Égalités / Culture

Camille du Gast, la première femme à obtenir un certificat de capacité, l'ancêtre du permis de conduire, en 1898

Temps de lecture : 2 min

Ce sésame en poche, elle est aussi devenue la première Française à participer à une course automobile, le Paris-Berlin.

Camille du Gast dans Elles ont été les Premières! | Gomargu
Camille du Gast dans Elles ont été les Premières! | Gomargu

À l'occasion du centenaire de la Journée internationale des droits des femmes, les journalistes Mélina Gazsi et Suzanne Kestenberg, l'illustratrice Gomargu et l'actrice Julie Gayet rendent hommage à cent femmes, connues du grand public ou beaucoup moins, qui ont marqué l'histoire en étant les premières: à faire le tour du monde, à devenir milliardiaire, à exercer le métier de psychiatre, à obtenir le permis de conduire ou encore à devenir cheffe d'État.

Elles ont été les Premières! 100 femmes exceptionnelles paraît le 4 mars 2021 aux Éditions de La Martinière. Nous en publions ci-dessous un chapitre.

Aujourd'hui, alors que la mobilité quotidienne, ne serait-ce qu'en France, doit énormément à l'automobile (83 kilomètres sur 100 sont en effet effectués en voiture), on a peine à croire qu'en conduire une à la toute fin du XIXe siècle relevait de l'extraordinaire. Que c'était un luxe inouï, réservé à une élite! À laquelle les femmes n'appartenaient évidemment pas... Imaginez: en 1893, on ne comptait que 2.500 vraies automobiles et quelque 8.000 motocycles. Et, en 1914, c'est à peine si une centaine de femmes détiennent ce qui sert alors de permis de conduire, le certificat de capacité.

Pourtant, dans le décor de cet «extraordinaire» exclusivement masculin, quelques femmes se distinguent, en particulier Camille du Gast. En 1898, elle est la première femme à obtenir le sésame, un certificat de capacité. Vous allez me dire que Camille du Gast aurait pu être un homme! Avec un prénom épicène, le doute est permis... Mais Camille du Gast est bien une femme. Et elle va encore plus loin en étant la première Française à participer à une course automobile, le Paris-Berlin en 1901, à bord d'une Panhard & Levassor. Ce qui fait d'ailleurs grand bruit!

Non conformiste, fortunée et casse-cou

Puis, celle que l'on appelle «la Walkyrie de la mécanique» récidive sur une De Dietrich 35 CV lors d'un Paris-Madrid très périlleux et accidenté en 1903. Ce qui lui vaut, à elle et à toutes les autres femmes, une interdiction du gouvernement français de l'époque –celui d'Émile Combes, sous la IIIe République– de participer aux courses automobiles. Dommage. Car c'est à cette seule femme licenciée à l'Automobile Club de France que le conducteur Benz vient de proposer de conduire sous ses couleurs. La raison invoquée d'une telle interdiction? Les soi-disant légendaires «inexpérience et nervosité féminines»! Nous en rions aujourd'hui... quoique nous puissions encore en entendre de bien belles.

Il est vrai que notre Camille est un phénomène. Non conformiste, libre de tout préjugé, fortunée et casse-cou, elle n'en est pas à son premier exploit ni à son premier scandale. Après avoir été une chanteuse lyrique et une excellente pianiste, elle s'est aussi illustrée en pionnière du saut en parachute ou en experte du tir au pistolet et à la carabine... et elle ne s'arrêtera pas là!

Camille du Gast s'est illustrée dans de nombreux domaines autrefois réservés aux hommes. | Gomargu

Mais revenons à ce sésame, le permis de conduire. Et ajoutons qu'en réalité, Camille du Gast n'est pas la seule, en cette année 1898, à l'obtenir. C'est également le cas d'Anne de Rochechouart de Mortemart –ayant pour patronyme complet Marie Adrienne Anne Victurnienne Clémentine de Rochechouart de Mortemart–, alias la duchesse d'Uzès (1847-1933).

Militante des droits des femmes et arrière-petite-fille de la célèbre «Veuve Clicquot», la duchesse d'Uzès est aussi la première à être verbalisée pour excès de vitesse, à peine deux mois après l'obtention de son permis, à bord de son break Delahaye1. Par ailleurs, l'Automobile Club de France n'acceptant plus les femmes, elle crée en 1926 l'Automobile Club féminin, qu'elle présidera jusqu'à sa mort, à l'âge de 85 ans. Et na!

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