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Les «confessions royales» de Meghan et Harry ébranlent la monarchie britannique

Temps de lecture : 4 min

Ces déclarations perturbent l'équilibre prudent entre transparence et secret sur lequel s'appuie l'institution.

Le prince Harry et Meghan Markle, lors de leur interview avec la journaliste américaine Oprah Winfrey, diffusée dans la nuit du 7 au 8 mars 2021. | Joe Pugliese / Harpo Productions / AFP
Le prince Harry et Meghan Markle, lors de leur interview avec la journaliste américaine Oprah Winfrey, diffusée dans la nuit du 7 au 8 mars 2021. | Joe Pugliese / Harpo Productions / AFP

L'interview que le duc et la duchesse de Sussex ont accordée à Oprah Winfrey a fait l'effet d'une déflagration pour la monarchie britannique et n'a pas fini de faire couler de l'encre. Meghan y révèle notamment les sentiments suicidaires qui l'ont habitée alors qu'elle était enceinte et affirme qu'une personne appartenant à la famille royale s'est inquiétée de savoir à quel point la peau d'Archie, le fils qu'elle a eu avec le prince Harry, serait sombre.

Dans de nombreux commentaires, l'interview a été présentée comme une attaque contre la famille royale. Les royalistes exigent que Meghan et Harry «fassent profil bas». Cette exigence renvoie à la longue histoire des confessions royales: les Sussex sont loin d'être les premiers à subir diverses intimidations au nom de la protection de l'institution monarchique.

L'interview de la princesse Diana à BBC One «Panorama» en 1995 est probablement la confession royale la plus emblématique. Diana a parlé à l'intervieweur Martin Bashir d'adultère au sein de son couple, des complots du palais contre elle et de la détérioration de sa santé mentale et physique. Sa citation tristement célèbre: «Eh bien, nous étions trois dans ce mariage, donc c'était un peu encombré», en référence à la liaison du prince Charles avec Camilla Parker Bowles, est encore dans les mémoires près de vingt-six ans plus tard. Sir Richard Eyre, un ancien directeur du Théâtre national, a affirmé que la Reine avait même qualifié d'«effroyable» la décision de Diana de faire toutes ces révélations.

La princesse Diana, lors de son interview à BBC One, en 1995. | Capture d'écran GBH News via YouTube

Des confessions mal accueillies

Le point commun à ces deux exemples est que ce sont des femmes qui ont eu recours à la pratique de la confession royale pour révéler leurs expériences.

La confession est un moyen souvent employé par les célébrités pour instaurer une forme d'intimité avec le public. En dévoilant quelque chose de profondément personnel, les célébrités révèlent leur «authenticité». Cependant, comme le soulignent les chercheuses Helen Wood, Beverley Skeggs et Nancy Thumin, les confessions des célébrités masculines, blanches et appartenant à l'élite ont tendance à être traitées avec une gravité particulière. En revanche, les confessions des femmes –en particulier des femmes de couleur ou celles associées à des «professions de basse culture» (ce qui est le cas d'une bonne partie des célébrités d'aujourd'hui)– sont trop souvent considérées comme étant inappropriées, excessives et narcissiques.

La confession de Meghan Markle, comme celle de Diana avant elle, sont largement présentées, dans les médias et sur les réseaux sociaux, comme des attaques contre la famille royale exposant de manière erronée et immorale les rouages de la monarchie. Des commentateurs tels que Piers Morgan ont jugé l'interview des Sussex honteuse, se demandant comment ils ont pu manquer de cœur au point de traiter la Reine et le Prince Philip de menteurs alors que Philip est actuellement hospitalisé.

Protéger les puissants

Les réactions qui s'insurgent de l'«immoralité» des confessions royales visent à protéger la monarchie et refusent de reconnaître qu'il est important de demander des comptes à une institution puissante. Dans mon livre à paraître, je soutiens que la monarchie britannique s'appuie sur un équilibre prudent entre visibilité et invisibilité pour reproduire son pouvoir. Il s'agit d'une institution ancienne qui fonctionne au cœur d'un système supposément démocratique; dès lors, ne pas attirer l'attention sur ses contradictions est essentiel à sa survie. La famille royale peut être visible sous des formes spectaculaires (cérémonies d'État, par exemple) ou familiales (mariages royaux, bébés royaux). Mais le fonctionnement interne de l'institution doit rester secret.

Comme Meghan, j'utilise l'expression «the Firm», mais je l'emploie pour décrire la monarchie comme une entreprise investie dans la reproduction de sa richesse et de son pouvoir, et dont les opérations doivent rester top secrètes. Toute exposition de ce qui se passe en coulisses –comme les récentes révélations parues dans The Guardian sur les utilisations abusives de la procédure dite du «consentement de la Reine» pour influencer les lois affectant ses intérêts personnels– risque de déstabiliser la monarchie.

«Nous ne devons pas exposer la magie à la lumière du jour.»
Walter Bagehot, constitutionnaliste

La monarchie s'est montrée trop visible en acceptant le tournage du documentaire intimiste de 1969 intitulé Royal Family: les membres de la famille royale avaient alors été suivis pendant un an. Ce documentaire a été lourdement édité par le palais de Buckingham. Très probablement parce qu'il contenait trop de révélations sur les coulisses de la monarchie et menaçait de rompre le précieux équilibre entre visibilité et invisibilité. Comme l'a écrit le constitutionnaliste Walter Bagehot dans les années 1800: «Nous ne devons pas exposer la magie à la lumière du jour.»

De même que les confessions similaires précédentes, les déclarations de Meghan et Harry concernant leur vie au sein de «the Firm» continuent d'être vues comme des attaques irrespectueuses, blasphématoires et immorales contre la Reine et sa famille. Mais peut-être devrions-nous plutôt nous poser cette simple question: pourquoi tant de gens, y compris la majeure partie des médias britanniques, semblent-ils avoir du mal à demander des comptes à l'une de nos plus puissantes institutions?

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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