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Moins de 20% de la population mondiale vit désormais dans un pays «libre»

Temps de lecture : 3 min

La situation ne cesse de s'aggraver depuis quinze ans, selon l'ONG américaine Freedom House.

La grande nouveauté d'un rapport de Freedom House est que l'Inde n'est plus un pays libre, mais seulement «partiellement libre». | Sanjay Kanojia / AFP
La grande nouveauté d'un rapport de Freedom House est que l'Inde n'est plus un pays libre, mais seulement «partiellement libre». | Sanjay Kanojia / AFP

Freedom House publie depuis quarante-sept ans un rapport annuel sur la «liberté dans le monde» et la situation ne cesse de s'aggraver depuis quinze ans. Chaque année, l'ONG américaine évalue les pays du monde en fonction de plusieurs jauges de droits politiques et de libertés civiles, et les classe en trois catégories: «libre», «partiellement libre» et «non libre». Depuis 2006, le nombre de pays dont le score baisse chaque année est supérieur à ceux où il augmente. L'année 2020 s'avère tout particulièrement mauvaise, avec soixante-treize pays où la liberté est en baisse, contre seulement vingt-huit où elle est en hausse. Soit la pire dégringolade depuis le début de cette tendance négative.

La grande nouveauté du rapport de 2021, publié le 3 mars, concerne l'Inde –souvent caractérisée comme «la plus grande démocratie du monde». Du fait de la répression continue de la presse indépendante et des dissidents politiques, mais aussi parce que le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi fait des musulmans des boucs émissaires, l'Inde n'est plus un pays libre, mais seulement «partiellement libre».

La «démocratie illibérale» domine

Avec la reculade indienne, moins de 20% de la population mondiale vit désormais dans un pays «libre» –la proportion la plus faible depuis 1995. Freedom House considérant toujours l'Inde comme une «démocratie électorale», on voit bien comment les pires revers pour la liberté se produisent dans des pays d'apparence «démocratiques». La notion de «démocratie illibérale» est vieille de plusieurs décennies, mais il en va dorénavant de la forme politique dominante pour une grande partie de la planète.

L'année n'a pas non plus été glorieuse pour les États-Unis. Le rapport met tout particulièrement l'accent sur la corruption au sein de l'État, le manque de responsabilité politique, la réponse policière par trop musclée aux manifestations antiracistes et, surtout, la tentative de Donald Trump de refuser et d'invalider l'élection présidentielle de 2020. Les États-Unis sont toujours «libres», mais ont perdu 3 points sur l'échelle de Freedom House (qui en compte 100) au cours de l'année dernière, et 11 durant la dernière décennie –soit l'une des pires baisses dans le monde entier. Le niveau de liberté aux États-Unis est désormais comparable à celui de la Roumanie, de la Croatie ou du Panama. Et par rapport à d'autres classements, les États-Unis s'en sortent relativement bien chez Freedom House: l'année dernière, ils étaient descendus sous le «seuil de démocratie» de l'indice Polity, plus académique, et l'indice annuel de la démocratie de l'Economist Intelligence Unit en fait une «démocratie défaillante».

L'effet dévastateur de la pandémie

La tendance en 2020 est d'autant plus préoccupante que l'année précédente aura été celle d'une remarquable vague de protestation contre la corruption et l'autoritarisme dans le monde entier. Freedom House note que sur les trente-neuf pays agités par des protestations d'envergure en 2019, vingt-trois ont vu leurs scores baisser l'année suivante. Plusieurs pays, comme l'Arménie et l'Éthiopie, qui montraient des signes prometteurs de démocratisation en 2019, ont reculé en 2020 à cause des répercussions des conflits armés. Dans un très court paragraphe positif, le rapport s'attarde sur deux des vingt-huit pays qui ont vu leur note augmenter. Il s'agit du Malawi, où la Cour constitutionnelle a ordonné l'annulation de l'élection présidentielle entachée de nombreux éléments de fraude électorale, gagnée par l'opposition lors du revote, et de Taïwan, qui aura réussi à organiser une élection malgré une campagne de pression et de désinformation venue de Chine, et peut se targuer d'un succès remarquable dans l'éradication du coronavirus sans mesures autoritaires coercitives.

Selon le rapport, la pandémie a eu un effet dévastateur sur la démocratie mondiale, notamment en Hongrie, au Salvador ou aux Philippines, où le virus a été un prétexte pour réprimer la dissidence, consolider le pouvoir du gouvernement ou appliquer des mesures de confinement brutales et excessives. J'avais été plus optimiste dans un précédent article, en montrant que les défaillances étatiques dans la lutte contre le coronavirus avaient galvanisé la société civile et des mouvements anti-autoritaires –y compris aux États-Unis. Ces mouvements auront-ils un impact durable? Rien n'est bien sûr encore joué.

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