Société

Le podcast «Post-Scriptum», l'univers impitoyable des cours de récréation

Temps de lecture : 4 min

En interrogeant deux classes de CM2 sur leur rapport à la cour de récré de leur école, deux journalistes dévoilent les inégalités filles-garçons qui y règnent au quotidien.

Et les adultes dans tout ça? Où sont-ils? | Allan Mas via Pexels
Et les adultes dans tout ça? Où sont-ils? | Allan Mas via Pexels

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«Avant les femmes n'avaient pas le droit de voter, elles devaient rester à la maison, elles n'avaient limite pas le droit de travailler, mais maintenant ça a changé et c'est beaucoup mieux. Il y a une égalité, c'est juste que dans la cour de récréation on est encore des enfants donc on comprend pas forcément… Les garçons croient que les filles c'est nul et tout…» Ce que Maelys pointe maladroitement du doigt du haut de ses 10 ans, c'est qu'au quotidien, elle a parfois du mal à voir l'égalité entre les sexes.

Dans son entourage, Maelys n'est pas la seule: dans l'épisode «Chère cour de récréation» du podcast indépendant Post-Scriptum, les journalistes Charlie Dupiot et Alice Milot tendent le micro à deux classes de CM2 de l'école primaire Hoche à Colombes (Hauts-de-Seine). Lorsque les élèves évoquent leur cour de récréation, une thématique émerge immédiatement: la séparation entre les filles et les garçons.

Les filles d'un côté, les garçons de l'autre

«La cour de récréation est en forme de “T” et le terrain de foot est dans la longueur. Il y a un petit espace pour les filles, où elles peuvent lire, jouer entre elles…», confie une élève dès le début du documentaire. «On n'interdit pas aux filles de passer sur le terrain de foot, elles peuvent très bien le faire même si ça nous gêne», rétorque l'un de ses camarades, niant que les garçons se seraient approprié l'espace principal de la cour de récréation comme le disent les filles.

«C'est pas vrai, nous on n'occupe qu'un demi terrain! Quand on joue au foot on se partage les espaces, et les filles ne sont jamais sur les côtés, des fois elles peuvent venir sur le terrain, c'est pas interdit», explique l'un des élèves. Pas interdit, mais pas franchement encouragé non plus par les remarques de certains garçons: «On passe la balle à certaines filles qu'on connaît et qui savent un peu jouer. C'est pas de notre faute s'il y a des forts et des nuls! Il y a des filles qui ne savent pas tirer, comme Yasmina qui tire à 3 centimètres de la ligne», dit un garçon, provoquant l'hilarité générale dans la classe.

Yasmina aura sûrement du mal à oser demander la balle après cette remarque. Plusieurs petites filles racontent essayer souvent de jouer avec les garçons, mais se lassent de ne pas être impliquées dans le jeu ou bien d'être humiliées pour leurs performances sportives. «C'est comme si nous, les filles, à la balle au prisonnier on était invisibles, c'est horrible. Mais en classe je participe beaucoup, donc là je ne suis pas invisible. Et puis bon, j'ai fait un très bon trimestre donc je me dis que le sport… Plus tard je n'ai pas envie de devenir championne olympique donc ça m'est égal», commente Maelys.

Humilier pour mieux régner

Comme une mini-société, la cour de récréation dépeinte par les élèves de l'école élémentaire Hoche se base sur un système de domination d'une partie des garçons sur le reste des élèves, qu'il s'agisse de filles ou d'autres garçons moins «forts» qu'eux. Moqueries, coups, menaces: sous couvert de jeux et de taquineries, certains petits garçons harcèlent tout bonnement leurs camarades comme Malak, petite fille de 10 ans traitée quotidiennement de «moche» par les garçons de sa classe, ou Félix, frappé par ses camarades chaque midi «comme un punching ball».

Les enfants, qui sont les adultes de demain, grandissent toujours dans un monde ultra sexiste et genré.

Le témoignage le plus poignant, d'un petit garçon anonyme, fait prendre conscience des traces que peut laisser le harcèlement scolaire dans la construction personnelle d'un enfant. «En CP et en CE1, la récréation pour moi c'était la pire chose de ma vie parce que j'essayais de m'intégrer avec les autres mais quand il y avait des jeux collectifs ils se moquaient de moi et disaient que j'étais bête. Quelqu'un m'avait même mis à terre pour faire rire les autres. J'avais l'impression qu'ils me traitaient comme un inférieur, c'était un peu dur. (...) À chaque fois que je vois un groupe d'amis je vais leur demander si je peux jouer avec eux, ils me disent toujours non. Et la plupart du temps je me retrouve à faire des tours de la cour tout seul. J'ai toujours l'impression d'être inférieur aux autres, d'être la honte de tout le monde, je me sens différent.»

Et les adultes?

Et les adultes dans tout ça? Où sont-ils? Tentent-ils de rétablir un semblant de mixité réelle dans cette cour de récréation (et donc dans la vie des enfants)? Visiblement pas, selon les dires de l'une des élèves («Il y a des adultes dans la cour mais dans un petit coin où personne ne peut les voir, près de la salle des maîtresses») et du garçon harcelé, à qui ses parents lui ont simplement dit d'aller se coucher lorsqu'il a fondu en larmes un soir en rentrant de l'école. Comment attendre des enfants qu'ils changent de comportement si les adultes ne leur font pas remarquer le problème?

Dure réalité que celle brillamment mise en son par Alice Milot et Charlie Dupiot dans cette lettre sonore de Post-Scriptum réalisée dans le cadre d'un projet pédagogique: les enfants, qui sont les adultes de demain, grandissent toujours dans un monde ultra sexiste et genré, malgré le mouvement #MeToo et la prise de conscience plus générale des inégalités de genre de ces dernières années.

Une excellente piqûre de rappel qu'en matière d'égalité femmes-hommes rien n'est encore gagné, quelques jours à peine avant la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.

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