces cinq prochaines années. «Nous devons mener une bataille acharnée pour réaliser des percées dans les technologies clés», assène Li Keqiang, qui tient visiblement à rattraper un retard chinois dans ce domaine.

D'autres mesures ciblées sont annoncées, comme «élever le taux d'urbanisation de la population à 65%» ou lancer 53.000 chantiers de rénovation de quartiers urbains vétustes. Tandis que «la capacité́ à collecter les eaux usées ménagères des agglomérations urbaines et à gérer les eaux usées des parcs industriels sera renforcée». Li Keqiang insiste tout particulièrement sur l'amélioration de l'environnement, en ces termes: «Il faut mener en profondeur la stratégie du développement durable, consolider les résultats obtenus dans la campagne “ciel bleu, eaux limpides, terre propre”, et promouvoir la transition vers des modes de vie et de production écologiques.»

Raideur des positions chinoises

Li Keqiang ne dit pas un mot du Xinjiang, la province chinoise où l'opinion internationale dénonce la répression que subit la population musulmane ouïghoure. Certains parlent de génocide. Par ailleurs, sur Hong Kong, le discours du Premier ministre se contente de quelques phrases pour dire: «Nous préviendrons et endiguerons fermement l'ingérence des forces extérieures dans les affaires de Hong Kong» puis «nous ferons en sorte que Hong Kong demeure prospère et stable à long terme». Mais, pendant la session de l'Assemblée nationale populaire, à l'unanimité moins une abstention, un texte a été adopté qui donne au gouvernement chinois la possibilité d'imposer son veto à tout candidat pro-démocratie qui souhaiterait participer à une élection du Conseil législatif (LegCo), le Parlement hongkongais. Personne ne pourra se présenter sans l'aval d'un comité électoral contrôlé par Pékin. Cette réforme est présentée comme visant à «améliorer le système électoral de Hong Kong».

La raideur des positions chinoises sur de nombreux sujets va surtout apparaître le 7 mars dans la conférence de presse que donne Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères. Interrogé notamment sur un éventuel désir d'indépendance de Taïwan, le ministre considère que «c'est une question hautement sensible» et que «le principe d'une seule Chine est une ligne rouge à ne pas franchir».

Puis il s'éloigne carrément de ce qu'il peut y avoir de feutré dans le langage diplomatique quand il considère que les États-Unis «prennent les droits de l'homme et la démocratie comme prétextes pour créer des troubles dans le monde» ou encore quand il déclare: «Il est très regrettable que, alors que le coronavirus est toujours là, un “virus politique” se propage également aux États-Unis et profite de toutes les occasions pour attaquer et calomnier la Chine.» Mettant la puissance chinoise à la hauteur de celle de l'Amérique, son analyse est qu'il «n'est pas surprenant qu'il y ait une compétition entre la Chine et les États-Unis, car leurs intérêts sont entrelacés, mais les deux parties doivent mener une compétition saine sur la base de l'impartialité et de l'équité». Néanmoins, proclame Wang Yi «la Chine est prête à œuvrer avec les États-Unis pour remettre les relations bilatérales sur la bonne voie».

Wang Yi intervient via une transmission vidéo en direct à la conférence de presse de l'Assemblée chinoise à Pékin le 7 mars 2021. | Noel Celis / AFP

En comparaison, le ministre estime que la Chine et l'Europe «partagent de vastes intérêts communs et la coopération gagnant-gagnant est l'axe principal de leur relation». La Chine est devenue l'an dernier pour la première fois le plus grand partenaire commercial de l'Union européenne. Et le ministre souligne l'intérêt du traité d'investissement Chine-UE signé en décembre. Mais, plus globalement, Wang Yi affirme résolument la prééminence du communisme en Chine quand il souligne que «le leadership du Parti communiste chinois est le plus grand avantage politique de la diplomatie chinoise. […] Rechercher un développement pacifique […] et promouvoir la construction d'une communauté de destin pour l'humanité sont des dispositions de la Constitution de la République populaire de Chine, et c'est également l'objectif de la diplomatie chinoise.»

L'accent mis sur la bonne santé de l'économie

Comme le veut la tradition, les travaux de l'Assemblé chinoise se sont terminés par la conférence de presse du Premier ministre. Pour éviter tout risque de contamination au Covid-19, elle s'est déroulée cette année dans une salle où Li Keqiang apparaissait sur grand écran. Onze journalistes ont pu l'interroger. Le service de presse de l'Assemblée leur avait téléphoné quelques jours avant pour leur proposer de poser une question et de préciser laquelle. Le Premier ministre a ainsi été amené à expliquer que, grâce à «une reprise économique régulière qui favorise une croissance saine», la Chine vise à créer 11 millions de nouveaux emplois urbains en 2021.

Il a également affirmé que son pays avait offert un soutien à la mission de l'OMS venue à Wuhan pour chercher l'origine du virus. «La partie chinoise a agi de manière fondée sur les faits et avec une approche ouverte, transparente et coopérative», a-t-il affirmé, répliquant ainsi à celles et ceux qui pensent que des éléments ont été cachés à cette mission. Puis Li Keqiang est revenu, en termes très généraux, sur la question des relations sino-américaines. Il estime «inévitable que les deux pays aient des désaccords et même de grandes divergences», mais il appelle à une «coopération gagnant-gagnant», à la «non-ingérence dans les affaires intérieures» de chacun et à «œuvrer à développer des relations saines».

En cette année 2021, tandis que la Chine est le seul grand pays au monde à avoir renoué avec la croissance économique, les dirigeants du pays ont un important projet à mettre au point: célébrer en août prochain le centenaire du Parti communiste. «Œuvrer sans relâche à faire de la Chine un grand pays socialiste moderne qui soit beau, prospère, puissant, […] et hautement civilisé, et à réaliser notre rêve du grand renouveau de la nation chinoise!» est la conclusion du discours que Li Keqiang a prononcé le 5 mars devant l'Assemblé nationale populaire. Cette longue phrase correspond à l'esprit que le pouvoir chinois pense être en mesure de répandre dans la population chinoise.

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