La Belgique est morte: quelle Flandre pour quelle Europe? (2/3)
Imaginons: la Belgique éclate. Que devient la Flandre?
- dans une rue de Bruges / Smabs Sputzer via Flickr License CC by -
Elections générales ou non, la crise politique paraît aujourd'hui si profonde que le temps est venu de se demander si la Belgique a encore un avenir. Non, répond José-Alain Fralon. L'ancien correspondant du Monde à Bruxelles, auteur de «La Belgique est morte, vive la Belgique», s'en explique pour Slate dans une série de trois articles. Après La Flandre indépendante: et pourquoi pas? voici le deuxième volet de la série.
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Faisons un rêve, ou un cauchemar: la Flandre est indépendante. Une fois le Vlaamse Leeuw, l'hymne national, chanté et rechanté de Bruges à Louvain et de la Panne à Tongres, une fois prononcés les discours retraçant la glorieuse histoire de la nation flamande, une fois terminé le match de football entre l'équipe nationale de la nouvelle république et la formation des Pays-Bas, bref, une fois rangées les guirlandes de la fête, que se passera-t-il? Rien ou presque.
La peur de l'effet domino? Voyons...
Car il est bien fini le temps où un nouvel Etat européen devait battre monnaie, établir des barrières douanières à ses frontières, jeter les bases de ses juridictions, déterminer sa politique économique, gérer ses flux migratoires. La construction européenne est passée par là, qui a retiré aux gouvernements nationaux une très grande partie de leurs pouvoirs. Et si la République Flamande sera débarrassée du «fardeau wallon», elle devra payer, via les caisses régionales européennes, pour l'Italie du Sud ou la Moldavie.
Et la vie reprendra son cours, presque comme avant. Beaucoup de bruit pour rien? Sûrement. Mis à part que les Flamands verront réaliser leur rêve d'indépendance et que cela compte pour eux.
Bien sûr, cette vision de l'avenir de la Flandre peut paraître trop idyllique et le fleuve de l'histoire est rarement aussi tranquille. Un rien d'optimisme s'impose pourtant au moment où de nombreux commentateurs font de l'éclatement de la Belgique le prélude à un gigantesque chaos européen. «L'effet domino» jouant, ces prophètes du malheur imaginent des dizaines d'autres régions européennes accédant à l'indépendance. Allons! Le divorce de velours entre les Tchèques et les Slovaques n'a pas eu cet effet dévastateur dans une région pourtant riche en potentialités autonomistes. Il faut aussi admettre que le cas flamand est bien différent de celui d'autres régions européennes tentées par l'aventure de l'indépendance, qui ne sont, en plus, pas si nombreuses que cela. Avec 6,3 millions d'habitants, la Flandre est davantage peuplée que le Danemark, la Slovaquie ou l'Irlande. Elle a un PIB supérieur de 23% à la moyenne européenne et un taux de chômage parmi les plus bas de l'Union. Plus loin que les chiffres, elle a surtout, nous l'avons vu, une réelle conscience nationale et une vraie culture.
Les différents scénarios
Concrètement, comment peut-on imaginer cet éclatement de la Belgique? Plusieurs hypothèses circulent. La plus répandue serait de voir le pays continuer à se déliter, à s'évaporer, comme la mer d'Aral, jusqu'au jour où il faudra bien signer l'acte de décès et s'entendre sur la succession. A cet égard, la répartition de la gigantesque dette du pays entre les nouvelles entités ne sera pas aisée. Il faudra aussi de l'imagination pour trouver à Bruxelles un statut accordant certaines «facilités» aux citoyens flamands.
La mort du roi Albert II, qui aura 76 ans le 6 juin prochain, pourrait, selon certains chroniqueurs, être instrumentalisée par les indépendantistes flamands pour accélérer le cours de l'histoire. L'héritier du trône, le prince Philippe, est en effet terriblement impopulaire en Flandre, où on lui reproche certaines déclarations hostiles aux autonomistes. Une occasion de conjuguer la fin de la monarchie avec la fin de la Belgique.
Il ne faut pas non plus (il ne faut jamais) exclure le pire: une issue violente qui verrait Flamands et Francophones en venir aux mains. Pour le moment, les Belges ont toujours su raison garder, même durant les périodes les plus troublées de leur histoire. «Ici, explique l'écrivain Jacques De Decker, on s'arrête au premier sang.» Espérons que cette sagesse prédominera.
En fait, le danger pour l'Europe n'est pas tant de voir la Flandre accéder à l'indépendance, mais de savoir à quelle Flandre on aura affaire. Une Flandre ouverte sur le monde, comme elle l'a souvent été, ou une Flandre racornie, dirigée par des tribuns ultranationalistes et xénophobes, qui ferait une tache sombre sur la carte du vieux continent?
Paris doit suivre très attentivement ce dossier flamand. Pour certains, en effet, une Flandre indépendante ne serait pas un partenaire facile pour la France, compte tenu (nous le verrons dans le prochain épisode) des liens de plus en plus étroits que celle-ci lierait avec Bruxelles et la Wallonie. D'autres, en revanche, estiment que la Flandre pourrait être le plus «francophile» des Etats du nord de l'Europe.
C'est toutefois avec les Pays-Bas que l'histoire va se jouer. Le regroupement, dans un ensemble néerlandophone, des Pays-Bas et de la Flandre a longtemps été «l'impossible rêve» de nombreux dirigeants flamands. Impossible car les Néerlandais étaient en majorité protestants et les Flamands catholiques. Or, cette barrière des religions est, aujourd'hui, tombée puisque les catholiques sont désormais majoritaires aux Pays-Bas. De nombreux Flamands insistent ainsi sur cette «communauté de race, d'origine et de langue» qu'ils forment avec les Néerlandais. D'autres sont plus sceptiques, comme ce professeur de l'université de Louvain qui s'exclame: «Non aux Pays-Bas! Je préfère être Flamand et ex-Belge.»
Avec un danger pour les Flamands: quitter une Belgique, où ils étaient en situation de force, pour jouer un second rôle dans un ensemble néerlandophone dominé par les Pays-Bas. Ce serait le dernier paradoxe d'une histoire qui n'en est pas avare.
José-Alain Fralon
Photo: dans une rue de Bruges / Smabs Sputzer via Flickr License CC by
SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: La première partie de notre série La Belgique est morte: La Flandre indépendante: et pourquoi pas?
Mis à jour le 19/07/2011 à 17h51














































En tant que bruxellois, je vous remercie pour ces deux excellents articles. Néanmoins, certaines choses m'intriguent.
Je doute ainsi très fort d'un désir de rapprochement des Flamands avec la Hollande! C'est certainement le rêve de certains au sein de l'extrême droite flamande (de même que le rattachement des Flandres françaises...si, si, vous avez bien lu!). Vous me semblez cependant sous-estimer le gouffre de différences entre hollandais et flamands et surestimer donc l’écart de mentalité entre flamands et francophones. Pour rappel, les programmes télévisés hollandais sont sous-titrés lors de leur passage en Flandre et réciproquement.
La Belgique est une république de communes, une mosaïque de sous-régionalismes (au sein même de la Wallonie comme de la Flandre) avides de toujours plus de prérogatives (ou « privilèges » du temps des Autrichiens et des Espagnols). Les tendances centrifuges au détriment de l’Etat Fédéral sont donc très fortes et continues (du côté wallon également qui a une longue tradition historique en la matière avec le « Mouvement wallon), mais de là à déclarer l’indépendance, il y a une marge...
Donc, les Flamands veulent-ils l'indépendance?
Pour ma part, je ne pense pas. Les flamands se réservent depuis longtemps les principaux leviers de pouvoir au Fédéral.
En réalité, c'est bien pire: les flamands veulent le beur et l'argent du beur. C'est-à-dire: garder un pied à Bruxelles (pour rappel, le parlement de la région Flamande est installé à Bruxelles, celui des Wallons...à Namur, bienvenue en Absurdie) et la marque Belgium (qui valent des milliards) tout en faisant du pays une coquille vide (aucun transfert financier Nord-Sud). Bruxelles est en effet une vitrine, un accès, vital vers leur économie.
La question de l'indépendance de la Flandre doit sans-doute être comprise comme une menace afin de soutirer davantage de concessions. En cas d’indépendance en effet, les flamands savent très bien que les francophones seraient pris à la gorge financièrement (et à un point inimaginable).
A l’issu des élections etc., une vaste réforme de l’Etat aura sans-doute lieu (c'est-à-dire, bien davantage que le seul dossier BHV). Mon avis n’est absolument pas autorisé mais je pense que d’une manière ou d’une autre à moyenne échéance, la région Bruxelloise (une des 3 régions de Belgique) en fera les frais en termes d’autonomie (avec quelques soussous temporaire pour faire passer la pilule). Depuis toujours, je suis persuadé que les wallons vont nous planter le couteau dans le dos en échange d’un marchandage financier avec la Flandre (c’est d’ailleurs ce que veut la Flandre : négocier avec les wallons sur le dos des bruxellois). Je sais que mes propos peuvent étonner certains français mais les wallons ne nous aiment pas, nous, les bruxellois (et ça dure depuis longtemps : une vieille rancœur historique entre provinciaux etc). Rappelons la situation de leur « capital » à Namur, mais aussi les récents propos du ministre PS wallon Rudy Demotte sur la nécessité de renforcer l’identité wallonne (wallonne, pas francophone : qui n’inclut donc pas les habitants de la région bruxelloise) avec symboles, etc., comme au 19ème et pas en Flandre, ...en Wallonie. C’est triste.
Coincés entre les deux, la (« jeune » selon certains) région bruxelloise mal aimée s’affirme également mais il y a toutes les chances qu’elle devienne le dindon de la farce et soit transformé en un bidule internationalisé et coadministré, dont l’identité francophone serait niée au profit d’un agglomérat de communautés ethniques. Pour les flamands en effet, la capitale n’est qu’un assemblage international, elle n’a pas droit à une identité francophone (pourtant plus de 85% de la population). Pourquoi ? Parce que parmi ceux qui parlent le français à Bruxelles, beaucoup parlent également l’arabe, le turc...
On en est là !
J'ai des amis chinois qui, une fois arrivés en Europe ont tous trouvé que l'Europe était vraiment compliquée (50 langues et pays, autant de gastronomies, de cultures, de tensions...). Mais la Belgique, c'est juste de la folie ; petit pays de 11 millions d'habitants, néanmoins le plus compliqué au monde.
C'est toutefois avec les Pays-Bas que l'histoire va se jouer.
Soyons sérieux 5 minutes: les pays bas s'en foutent complètement des flamands de Belgique, comme le reste du monde d'ailleurs (ils sont célèbres dans leur quartier...) Si on devait raisonner de la sorte en France la Bretagne devrait faire sécession de toute urgence et rallier l'Irlande ou l'Angleterre, après tout nous avons des raisons culturelles au moins aussi fortes voire plus et en plus la Bretagne a une balance commerciale positive grâce à ses exportations agro-alimentaires donc pourrait vouloir se séparer des régions déficitaires...
Je ne suis pas certain qu'on puisse éliminer l'effet domino de l'éventuelle partition de la Belgique avec le seul exemple tchécoslovaque. C'était en 1992, dans une Europe de l'Est en pleine recomposition politique, avec un pays récent qui n'avait pas connu grand chose d'autre que le communisme et dont le seul nom indiquait l'amalgame (à tort ou à raison).
La Belgique c'est différent. Ça arrive près de chez nous, alors que les nationalismes régionaux grondent en Europe de l'Ouest : un référendum d'indépendance est souhaité par le parti au pouvoir en Écosse, la Catalogne pompe régulièrement des responsabilités à l'Espagne, la situation est toujours tendue au Pays Basque. Une indépendance réussie de la Flandre pourrait fortement donner des idées à au moins ces trois autres régions.
L'UE pourrait compter plus de 30 membres avant même qu'elle ne s'en rende compte.
Pour bien comprendre il faut se rappeler que:
- Il y a trois langues officielles en Belgique: le flamand, le français et allemand. Chacune de ces langues à son gouvernement.. Cela fait déjà 3 gouvernements.
- il faut rajouter l'état fédéral. Nous en sommes à 4 gouvernements..
- Bruxelles à le sien, cela fait 5.
- Auquel on rajoute la zone Européenne qui est extra territoriale et à sa propre gestion. Nous en somme à 6.
- Plus le monarque, cela fait 7.
Résultat sans surprise: c'est ingérable.
Si Wallons et Français peuvent s'entendre, il faut oublier une fusion Hollande Protestante / Flandre Catho.