Monde

Boycott contre délit de faciès en Arizona

Slate.fr, mis à jour le 28.04.2010 à 16 h 55

En vertu de la loi SB1070, adoptée le 19 avril par le parlement de l'Etat de l'Arizona, la police pourra contrôler les résidents dès lors qu'elle a un «soupçon raisonnable» sur leur statut.

Le texte -qui inscrit tout simplement le délit de faciès dans la loi- a suscité une mobilisation de la population latino-américaine à l'échelle nationale. Car si les immigrés ou descendants d'immigrés hispaniques représentent la première minorité du pays, ils sont également les premiers concernés par cette loi, l'Arizona étant un Etat voisin du Mexique.

Comme le rappelle The Daily Beast, les votes latinos ont compté lors des élections législatives de 2006 et pour l'arrivée des démocrates à la présidence en 2008. La «minorité» en appelle donc à Barack Obama alors que des rassemblements massifs sont convoqués à Washington et dans tout le pays cette semaine. Si du côté des démocrates, certains réclament une réforme au niveau national, le journaliste Benjamin Sarlin, rappelle que l'agenda de la Maison Blanche est déjà bien encombré de dossiers difficiles pour y ajouter une telle mesure polémique:

A Washington, où le calendrier des démocrates est déjà chargé avec la régulation financière, le changement climatique et les efforts en cours pour doper l'emploi, l'idée d'aborder la question de l'immigration juste avant une élection difficile divise les progressistes au Congrès comme les commentateurs politiques.

En attendant une décision venue de Washington, le texte proposé par la gouverneure républicaine Jan Brewer est sévèrement condamné par les chefs d'Etat latino-américains. Le président du Mexique, Felipe Calderón, a dénoncé lundi une loi «inhumaine, inacceptable, discriminatoire et injuste». Aux Etats-Unis, la grogne de la communauté hispanique est notamment relayée par La Opinion, premier quotidien hispanophone du pays qui, a publié lundi un éditorial intitulé «Dites NON à l'Arizona»:

Nous en appelons à ceux qui croient en la Constitution pour boycotter l'Etat de l'Arizona. La loi anti-immigrant promulguée en Arizona violent les droits de l'individu en l'exposant au harcèlement policier pour le seul fait de son apparence aux yeux de la loi.

Pour le quotidien, il faut donc désormais agir:

Il y a deux moyens d'action contre cette loi: par les avocats et leurs plaintes, le second est le boycott de l'Arizona. Nous exprimons notre indignation face à cette atteinte et lançons un appel à boycotter les produits et services en provenance d'Arizona ainsi qu'à ne plus pratiquer de tourisme (...) dans un Etat qui s'attribue des pouvoirs qu'il n'a pas pour persécuter une minorité.

Un tel boycott ne serait pas sans conséquence économique, indique Andrés Oppenheimer dans les pages de El Nuevo Herald puisqu'ils seraient près de 16,5 millions de touristes issus d'Amérique centrale et du sud à venir aux Etats-Unis chaque année. «Et qui pourraient y réfléchir à deux fois avant de se rendre dans des endroits où ils risquent d'être interpellés en raison de la couleur de leur peau ou de la langue qu'ils parlent.» Oppenheimer appelle en outre à se préparer au «grand exode hispanique». Non pas vers «le Mexique ou l'Amérique centrale comme l'espèrent ceux qui soutiennent ces mesures» mais vers Miami, Los Angeles ou d'autres grandes villes où la population hispanique est importante et où ils ne risqueront pas un contrôle au faciès.

[Lire l'article sur The Daily Beast ici, celui de La Opinion et sur El Nuevo Herald ici]

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Photo: Le 25 avril 2010 à Phoenix. REUTERS/Joshua Lott

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