Economie

Grèce-Allemagne: la cigale et la fourmi

Stéphanie Villers, mis à jour le 29.04.2010 à 8 h 09

La fourmi allemande n'est pas prêteuse et la cigale grecque survit au jour le jour. Mais la fourmi ne peut pas se permettre d'abandonner la cigale à son triste sort.

L'agence de notation financière Standard & Poor's (S&P) a abaissé mercredi 28 avril d'un échelon sa note attachée à la dette souveraine de l'Espagne, la ramenant à AA contre AA+, expliquant qu'une période plus longue que prévue de croissance faible menace de saper les efforts de réduction des déficits de Madrid. L'Espagne est le troisième pays «périphérique» de la zone euro à voir sa note abaissée par S&P en deux jours, après le Portugal et la Grèce. Cette dernière a même été rétrogradée en catégorie spéculative avec une note de BB+.

«La fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut...». Il est vrai qu'Angela Merkel ne se précipite pas pour aider la Grèce. On connait la morale de l'histoire, il faut travailler, penser à l'avenir et économiser... Mais derrière ce sage conseil, La Fontaine dévoile aisément son aversion pour cette petite bête, finalement égoïste et cupide comparée à la cigale «qui chante pour tous».

C'est un peu ce qui se passe aujourd'hui en zone euro, l'Allemagne s'offusque de devoir payer pour un partenaire ainsi dépensier que la Grèce. Il est vrai que la péninsule hellénique gère ses finances à la légère depuis déjà fort longtemps. La France, elle, fait œuvre de bienveillance, comme l'auteur de cette fable pour la cigale. Les français aiment afficher une douce complaisance sur des vices partagés: le manque de rigueur, l'absence de vision long terme. Mais, à quoi bon s'astreindre à trop de rigueur, on le sait «à long terme, nous sommes tous morts», comme aimait à le dire un homme d'esprit plus récent, Keynes.

Mais, justement au moment de mourir, reste ce sursaut de vie. Et c'est ainsi que Georges Papandréou lance son ultime appel à l'aide sur fond de carte postale. Alors, la question aujourd'hui se pose, au moment même où les gouvernements de la zone euro se sont déclarés prêts à apporter 30 milliards d'euros et que la FMI (Fonds monétaire international) pourrait mettre sur la table entre 10 et 15 milliards d'euros, la Grèce va-t-elle enfin choisir la voie de la rigueur? On sait que le timing est serré, la péninsule doit rembourser 8,5 milliards d'euros d'ici le 19 mai. Les agences de notation, les unes après les autres abaissent successivement leur notation accordée à la signature grecque. A l'origine de cette dégradation, les révisions inquiétantes des finances publiques de la péninsule. Le déficit atteindrait 13,6% en 2009 (contre 12,7% prévu initialement). A cela vient s'ajouter l'agacement des organisations internationales qui dénoncent l'absence de données fiables notamment au niveau des entités régionales de sécurité grecques.

L'Allemagne a tiré une balle dans le pied de l'Europe

L'Allemagne a joué un jeu dangereux en soufflant sur la braise. Si sur le fond, Angela Merkel a raison de réclamer un plan d'austérité ferme, il n'empêche que ses divers reproches et hésitations ont déclenché l'emballement des marchés et ont retiré tout espoir à la Grèce de pouvoir faire appel aux marchés financiers pour financer sa dette.

Les investisseurs privés ne font plus confiance dans la signature grecque, et les taux d'emprunt s'emballent, ils viennent de franchir la barre des 10%. Le fardeau de la dette devient insoutenable pour l'Etat grec et l'oblige à demander l'aide internationale. Mais, l'histoire ne s'arrête pas là, les craintes se propagent sur le Portugal. Le phénomène de contagion s'opère. Au final, tous les pays européens vont devoir mettre au pot alors qu'au départ tout le monde pensait qu'il suffisait d'un effet d'annonce pour apaiser les tensions et calmer les marchés. Personne n'envisageait en Europe devoir réellement débourser les milliards nécessaires. L'Allemagne a manqué d'habileté pour des raisons de politique intérieure et l'addition présentée sera élevée pour tous. La diplomatie n'a jamais été une spécialité germanique... Il aurait fallu que les autres pays européens s'emparent du sujet notamment la France plutôt que de laisser l'Allemagne s'exprimer à sa guise.

La rigueur renvoyée aux calendes grecques?

Pour revenir à la situation grecque, pourquoi le pays s'est-il engouffré dans un tel désastre financier? Il faut rappeler que déjà au moment de l'avènement de l'euro, ses partenaires trouvaient à redire sur l'état des comptes publics et l'ampleur de l'économie souterraine. Les grecs étaient en 1999 à deux doigts de ne pouvoir intégrer la zone. Les efforts de dernières minutes avaient fini par faire pencher la balance en leur faveur. Aujourd'hui, le gouvernement Papandréou s'est engagé à effectuer une série de coupes dans les dépenses publiques, avec une réduction de 10% des dépenses de fonctionnement de l'Etat  et des dépenses de santé. Mais aussi, d'imposer le gel des salaires supérieurs à 2 000 euros dans la fonction publique, de supprimer les bonus des dirigeants de banques publiques. La TVA a, par ailleurs, été augmentée de 2% en mars. Bref, une série de mesures qui auraient dû apaiser les inquiétudes. Aujourd'hui, l'Allemagne reste réticente. Derrière les bonnes intentions grecques, le plan d'austérité manque d'ambition sur le long terme. Les mesures drastiques ont été annoncées pour 2010, pour la suite les réformes sont imprécises.  La zone euro au départ n'aurait pas dû accepter l'adhésion de la Grèce. Mais on ne réécrit pas l'histoire et il faut assumer les conséquences de décisions avant tout politiques...

Stéphanie Villers

LIRE EGALEMENT: L'Allemagne paiera pour la Grèce... après le 9 mai, Grèce: le FMI dans la bergerie européenne et Tragédie grecque débandade européenne.

Image de Une: Un vendeur allemand d'insectes à Berlin montre une fourmi «taureau»  Reuters

 


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