Politique / Santé

La gestion de la crise du Covid-19 par Macron a balayé les oppositions de gauche

Temps de lecture : 14 min

De cette année passée, on retiendra que la gauche française a accepté d'exorbitantes restrictions des libertés publiques, obtempérant au discours sur la «guerre» du président Macron.

Olivier Faure (premier secrétaire du PS) et Valérie Rabault (présidente du groupe socialiste à l'Assemble nationale), le 22 septembre 2020. | Ludovic Marin / AFP
Olivier Faure (premier secrétaire du PS) et Valérie Rabault (présidente du groupe socialiste à l'Assemble nationale), le 22 septembre 2020. | Ludovic Marin / AFP

En un an, la crise du Covid a bouleversé la société française. Cette dernière a pris conscience des fautes commises dans la préparation de notre appareil sanitaire aux risques de type Covid-19. En ce domaine, elle ne peut ni exempter le président de la République et le pouvoir macronien de leurs responsabilités ni, a fortiori, oublier le bilan des deux quinquennats précédents, dont celui de François Hollande.

Pendant cette année, davantage encore qu'auparavant, la société française s'est accoutumée aux solutions autoritaires, notamment en matière de libertés individuelles. Elle n'a pas encore pris la pleine mesure du naufrage économique ni des innombrables plaies qui vont peser désormais sur elle: le non-questionnement du confinement comme solution et la sous-estimation systémique de ses conséquences, par l'absence de coordination de propositions d'urgence concrètes entre forces de gauche.

Débâcle politique

Le soir du 6 mars 2020, le président de la République se rend au Théâtre Antoine, comme pour montrer que la vie continue. En quelques jours, à partir du jeudi 12 mars, une grande peur va saisir nombre de Français et aboutir, sans coup férir, à l'instauration d'un état d'exception. Le mot «guerre» revient plusieurs fois, de même que l'usage de l'expression «mobilisation générale».

En confondant à dessein «guerre» et épidémie, le président de la République ne commet pas une erreur de jugement intellectuel. Il sait que cela n'est pas vrai. Il précipite ses oppositions dans ce qui est, sinon un piège, du moins une nasse politique. Le champ lexical de la guerre s'apprête à peser puissamment sur le déroulement des événements, impliquant tacitement ou non une absence de questionnement et de contestation. Le recours au vocabulaire guerrier ouvre la voie à un césarisme sanitaire qui, unifiant les contraires sous la pression de l'impératif sanitaire, va avoir des conséquences pendant l'ensemble de la crise et au-delà.

Sonné, le monde politique –lorsqu'il est encore entendu– peine à être audible et écouté. Les premiers temps sont marqués par deux thématiques: «il aurait fallu annuler le premier tour des municipales» et «ils savaient mais n'ont rien dit» (après les déclarations d'Agnès Buzyn). Mais qu'ont décidé, in fine, les camarades de gauche face à cette crise? «Les camarades ont décidé de ne pas décider», aurait pu dire Léon Blum.

À l'évidence, pour l'essentiel, les oppositions se réclament des mêmes analyses et prescriptions que le président de la République. Là est probablement la faute originelle de la gauche dans la crise, celle que même les meilleures initiatives ultérieures des siens peineront à rattraper.

Le PS piégé par la «guerre»

L'une des premières réactions du Parti socialiste (PS) mentionnées par Le Monde le 18 mars a été de demander au Premier ministre de «ne pas déconnecter les deux tours» dans le cas des 4.922 communes qui n'ont pas élu leur municipalité. Olivier Faure, Valérie Rabault et Patrick Kanner, respectivement premier secrétaire, présidente du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale et président du groupe socialiste au Sénat veulent... accélérer le dépôt des listes du deuxième tour dans les délais initialement prévus. Priorité des priorités.

Le dimanche 22 mars, le premier secrétaire du Parti socialiste réclame une «économie de guerre» afin de «limiter l'activité aux fonctions vitales du pays». Quelques revendications à connotation sociale s'ajoutent, dont certaines sont des plus recevables, et débouchent en avril sur la demande d'un «état d'urgence sociale». Cependant, très vite, Olivier Faure souhaite un confinement plus strictement appliqué, signifiant son acquiescement au césarisme sanitaire ambiant.

Cette adaptation mimétique du PS au discours présidentiel ne peut que rappeler la quête, au début du mandat de François Hollande, d'un «discours churchillien» impliquant «le sang, la sueur et les larmes». Si on convoque Churchill qui a combattu et vaincu le nazisme quand, comme Hollande, on se fixe pour objectif de vaincre des déficits, c'est que la légitimité de l'action des dirigeants du pays est douteuse aux yeux de la société ou d'une partie significative de celle-ci.

​La pandémie de Covid-19 ne fait que renforcer des traits caractéristiques et fondamentaux du régime de la Ve République.​

Il y a évidemment, dans un contexte de crise de régime, de défiance croissante envers les institutions, différents types de quête de la part des responsables politiques. À la tête de l'État, il s'agit à chaque fois d'endosser les habits du grand homme. Pour les autres, c'est mettre le costume du dirigeant politique responsable, à la hauteur du moment... Cependant, ni en 2012-2013, ni en 2020-2021 le pays n'a été en guerre.

En 2020, malgré leur consentement à un état d'exception sans guerre, beaucoup d'élu·es d'opposition déplorent une forme de dépossession du Parlement et d'affaiblissement du rôle de celui-ci. La pandémie de Covid-19 ne fait que renforcer des traits caractéristiques et fondamentaux du régime de la Ve République. En appeler aux Français contre la loi de «sécurité globale» fut plus difficile par la suite, pour la simple raison que les partis de gauche avaient accepté peu de mois auparavant de considérables restrictions aux libertés individuelles.

Toute la durée de la crise sanitaire, la social-démocratie aura eu du mal à ne pas céder à un très ancien penchant autoritaire. On citera Olivier Faure, demandeur, voici un an, d'une application plus stricte du confinement. Mais aussi Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, qui ont successivement réclamé un confinement strict de trois semaines, refusé un confinement durant le week-end (jugé «inhumain»), puis promu une stratégie «zéro Covid»...

Depuis un an, ce n'est pas l'atteinte aux droits fondamentaux qui pose question, mais sa justification. Dans l'évidente panique des premiers jours du confinement, la justification des privations de liberté est allée de soi, elle n'a pas été questionnée ni d'ailleurs soumise à une condition quelconque. Ses conséquences prévisibles n'ont pas été abordées, ou bien de façon incidente.

L'héritage indigeste du quinquennat Hollande

Il apparaît très vite que le PS comme Emmanuel Macron sont liés par la politique menée au cours du quinquennat de Français Hollande. La crise des masques révèle d'une part une certaine incurie de l'État datant de bien avant 2017, et d'autre part les liens étroits qui unissent le pouvoir macronien à cet avant. La mise en cause dans cette affaire de Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé de l'ère Hollande, rappelle que celle-ci fut un soutien malheureux d'Emmanuel Macron. Quant à Gabriel Attal, actuel porte-parole du gouvernement, il fut son conseiller parlementaire.

En ce qui concerne Roselyne Bachelot, son bilan à la Santé sous Nicolas Sarkozy la propulse rue de Valois, où aucun acte de sa part n'est venu en aide au monde culturel. En 2017, Emmanuel Macron présentait à la fois les traits du sauveur du régime de la Ve République et de syndic de liquidation de celui-ci; en 2021, il se précise qu'il en est davantage le syndic de faillite. Dans cette crise, la gauche sociale-démocrate du PS est unie au président de la République par un bilan commun... et la droite par les politiques menées depuis 2017.

Libertés individuelles: les grandes oubliées?

Conditionné·es pendant des semaines, beaucoup d'élu·es ont accueilli le confinement comme une évidence, d'autant que, comme tous les milieux sociaux, celui des responsables politiques nationaux et locaux n'a échappé ni à la maladie, ni aux deuils. Le 17 mars, seul le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts Julien Bayou semblait préoccupé par la question des libertés publiques et «l'aspect légal de la décision du confinement».

Cependant, parmi les dirigeant·es politiques, parlementaires et élu·es, la légalité comme le respect scrupuleux des libertés publiques se sont alors effacés derrière les impératifs de la crise sanitaire. En cinq ans, l'impératif de la lutte contre le djihadisme puis celui du combat contre le virus du Covid-19 ont profondément modifié l'état du droit.

À gauche, peu se démarquent. Julien Dray, par exemple, reprend le champ lexical de la guerre, mais pour le retourner contre ceux qui l'emploient. Le 1er avril, dans Libération, il parle de «juin 40 sanitaire», évoque les difficultés sociales imminentes d'un grand nombre de Français, et semble trouver que le PS fait le service minimum dans la crise. Les onze mesures de La France insoumise répondent à des urgences sociales, défendent le maintien de la séparation des pouvoirs et font confiance à l'auto-organisation à la base, sans toutefois remettre en cause le cadre légal du confinement.

En quelques jours, l'explosion des cas recensés, celle des hospitalisations et bientôt des décès, fait prendre à l'État jusqu'alors mythifié les traits qu'il présentait en juin 1940. Les carences organisationnelles et les conséquences d'années d'incurie budgétaire éclatent au grand jour.

Des conséquences occultées

Depuis un an, la France est passée de la peur légitime du Covid-19 à une interrogation timide relative aux conséquences du confinement. Il a fallu des mois pour passer de reportages sur la jeunesse privée de fête et de verre avec ses amis à une lente et plus grave interrogation quant au devenir de dizaines de milliers d'étudiants, non seulement privés de cours mais aussi de nourriture.

La baisse de l'effectif salarié pour les mois de mars, avril, mai et juin 2020 dans les bassins de vie de Paris, Orly et Roissy se situe entre 1,4 et 2%. Sur l'ensemble de l'Île-de-France, c'est une baisse de 63.000 emplois salariés à laquelle on assiste. Quid, parallèlement, de l'emploi non salarié, ou encore de l'autoentrepreneuriat?

Peu à peu sont distillés les conséquences et les non-dits de la crise sanitaire comme du confinement. Qu'elles soient économiques, sociales et/ou psychologiques, elles s'avèrent considérables. Si, très tôt lors du premier confinement, militantes féministes et militants des droits de l'enfance ont pointé l'explosion de violences intrafamiliales, la solitude des personnes confinées a tardé à être prise en compte.

Cette dernière est d'autant plus difficile à intégrer à l'analyse des décideurs que le nombre de foyers ne comportant qu'une personne est plus important. À titre d'exemple, plus de 35% des ménages d'Île-de-France sont constitués d'une seule personne. Même si la méthodologie de l'enquête de l'IFOP «Les Français et le suicide» (parue le 6 novembre 2020) est évidemment imparfaite compte tenu de la complexité du sujet, elle traduit tout de même une réalité: le pessimisme est endémique. 20% des individus sondés affirment avoir déjà envisagé de se suicider, avec une hausse sensible après le premier confinement.

Qu'elles soient économiques, sociales et/ou psychologiques, les conséquences de la crise sanitaire comme du confinement s'avèrent considérables.

Cette réalité peine à être politisée et est victime d'une forme de refus d'obstacle de la part des responsables politiques confrontés à de tels chiffres. Reportages et articles traitant du sujet semblent ainsi écrits sur du sable: dans leur grande majorité, les expressions politiques font abstraction d'une réalité sociale pourtant visible dans nos rues, perceptible dans les cabinets médicaux et les services hospitaliers ou, c'est un fait et hélas, cachée derrière la porte du domicile de chacun.

Il est avéré que si notre système hospitalier n'était pas préparé à une pandémie de type et d'ampleur Covid-19, il n'était pas non plus prêt –en matière de moyens– à en affronter les conséquences psychiques sur la population. En Espagne, le député Íñigo Errejón a suscité le débat sur cette troisième vague psychologique, recevant par la suite des centaines de messages le remerciant d'aborder le sujet. Or, en France, cette dimension de la crise a longtemps semblé relativisée et l'est encore.

Invisibiliser les conséquences de la crise est le meilleur moyen de ne pas les affronter en face. Pourtant, une enquête plus récente, réalisée par la Fondation Jean-Jaurès en partenariat avec OpinionWay et parue le 22 février 2021, pointe deux sentiments dominants des Français: la «morosité» (34%) et la «lassitude» (41%) avec un regain notable de confiance dans les institutions, même pour l'institution présidentielle qui passe de 23% de confiance fin 2018 à 37% début 2021.

Quotidien contre vision historique

Ce ne sont ni les bonnes intentions, ni les interrogations qui ont manqué à l'opposition de gauche, mais une grille d'analyse cohérente, une vision stratégique et une action concertée et, pour les socialistes, un inventaire sincère du quinquennat Hollande. Le diagnostic sur la genèse de la pandémie a mobilisé certain·es élu·es, davantage occupé·es à incriminer le pangolin, la chauve-souris ou, pour les moins féru·es de zoologie, un éventuel accident de laboratoire. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il explique «combattre les abus d'une façon de vivre». Le discours unifiant le panier garni à la «transition écologique de l'économie» achoppe encore sur le mur de la crédibilité.

Si la morosité et la lassitude l'ont aujourd'hui emporté sur la peur, l'urgence économique est néanmoins là. Une importante partie des Français est touchée par des problèmes matériels liés à la vie quotidienne, comme des problèmes inhérents à un enfermement de longue durée dans des espaces parfois très exigus. La fragilisation explosive des salariés, des autoentrepreneurs, des intermittents du spectacle (dont beaucoup ont perdu deux tiers de leurs revenus) était prévisible dès mars 2020, et à brève échéance dès le début de la pandémie.

Le 29 mars 2020, Clémentine Autain pointait l'ampleur des violences intrafamiliales, signe dramatique et avant-coureur d'une multitude d'autres effets induits par le confinement. En janvier 2021, Alexis Corbière mettait en évidence le caractère extrêmement rudimentaire du confinement, tout cela en connaissance de cause puisqu'il en a perçu les conséquences sur le monde étudiant dès le printemps 2020 et qu'il a interrogé le gouvernement le 24 avril de la même année par voie écrite.

Le 14 octobre, lors d'une interview télévisée, le président de la République refusait d'étendre le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans tout en reconnaissant que «c'est dur d'avoir 20 ans en 2020». Nul ne lui en demandait tant. Il s'agissait plutôt de répondre, au moins temporairement, à une cruelle urgence sociale et humaine.

Cet obscur objet du désir de la gauche

Revenant à ses premières amours pour le confinement, une partie de la gauche a donc réitéré son désir de reconfinement. À l'Hôtel de Ville de Paris, le cafouillage entre Anne Hidalgo et son premier adjoint Emmanuel Grégoire est emblématique de la confusion engendrée par la crise sanitaire chez les responsables politiques, notamment de gauche. Ainsi, une partie de la gauche est capable de réclamer un nouveau confinement au début du mois de mars 2021 tout en manifestant pour la réouverture des lieux culturels.

Emmanuel Grégoire a bien évoqué l'idée d'un nouveau confinement strict de trois semaines, assorti d'une «obligation» de télétravailler. Le 27 février, Fabien Roussel (secrétaire national du PCF) déclarait à France 2: «Ça fait un mois que nous le disons. Si c'est nécessaire, confinons trois ou quatre semaines et ensuite retrouvons petit à petit le chemin d'une vie normale. Nous avons besoin d'une perspective heureuse.»

Deux des principaux leaders de la gauche réclament encore plus de confinement, ou encore une application plus stricte, alors que leurs camarades et collègues manifestent le 4 mars 2021 pour la réouverture des lieux culturels. Dans le même temps, Emmanuel Macron a habilement opéré en choisissant de s'interposer entre le pouvoir scientifique et la population française lors d'un arbitrage à suspense sur un nouvel éventuel confinement.

Cette posture et cette mise en scène poussent la gauche à une énième danse de Saint-Guy. Une gauche qui méditera un jour cette phrase de Ralph Waldo Emerson reprise par John F. Kennedy: «Ce que vous êtes parle plus fort que ce que vous dites.»

Il est surréaliste de voir une partie de la gauche manifester contre les «violences systémiques» de la police et s'en remettre à elle pour ramener le confinement ou le rendre plus strict.

On compte cependant une exception notable: en février 2021, le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, prenait position contre le confinement pour des raisons sociales, dont certaines liées au maintien d'une santé psychique vitale pour des habitants déjà peu favorisés matériellement.

Sa position contre le confinement ne vise pas, on le sait, à faire plaisir au Medef. En plus du triptyque confinement / attestation / amende de 135 euros, le président du conseil général du département voit certainement le tissu économique et social se déliter depuis un an, avec des conséquences considérables sinon catastrophiques. Le souci d'égalité de la gauche («confinons tout le monde») trouve son équilibre dans le souci de liberté des individus et de prise de conscience de certaines conséquences délétères du confinement.

Il est, de surcroît, totalement surréaliste de voir une partie de la gauche manifester contre les «violences systémiques» de la police et, paradoxalement, s'en remettre à cette même police pour ramener le confinement ou le rendre plus strict.

D'un césarisme à l'autre

De cette année de crise, on retiendra que la gauche française a, dans une large part, accepté d'exorbitantes restrictions des libertés publiques, qu'elle a –sans barguigner– obtempéré au discours sur la «guerre» du président Macron. La gauche ne se doutait pas que cette crise serait une course de fond et qu'à cette épreuve s'ajouterait pour elle une course d'orientation...

La social-démocratie française, le PS, paye les politiques mises en place sous le quinquennat de François Hollande. Il est notable qu'Emmanuel Macron, comme Boris Vallaud (député PS des Landes chargé d'une nouvelle politique de santé chez les socialistes alors qu'il est comptable de la précédente), ont été des collaborateurs de celui-ci. Ils ont pensé et mené rigoureusement la même politique et sont également comptables, l'un comme l'autre, de ce passé.

En misant exclusivement sur la coercition et non sur le consentement au début de la crise, en ignorant le besoin d'organisation à la base, en méprisant les conséquences psychologiques, la gauche française (et surtout le PS) a révélé qu'elle s'en remettait plus volontiers à des solutions autoritaires qu'à la confiance en la société et dans son organisation à la base.

Le président de la République est en passe de conserver, pour un temps encore au moins, la centralité politique en France.

À l'occasion de cette crise, Emmanuel Macron a bénéficié du réinvestissement relatif dans cette valeur refuge que sont les institutions. Faisant usage d'un véritable césarisme sanitaire exercé de concert avec un pouvoir scientifique n'aspirant très vite qu'à asseoir sa puissance (y compris sur ceux qu'il désignait comme hérétiques, tels que le professeur Raoult) et dont il a su se détacher in extremis, le président de la République a conforté sa centralité. Mieux, il a laissé la gauche courir dans le train du pouvoir scientifique. Il l'a d'ailleurs d'autant plus confortée qu'à sa gauche, les oppositions semblaient déboussolées et qu'à sa droite, le Rassemblement national demandait toujours plus de répression dans les quartiers populaires, soit un confinement strict façon Olivier Faure, agrémenté de xénophobie sous-jacente.

Comme nous l'avons vu, Julien Dray a très tôt, dès les premières semaines du premier confinement, parlé d'un «juin 40 sanitaire». Deux livres permettent de comprendre cette dernière année tout en traitant de 1940, et Dray l'a compris. L'étrange défaite de Marc Bloch permet de comprendre comment un effondrement collectif surgit des fautes dans l'organisation et la logistique. La fin de la IIIe République d'Emmanuel Berl permet d'observer le comportement des hommes dans l'adversité, face à laquelle le caractère et la vision sont seuls à peser tout en étant trop rares.

Défait du poids d'un pouvoir scientifique irresponsable au sens politique, donnant lui-même les orientations de la sortie de crise, le président de la République est en passe de conserver, pour un temps encore au moins, la centralité politique en France. Les codes d'un état d'exception et d'un césarisme prenant un masque sanitaire n'auront pu qu'imprégner une société désormais prête à d'autres aventures, fussent-elles autoritaires ou autoritaristes.

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