Société

À 50 ans et plus, on divorce davantage et de nouveaux couples se forment

Temps de lecture : 7 min

Coup d'œil sur la vie sentimentale et conjugale des quinquagénaires d'hier et d'aujourd'hui.

Les personnes de 50 ans qui ne se sont jamais mariées sont plus nombreuses qu'il y a vingt ans. | Freestocks via Unsplash
Les personnes de 50 ans qui ne se sont jamais mariées sont plus nombreuses qu'il y a vingt ans. | Freestocks via Unsplash

Les divorces et ruptures d'union sont devenus beaucoup plus fréquents depuis un demi-siècle, comme les remises en couple ensuite. Qu'en est-il pour les personnes de 50 ans et plus? M'appuyant sur différentes sources, j'examine les différences de parcours conjugal que femmes et hommes de 50 ans ont connu au fil des générations, ainsi que leur risque de rupture et de remise en couple au-delà de 50 ans.

Les classes nombreuses issues du baby-boom qui ont atteint 50 ans au XXIe siècle ont connu des histoires conjugales différentes des générations qui les ont précédées. Elles se sont moins souvent mariées, du fait de l'augmentation de la cohabitation à partir des années 1970, et leurs unions ont été plus souvent rompues et renouvelées.

Continuent-elles à se différencier au-delà de 50 ans? Vont-elles connaître d'autres événements conjugaux aux âges avancés, formations de couple, ou ruptures? La survenue de tels événements après 50 ans varie-t-elle selon l'histoire conjugale passée?

Des histoires conjugales différentes au fil des générations

Il y a vingt ans, les personnes qui atteignaient l'âge de 50 ans avaient connu pour la plupart une seule union: partenaires au sein d'un couple marié avec enfants, les époux franchissaient unis le cap du cinquantième anniversaire de l'un d'eux. À 50 ans l'état matrimonial des individus est plus diversifié aujourd'hui qu'il y a vingt ans (figure 1).

Alors qu'à cet âge, 79% des hommes et 75% des femmes étaient mariés dans la cohorte née en 1945, ils ne sont plus que 57% des hommes comme des femmes dans la cohorte née vingt ans après. On dénombre un peu plus de personnes divorcées mais surtout beaucoup plus de personnes jamais mariées (célibataires à l'état civil). C'est le cas de 30% des hommes et 25% des femmes pour la dernière génération observée, née en 1965.

État matrimonial à 50 ans par cohorte de naissance. | Anne Solaz / Population et Sociétés

La majorité des personnes ayant le statut matrimonial de célibataire à 50 ans ont vécu une ou plusieurs unions cohabitantes. Ces unions non mariées sont toutefois plus difficiles à étudier que les unions légales. L'enquête européenne Génération et Genre permet de reconstituer ces unions corésidentes, qu'il y ait eu mariage ou non, et qu'elles aient été fécondes ou non, et de comparer l'histoire conjugale de générations successives à plusieurs moments de leur cycle de vie. L'enquête française Epic a permis d'actualiser les données pour les générations les plus récentes.

Un tiers des quinquagénaires ont vécu au moins deux unions

À 50 ans, la part des personnes ayant déjà rompu au moins une union corésidente, cohabitante ou mariée, augmente de génération en génération. Les hommes nés entre 1926 et 1935 sont 4% dans ce cas, ceux nés juste après-guerre, un quart, et ceux nés entre 1956 et 1964, plus d'un tiers (figure 2). Une évolution comparable s'observe pour les femmes.

Proportion de personnes à 50, 60 et 70 ans par sexe et génération en France ayant connu une séparation d'une union corésidente. | Anne Solaz / Population et Sociétés

Les individus sont également plus nombreux à avoir vécu en couple à plusieurs reprises. Parmi ceux nés dans les années 1930, seuls 4% des hommes et 5% des femmes étaient dans cette situation à 50 ans. Du fait des remises en couple, les proportions augmentent un peu ensuite avec l'âge, mais cela ne concernait encore qu'environ 8% des hommes et des femmes à l'âge de 70 ans dans cette génération.

Un quart des hommes et des femmes de 50 ans nés dans les années 1960 ont déjà connu au moins deux unions.

Une grande majorité ne connaissait donc au cours de sa vie qu'une seule union corésidente, le plus souvent mariée. Le paysage est très différent pour les générations nées trente ans après, dans les années 1960: un quart des hommes et des femmes de 50 ans ont déjà connu au moins deux unions.

Notons que si les proportions de personnes ayant déjà connu plusieurs unions à l'âge de 50 ans sont assez similaires pour les hommes et pour les femmes, les écarts entre sexes sont plus prononcés à 60 ans en raison d'une moindre probabilité de reformer une union au-delà de 50 ans pour les femmes.

Des intentions diverses de former un couple tardivement…

L'augmentation massive des séparations, associée à une moindre désapprobation sociale vis-à-vis des personnes séparées et divorcées, change les perspectives pour les plus de 50 ans qui peuvent plus facilement qu'auparavant reformer un couple après une rupture conjugale.

Toutefois, les intentions de former ou reformer une union pour les personnes vivant seules diminuent très vite avec l'âge au-delà de 50 ans (figure 3). Ainsi, 29% des cinquantenaires interrogés en 2005 pensent probablement ou certainement reformer une union dans les trois ans, contre 8% des sexagénaires et seulement 3% des septuagénaires.

Ces intentions sont nettement plus fortes pour les hommes: 37% des hommes entre 50 et 59 ans déclarent probablement ou certainement avoir l'intention de former une nouvelle union, contre 24% des femmes aux mêmes âges. Entre 70 et 79 ans, ils sont encore 10% contre seulement 1% des femmes.

Intentions de former un couple corésident dans les trois ans, par âge et sexe, en 2005. | Anne Solaz / Population et Sociétés

Les intentions de former une union sont aussi liées à l'histoire conjugale passée. Les personnes n'ayant jamais vécu d'union corésidente, hommes comme femmes, sont très peu désireuses d'en connaître une dans les trois prochaines années, soit parce qu'elles y ont renoncé, soit parce qu'elles ne l'ont jamais souhaité.

À âge donné, les personnes seules suite au décès de leur conjoint sont également moins enclines à former une nouvelle union que les personnes dont la dernière union a pris fin suite à une rupture conjugale. C'est particulièrement vrai pour les femmes qui ne sont que 9% à désirer reformer une union après le décès de leur partenaire (2% certainement et 7% probablement) dans les années à venir. Les hommes sont deux fois plus nombreux (18%).

… et des réalisations inégales pour femmes et hommes

Les comportements observés confirment les intentions différenciées selon l'âge et le sexe. Former une union devient un événement de plus en plus rare au fil des âges (figure 4).

Probabilité de former une union corésidente après 50 ans selon le sexe et l'âge en 2017. | Anne Solaz / Population et Sociétés

Les hommes seuls de 70 ans ont plus de 2 fois moins de chances de reformer une union que les hommes de 50 ans, et cet écart est encore plus important pour les femmes qui ont presque 5 fois moins de chances de reformer une union à 70 ans qu'à 50 ans. Les hommes reforment plus fréquemment un couple à tous les âges que les femmes.

Ces écarts sexués se creusent avec l'avancée en âge: ils ont un quart de chances de plus à 50 ans, 3 fois plus de chances à 73 ans, 4 fois plus à 86 ans. Il est difficile de dire si les différences d'intentions intègrent les plus faibles chances ou une volonté moindre de vivre en couple pour les femmes, qui ont peut-être «moins à gagner» que les hommes, du fait de la répartition inégale des tâches domestiques entre sexes au sein du couple, particulièrement marquée dans ces générations. À ces âges, elles pourraient préférer une relation conjugale qui préserve leur autonomie, par exemple sans partage du même toit, comme le montre Lewin dans plusieurs pays européens.

On compte 3 femmes sans partenaire pour 1 homme à 75 ans, et 5 femmes pour 1 homme à 90 ans.

De plus le nombre de «partenaires potentiels» est de plus en plus déséquilibré selon le sexe avec l'avancée en âge. S'il existe à peu près autant d'hommes que de femmes de 50 ans vivant sans partenaire, on compte 3 femmes sans partenaire pour 1 homme à 75 ans, et 5 femmes pour 1 homme à 90 ans.

Cette asymétrie du «marché des unions» est accentuée par des écarts d'âge entre nouveaux partenaires à l'avantage des hommes, qui s'unissent avec des conjointes en moyenne plus jeunes qu'eux. Pour toutes ces raisons, les hommes ont effectivement nettement plus de chances que les femmes de former ou reformer une union à tous les âges.

Enfin, à âge donné, les personnes n'ayant jamais connu d'union à 50 ans sont celles qui ont le plus de chances de rester seules durant leur vieillesse, en raison d'un moindre attrait pour la vie conjugale ou de caractéristiques inobservées qui les rendent moins attractives comme un problème de santé par exemple. En revanche, les personnes séparées (après un mariage ou une cohabitation) sont en meilleure posture sur le marché des secondes unions que les personnes veuves.

Les divorces de seniors en hausse

Les divorces sont moins fréquents avec l'avancée en âge. Toutefois, le nombre de divorces impliquant un homme ou une femme de plus de 50 ans a récemment beaucoup augmenté. En 1996, les divorces impliquant un homme de plus de 50 ans représentaient 17% de l'ensemble des divorces, en 2016 ils en représentent 38%. Pour les femmes, ces divorces représentaient 11% du total des divorces en 1996 et 29% vingt ans plus tard.

L'augmentation relative est encore plus marquée si l'on considère les divorces impliquant un homme ou une femme de plus de 60 ans: leur part a triplé dans l'ensemble des divorces (tableau 1).

Part des divorces de séniors parmi l'ensemble des divorces en 1996 et 2016 (%). | Anne Solaz / Population et Sociétés

Cette hausse des divorces de seniors (appelés par certains «divorces gris»grey/gray divorces ou silver splitters–, en raison de la couleur des cheveux à ces âges), s'explique pour beaucoup par la taille des générations concernées, plus nombreuses, mais pas uniquement. La propension à divorcer continue à augmenter à ces âges alors qu'elle s'est stabilisée aux âges antérieurs, voire a décru pour les plus jeunes générations depuis les années 2000 (figure 5).

Évolution du taux de divorce selon l'âge. | Anne Solaz / Population et Sociétés

Outre le pic des années 2005 et 2006, qui correspond à l'introduction d'une loi de simplification des procédures pour divorcer, effective début 2005, le divorce entre 50 et 60 ans poursuit donc sa progression pour les hommes comme pour les femmes.

Dans un contexte général de baisse de la propension à divorcer depuis les années 2000 en France, cette tendance à la hausse des divorces de seniors détonne. Elle a d'abord été mise en évidence aux États-Unis, mais est maintenant également bien observable en France. Il est difficile à ce stade de dire s'il s'agit d'un effet propre à l'arrivée de la génération des baby-boomers à ces âges avancés, ou si la hausse se poursuivra avec les générations suivantes lorsqu'elles atteindront à leur tour 50 ans.

Ce texte est adapté de «La hausse des ruptures et des remises en couple chez les cinquante ans et plus» publié dans Population et Sociétés n°586.

The Conversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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