La Belgique est morte: la Wallonie en ordre dispersé (3/3)
Chez les Francophones de Belgique, il y a les Wallons d'un côté et les Bruxellois de l'autre.
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Elections générales ou non, la crise politique paraît aujourd'hui si profonde que le temps est venu de se demander si la Belgique a encore un avenir. Non, répond José-Alain Fralon. L'ancien correspondant du Monde à Bruxelles, auteur de «La Belgique est morte, vive la Belgique», s'en explique pour Slate dans une série de trois articles. Après La Flandre indépendante: et pourquoi pas? et Quelle Flandre pour quelle Europe? voici le troisième et dernier volet de la série.
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«Je vis dans un pays où il pleut. Si mon pays disparaît, il me restera la pluie.» Marka, un chanteur bruxellois, a trouvé le ton qu'il fallait -un zeste de nostalgie, un zeste d'humour- pour dire ce que ressentent la grande majorité des Francophones de Belgique à l'idée d'un éclatement de leur pays. Comprenant, peut-être un peu tard, qu'ils ne pourront pas arrêter le rouleau compresseur flamand marchant inéluctablement vers l'indépendance, ils se demandent maintenant avec anxiété de quoi demain sera fait.
Pour le moment, face à la redoutable unité flamande, ils se présentent en ordre dispersé: Bruxellois d'un côté, Wallons de l'autre. On ne comprendrait rien à l'histoire de la Belgique sans prendre en compte les différences existant entre ces deux «catégories» de Francophones. Sans parler de la formidable diversité wallonne qui fait que les Wallons ont mis près d'un siècle à s'entendre sur le choix de leur hymne régional alors que les Flamands n'ont pas hésité une seconde avant de se déterminer pour le Lion des Flandres.
Mis devant le fait accompli par les Flamands, les Francophones hésitent entre plusieurs hypothèses. De nombreux Bruxellois veulent désormais exister davantage par eux-mêmes et se libérer de la tutelle que les deux régions exercent sur leur ville. «Ni Flamands de Bruxelles, ni Wallons de Bruxelles, nous sommes des Bruxellois», aiment-ils à proclamer. Les plus «indépendantistes» d'entre eux verraient bien la capitale devenir une «ville-Etat» et voler de ses propres ailes. D'autres sont tentés par l'idée de faire de leur ville une sorte d'eurodistrict, à l'instar des Etats-Unis où Washington DC ne fait partie d'aucun des Etats fédérés et dépend directement de l'Etat fédéral. Pour cela, il faudrait que le processus d'unification européenne soit bien plus avancé et, aussi, que les dirigeants de l'Union aient la volonté, les moyens et l'ambition de gérer une telle capitale. Ce qui est loin d'être le cas. «L'Europe a d'autres chats à fouetter que s'occuper de problèmes de parking», ironisait un ancien haut fonctionnaire belge de la Commission européenne.
Autre hypothèse avancée: le rattachement de la Wallonie et de Bruxelles à la France. Un vrai serpent de mer, qui ressort notamment aux moments des crises. Pour le moment, les partisans de cette solution sont ultra minoritaires et leurs résultats électoraux restent confidentiels. Il en sera certainement différemment lorsque le divorce belge sera prononcé. Pour certains par peur de se retrouver trop seuls, pour d'autres parce qu'ils aiment sincèrement la France. Tous se réclament du général de Gaulle. «J'aime bien les Wallons, nous nourrissons à leur égard que des sentiments de profonde sympathie (...) je comprend très bien qu'ils ne se plaisent pas dans le cadre actuel de leur pays mais nous ne pouvons briser la Belgique», disait l'homme du 18-Juin, avant d'ajouter: «Bien entendu, si, un jour, une autorité représentative de la Wallonie s'adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toute les apparences de la légitimité.» Du bon pain, pour les rattachistes wallons qui pensent que cette heure va bientôt sonner.
Pas sûr. S'ils aiment la France, de nombreux Wallons mettent l'accent sur les différences fondamentales existant entre les deux pays et, notamment sur les difficultés qu'ils auraient à s'adapter dans une France encore terriblement jacobine. «Après avoir subi la domination flamande, pourquoi se choisir un nouveau patron?», ironisait un syndicaliste liégeois.
Quant aux autorités françaises, elles savent bien que cette avancée sur les terres wallonnes et encore davantage sur Bruxelles -les deux capitales de l'Europe, Bruxelles et Strasbourg, seraient ainsi françaises!- ne seraient pas vue d'un très bon œil, c'est le moins que l'on puisse dire, à Berlin, Londres ou La Haye. Les dirigeants français pourraient aussi rechigner à adopter une région qui possède certes de sérieux atouts mais ne parvient toujours pas à sortir de la crise grave qu'elle traverse depuis la mort de sa sidérurgie. Comme le disait Michel Charasse avec son élégance coutumière: «Socialiste ne rime pas avec con. Je ne me taperai pas les pauvres de Belgique en plus de mes pauvres à moi!»
Ne tournons pas autour du pot. La seule solution acceptable pour tout le monde et qui aura le mérite de simplifier le futur casse-tête belge est de voir Bruxellois et Wallons prendre en charge une «Belgique résiduelle» dont les Flamands se seraient séparés. Il n'y aurait ainsi pas de solutions de continuité et ce pays garderait toutes les prérogatives de l'ancien. Même la famille royale, s'il en décide ainsi.
Et ce serait le dernier clin d'œil que la Belgique adresserait au monde.
José-Alain Fralon
Photo: Le portrait du Belge René Magritte pour l'ouverture officielle du musée Magritte, en mai 2009 à Bruxelles. REUTERS/Francois Lenoir
PS: J'écris «Francophones» avec une majuscule, contre l'avis de nombreux correcteurs, car je pense qu'il s'agit d'une communauté en tant que telle: les Francophones de Belgique.
Mis à jour le 19/07/2011 à 17h52















































Un rattachement à la France paraît en effet peu probable même si ce serait sans doute la meilleure option possible.
Beaucoup de malentendus circulent du côté français sur les belges. La Wallonie, si proche de Paris, n'a pourtant vécu que 20 ans sous domination française. C'est peu sur autant de siècles. Et les mentalités sont fort différentes. On a beau passer nos vacances en France, écouter la musique française, regarder les chaînes françaises, les sites français, lire la presse française, même le Canard (on vous laisse cinéma et littérature néanmoins), lors de la Coupe du Monde de 98, tout le monde en Wallonie soutenait le Brésil (officiellement parce que "les français allaient se la ramener durant 10 ans si ils gagnaient", ce qui n'est pas faux). Tout ça pour dire qu'un rattachement ne soulèvera guère d'enthousiasme du côté des couches populaires.
Si les français venaient à rattacher la Belgique, un problème de taille se poserait qui toucherait beaucoup plus les élites: le fonctionnariat. 40% de la population wallonne travaille directement pour l'Etat. Des emplois surnuméraires et largement fictifs dans une quantité incroyable d'échelons de pouvoir différents, d'asbl subventionnées, de Syndicats, presse subventionnée, Mutuelles, administrations Communales, Provinces, Régions, Communautés avec chaque fois des armées de parlementaires, des cohortes de ministres (impossible de les retenir tous: c'est donc toujours une question d'examen lors des concours d'entrée à la RTBF, la chaîne télévisée d'Etat subventionnée), des cabinets ministériels pléthoriques, des employés improductifs par dizaines de milliers, mais aussi des Intercommunales ultralocales et puissantes, sans compter ces innombrables Instituts Supérieurs et Universités lilliputiennes, trois (je dis bien trois) réseaux d'enseignement différents (le libre -catholique-, celui de la Communauté -Athénée-, celui des communes: En Belgique, les Communes gèrent des écoles! On y trouve donc un échevin de l'éducation...). On pourrait prolonger à l'infini cette liste mais il faut encore évoquer les milliers de personnes, comptables, juristes, qui,chaque jour, s'emploient à gérer l'inflation législative et la complexité fiscale croissante, souvent pour mieux en exploiter les failles.
Tout est morcelé et compliqué à l'extrême et personne n'a intérêt à ce qu'il soit fait table rase du système. Trop d'intérêts sont en jeu. Je n'ose même pas imaginer la réaction d'une délégation d'énarques débarqués en urgence à Namur pour faire l'état des lieux.
Quant à l'idée évoquée du RWF d'un statut d'association, ce n'est 1) pas très français dans l'esprit et 2) cela ne présente guère d'intérêt pour la France d'éponger régulièrement les montagnes de dettes (souvent cachées) à chaque échelon de l'Etat. En outre, vous seriez partis pour des emmerdes ad vitam aeternam venues de ce paradis des chefaillons et des querelles de clochers qui s'appelle la Wallonie.
Finalement, il n'y a que le patronat qui a vraiment intérêt à un rattachement. Mais, comme vous le savez, il est assez maigre. J'allais dire les artistes aussi mais, en réalité, la majeur partie profite du statut d'artiste bien plus souple qu'en France et qui donne 1000 euros net par mois de chômage si on peut justifier d'un contrat par an, une sorte de Win for Life à la belge...
"Pas sûr. S'ils aiment la France, de nombreux Wallons mettent l'accent sur les différences fondamentales existant entre les deux pays et, notamment sur les difficultés qu'ils auraient à s'adapter dans une France encore terriblement jacobine. «Après avoir subi la domination flamande, pourquoi se choisir un nouveau patron?», ironisait un syndicaliste liégeois."
Ce syndicaliste liégeois oublie que la constitution de la "France-jacobine-centralisatrice" connaît d'autres options que le département !
Il est ainsi tout à fait possible de monter une collectivité "sui generis" comme la Nouvelle-Calédonie, ou alors une collectivité territoriale à statut particulier comme la Corse. Ou encore une autre formule institutionnelle, qui tiendrait du POM/COM comme Tahiti, qui respecte les identités et les autonomies. La solution institutionnelle existe tout à fait si la question devait se poser un jour.
Les Wallons sont tout à fait les bienvenus en France, même si la Wallonie est en crise industrielle.
Je ne pense pas que les Britanniques fassent la gueule, nous ne sommes plus au 19e siècle, où il était impératif pour Londres que la France ne puisse disposer d'un port pour envahir la Grande-Bretagne...
(Je doute cependant très fortement que nous en arrivions là...)
Comme cela arrive souvent, le président du gouvernement wallon a voulu, lui aussi, provoquer un débat sur l'identité wallone...
La principale décision a été d'inscrire le slogan "Wallonie Terre d'Acceuil" en dessous du logo officiel...
A noter également que juste avant de se dissoudre, le parlement belge a voté à la quasi unanimité une loi "anti-burqua" !
P.s. j'ai aimé l'idée de la partie francophone du pays gardant le nom de "Belgique" et donnant asile à la monarchie...