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Que sont devenus les sous-marins vendus au Pakistan?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.04.2010 à 17 h 20

Ils sont tous trois en activité et représentent la force de frappe de la Marine pakistanaise.

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur a été entendu mercredi 28 avril par la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi. Cette audition fait suite aux révélations de Libération parues le 26 avril, selon lesquelles Balladur aurait touché autour de 10 millions de francs de rétro-commissions occultes liées à la vente de sous-marins français au Pakistan, des sommes qui seraient ensuite venues alimenter son compte de campagne pour l'élection présidentielle de 1995. Que sont devenus les trois sous-marins vendus à Islamabad?

Le 21 septembre 1994, un contrat pour la vente de trois sous-marins de type Agosta 90-B à propulsion classique était signé par François Léotard, ministre de la Défense du gouvernement Balladur, et son homologue pakistanais pour la somme de 5.415 millions de francs (l'équivalent de 826 millions d'euros). Un accord qui hissait le Pakistan au troisième rang des importateurs de matériel militaire français, derrière Taïwan et l'Arabie saoudite.

Transfert de technologie

Pour le Pakistan, le but de cette vente était un transfert progressif de technologie qui allait permettre au pays de construire lui-même des sous-marins de dernière génération. Le premier des trois appareils a ainsi été entièrement construit à Cherbourg par la Direction des constructions navales (DCN) et rejoint la flotte pakistanaise en décembre 1999 sous le nom PNS/M KHALID. Le deuxième sous-marin, le PNS/M SAAD, a été monté à Karachi avec des éléments fabriqués en France et mis en service en 2003. Le troisième et dernier, baptisé HAMZA, a été entièrement construit au Pakistan, avec le concours d'ingénieurs français, «une étape majeure vers l'autonomie» et «un chapitre en or dans l'histoire du Pakistan» selon la Marine pakistanaise.

Lors de la mise à flot du Hamza le 10 août 2006 à Karachi, l'ambassade de France au Pakistan parlait d'une «longue et fructueuse coopération entre le Ministère de la défense pakistanais, la marine pakistanaise, les autorités françaises et la (DCN)». Une mise à flot présidée par Pervez Musharraf, le président pakistanais, et à laquelle a également assisté Jean-Marie Poimboeuf, directeur de la DCN.

Le 26 septembre 2008, pour l'acceptation du même appareil, c'était au tour du Premier ministre Syed Yousaf Raza Gilani d'exprimer «sa gratitude au gouvernement français pour son soutien dans ce projet de transfert de technologie» et de déclarer que «la mise en service du sous-marin Hamza démontrait la coopération étroite entre les deux grandes nation».

Force de frappe

Les sous-marins français sont aujourd'hui les fleurons de la Marine pakistanaise, qui se présente comme «une force silencieuse avec laquelle il faut compter». Elle dispose en effet d'une flotte relativement petite, mais dotée d'une force de frappe considérable, notamment grâce à ses trois Agosta 90-B.

En plus d'assurer la sécurité de ses côtes et de défendre les intérêts commerciaux du pays (97% du commerce pakistanais est maritime), elle contribue aussi à pacifier les eaux internationales. Le pays assure actuellement le commandement tournant de la Combined Task Force (CTF) 150, une coalition navale créée en 2002 pour lutter contre le terrorisme et la piraterie dans la mer d'Arabie et l'Océan Indien, et participe à la CTF 151, qui combat les pirates le long des côtes de la Somalie.

Si la France et DCNS n'ont plus vendu d'appareils à la Marine pakistanaise depuis le contrat des Agosta 90-B de 1994, la coopération dans le domaine naval entre les deux pays pourrait bientôt être renouvelée. En 2006, le ministère de la Défense français confirmait la volonté du Pakistan de se doter de 3 nouveaux sous-marins pour renouveler sa flotte et faire face à la montée en puissance rapide de la Marine indienne, à qui la France a également vendu six sous-marins de classe Scorpène en 2005. La France est en compétition avec l'Allemagne pour obtenir le contrat.

Grégoire Fleurot

Photo: Un sous-marin Agosta 90-B pakistanais à Karachi le 24 novembre 2006, REUTERS/Athar Hussain

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