Santé

Quels sont les lieux où l'on risque le plus d'être contaminé au Covid-19?

Temps de lecture : 8 min

Pour cesser de faire les mauvais choix, il est indispensable de déterminer précisément dans quelles situations se produisent les transmissions du virus.

À l'inverse des terrasses ouvertes, les endroits clos tels que les magasins comportent un risque important. | Malcolm Lightbody via Unsplash
À l'inverse des terrasses ouvertes, les endroits clos tels que les magasins comportent un risque important. | Malcolm Lightbody via Unsplash

Qu'il s'agisse de prendre des mesures sanitaires limitant la propagation du SARS-CoV-2 sans confiner, de trouver un mode de confinement qui soit à la fois efficace et le moins restrictif possible, ou bien encore de déconfiner d'une manière progressive en évitant tout rebond, il est essentiel de déterminer dans quels lieux les gens se contaminent au Covid-19.

Si les scientifiques disposent aujourd'hui de connaissances leur permettant de définir les lieux les plus à risque, il semble toutefois que l'État fasse la sourde oreille, préférant évacuer des sites de promenade en plein air plutôt que de participer à l'aération des lieux clos et bondés.

Mais comment évalue-t-on les lieux de contamination? En mars 2020, lorsque l'État décide de fermer les écoles, collèges, lycées et universités, puis les lieux dits «non essentiels», avant finalement de confiner tout le pays, il vise assez juste de manière totalement instinctive, se basant vraisemblablement sur les connaissances acquises par le voisin italien.

À ce moment précis, nous savons assez peu comment le virus se transmet et où les gens l'attrapent. On se rappelle ainsi la place bien trop importante donnée à l'époque aux transmissions par les mains et les surfaces, et la minimisation du rôle des aérosols. La seule possibilité que nous avions alors était d'observer l'impact de la fermeture de tel ou tel lieu sur les contaminations, et d'en tirer des conclusions par ricochet.

Ensuite, et pendant que les scientifiques en apprenaient davantage sur les modes de contamination, on a pu mener des recherches basées sur le tracing, soit via des applications, soit via des études reposant sur des questionnaires soumis à des personnes qui avaient attrapé le Covid sur une période donnée –on parle d'études observationnelles reposant sur du déclaratif. Il s'agissait simplement de demander à des personnes qui ont contracté le Covid-19 où elles estimaient l'avoir attrapé.

C'est le cas des études ComCor, menée par l'Institut Pasteur, et SourceCovid, dirigée par le professeur Fabrice Denis. La première portait sur les contaminations durant la période du couvre-feu de l'automne 2020, et la seconde sur la période allant d'août à décembre 2020. Leurs résultats sont globalement les mêmes: les principales sources de contamination sont la famille, le travail et les amis. Quant aux lieux, il s'agit essentiellement du domicile, du bureau ou lieu d'exercice professionnel, des lieux collectifs (restaurants, bars, salles de sport...) et des établissements de soin.

Ces deux études offrent des données pour le moins intéressantes mais, de par leur méthodologie même, il reste des inconnues qui imposent une certaine prudence quant à l'interprétation des résultats. Elles se basent en effet sur les réponses données par les participants, c'est-à-dire les individus qui savaient précisément où et par qui ils avaient été contaminés.

Il reste ainsi tous les lieux de contamination où il est impossible de connaître la personne qui a transmis le virus, tels que les transports en commun ou les magasins. En outre, la population répondante n'est pas représentative de la population générale française, tant au niveau de la profession que de la situation économique et sociale. Il s'agit par ailleurs de personnes dont l'âge moyen est de 42-45 ans.

Le milieu scolaire en ligne de mire

Si l'étude ComCor signale qu'avoir des enfants représente un facteur de risque de contracter le Covid-19, il n'en demeure pas moins que les transmissions en milieu scolaire semblent largement sous-évaluées, comme le signale le professeur Fabrice Denis lui-même:

«Notre étude a évalué que les contaminations liées aux écoles représentaient 2 à 4% des cas. Mais, les répondants n'étaient pas des écoliers, ce qui conduit à une sous-évaluation des contaminations réelles chez les enfants et étudiants en milieu scolaire ou universitaire. À la dernière rentrée scolaire de septembre, via notre site maladiecoronavirus.fr qui nous permet de suivre l'épidémie, nous avons eu un pic de patients symptomatiques assez jeunes qui a précédé de cinquante jours le pic d'hospitalisations des personnes âgées: les jeunes se sont contaminés à la rentrée, puis ils ont progressivement transmis le virus aux plus âgés. Sous-estimer la propagation dans les écoles, et ce d'autant plus face au développement des variants, constitue un risque important, et il est alors essentiel de veiller au grain et de conduire des dépistages très réguliers.»

En outre, ces données ne sont pas totalement universalisables et connaissent, selon toute vraisemblance, des disparités en fonction des différences culturelles entre les pays ou les régions. Ainsi, les cantines d'entreprise seront des lieux de contamination majeurs dans des pays comme la France, où la pause déjeuner entre collègues est importante; alors que dans les pays anglo-saxons, ce sera rarement un sujet compte tenu de l'habitude d'une pause sandwich rapide.

Ceci dit, une étude publiée dans Nature en novembre 2020, qui procède d'une autre méthodologie en analysant les flux de population entre les différentes grandes métropoles, arrive à des conclusions relativement similaires (entreprises mises à part, sans doute pour les raisons évoquées plus haut) concernant les lieux de contamination.

Des super-contaminations

Ses conclusions mettent en avant des événements de super-contaminations. Cela signifie que généralement, une personne contaminée contamine à son tour assez peu de monde, mais qu'il suffit qu'une personne contaminée et très contaminante (on parle de superspreader) soit présente dans un lieu à risque, sans port du masque ni respect des mesures barrières, pour qu'elle crée un cluster. Ainsi, à Chicago, par exemple, 10% des lieux auraient été responsables de 85% des contaminations pendant la période observée.

Ces lieux à risque sont d'abord les restaurants (plutôt les restaurants traditionnels que les fast-foods), les bars, les salles de sport, les hôtels et les lieux de culte. Même si l'étude a été réalisée lors d'une période où le port du masque et les mesures barrières n'étaient que peau de chagrin, on se rend bien compte que ces lieux ont en commun le fait d'être des endroits clos, où l'on émet beaucoup de postillons et d'aérosols (en mangeant, en respirant fort ou en chantant), et où les contacts sont pour le moins rapprochés.

L'étude a également mis en évidence, et c'est une donnée que l'on retrouve un peu partout, que les populations les plus précaires étaient les plus touchées.

«Nous savons que le virus affectionne particulièrement les lieux clos, bondés et mal ventilés.»
Charlotte Jacquemont, chercheuse au CNRS

Pour évaluer le risque inhérent aux lieux et aux situations, on peut dépasser les conclusions nécessairement lacunaires des études observationnelles, qui ont désormais autant un intérêt sociologique qu'épidémiologique. Charlotte Jacquemont, chercheuse en neuropsychologie interventionnelle au CNRS et membre active du collectif Adios Corona, explique:

«Aujourd'hui, nous savons que le virus se transmet essentiellement par les postillons et par les aérosols, et qu'il affectionne ainsi particulièrement les lieux clos, bondés et mal ventilés. Ce sont ces lieux et les situations où le masque n'est pas ou mal porté qui présentent le plus de risques.»

Des mesures absurdes

La chercheuse poursuit: «Les cantines d'école ou d'entreprise, comme les cafétérias d'hôpitaux, sont des lieux de contamination parce que, simplement, on enlève son masque pour manger.» Elle insiste sur les lieux fermés, mal ventilés et avec une forte densité, où il y aura statistiquement davantage de personnes qui porteront mal le masque. «Le masque est un super outil, assure-t-elle. Un masque chirurgical bien mis, bien ajusté, garantit une protection importante des personnes. Mais si le masque bâille un peu sur les côtés, on perd plus de 60% de ses pouvoirs de filtration...»

Les transports en commun constituent des lieux de contamination privilégiés, de même que les magasins, ainsi que les écoles, collèges et lycées, mais également les établissements sanitaires et les prisons. Charlotte Jacquemont évoque aussi les bureaux en open space: «On a beaucoup insisté sur la transmission par les postillons, en oubliant les aérosols. Alors, une personne assise à son bureau à un mètre des autres considère qu'elle est protégée et s'autorise à retirer son masque... Or, si une personne présente dans l'open space est malade, il y a de fortes chances qu'elle contamine ses collègues, même en gardant un mètre de distance.»

Elle invite à ne pas retirer son masque dans les toilettes collectives, qui sont des lieux mal aérés et où il est possible de respirer les particules contaminées des selles du visiteur précédent, qui auront été aérosolisées en tirant la chasse d'eau.

«Rien ne justifie le couvre-feu, qui ne fait que réduire les plages horaires où on va faire ses courses, ce qui augmente la densité des magasins et transports.»
Charlotte Jacquemont, chercheuse au CNRS

Concernant les lieux de promenade en plein air, la chercheuse ne cache pas son agacement face à l'évacuation des quais de Seine qui a tant fait parler début mars: «C'est absolument ridicule. J'ai bien vu qu'il y avait une forte densité, mais l'aération dilue les particules. Si l'on peut être infecté à l'extérieur et lors d'un contact rapproché, ça reste très minime, surtout si on porte un masque. Il n'existe aucune raison scientifique d'empêcher les gens de se promener. Il vaudrait mieux laisser les gens s'éparpiller en extérieur pour réduire les risques.»

Et de déplorer des mesures «prises en dépit du bon sens et en dépit des données scientifiques»: «Rien ne justifie le couvre-feu, qui ne fait que réduire les plages horaires où on va faire ses courses, ce qui augmente la densité des magasins ou des transports, ni les confinements le week-end: pourquoi laisserait-on les gens aller travailler, s'entasser dans les transports la semaine, et les empêcherait-on d'aller dans les jardins le week-end?»

Aucune raison de fermer les lieux culturels

De même, la fermeture des musées et des cinémas lui semble pour le moins aberrante, dans la mesure où ce sont des lieux où l'on garde son masque, et où la distanciation et la ventilation sont autrement meilleures que dans les magasins ou les transports publics.

Si elle estime qu'il aurait fallu confiner dès février et qu'il est nécessaire de le faire, puisque nous nous situons depuis des semaines sur un plateau haut avec une forte propagation du virus et le risque de voir se développer de nouveaux variants, elle formule quelques propositions pour la suite:

«Il faut insister d'une part sur l'importance de porter correctement le masque afin qu'il ne bâille pas et soit pleinement efficace, et d'autre part sur l'importance d'aérer les lieux clos. Par exemple, pour une salle de classe, il faudrait ouvrir les fenêtres toutes les vingt minutes et, dans les rames de métro ou de RER, laisser les fenêtres des wagons ouvertes. Il peut être utile de se munir de détecteurs de CO2 afin de savoir quand aérer.»

«Il est également crucial de développer les tests salivaires et de les réaliser de manière systématique, poursuit l'experte. Aujourd'hui, quand on se fait tester, on a, le plus souvent, déjà des symptômes. Cela signifie que l'on est déjà contagieux depuis quelques jours. C'est trop tard! Cela vaut pour les établissements scolaires, les entreprises, mais aussi en sortie d'hôpital, dans la mesure où le Covid est devenu la première maladie nosocomiale en France.»

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