Politique / Monde

Viol au parlement australien: la communication chancelante du Premier ministre

Temps de lecture : 2 min

Alors qu'une ancienne attachée de presse affirme avoir été violée à l'intérieur des bâtiments du parlement australien, le Premier ministre peine à communiquer sur le sujet.

Photo d'illustration, le premier ministre australien le 26 mars 2020 à Camberra. | Gary Ramage / POOL / AFP
Photo d'illustration, le premier ministre australien le 26 mars 2020 à Camberra. | Gary Ramage / POOL / AFP

Le premier ministre australien, Scott Morrison, est plutôt connu pour son habileté à construire de puissants récits médiatiques, explique Amy Remeikis, correspondante à Canberra pour The Guardian. Mais depuis mi-février, une histoire ébranle son savoir-faire. Une ex-attachée de presse parlementaire, Britanny Higgins, affirme avoir été violée par un collègue dans le bureau de la ministre de la défense en mars 2019.

La nuit du viol, la jeune femme a été retrouvée à moitié nue et appeurée par un membre de la sécurité dans le bureau de la ministre. Rapidement, le cabinet ministériel a essayé de «régler l’affaire en interne», offrant à la jeune femme du soutien tout en lui rappelant les élections à venir. La jeune femme affirme qu'elle a ensuite été conviée par sa hiérarchie à une réunion pour expliquer les circonstances du viol dans le bureau-même où le celui-ci aurait été commis. Elle a eu le sentiment de devoir choisir entre le «travail de ses rêves» et la poursuite judiciaire.

Britanny Higgins a d'abord choisi son travail. Mais début 2021, une photo déclenche son besoin de quitter le parlement: celle du Premier ministre au côté d’une avocate spécialisée dans la défense des victimes de violences sexuelles. En février, elle démissionne et se tourne vers les médias et la police.

Depuis quelques semaines, une question abonde les discussions: «qui savait quoi et quand?», explique la journaliste du Guardian. Le Premier ministre affirme avoir été informé presque en même temps que le grand public. Pourtant, au parlement, beaucoup le savaient: le chef du cabinet du ministre de la défense fut l’un des premiers informés par la sécurité du parlement, les ressources humaines étaient au courant mais aussi certains des collègues de la jeune femme.

L'exercice de communication est particulièrement ardu pour le Premier ministre dont les tentatives d’écarter le sujet ont été, une à une, balayées. Il a d’abord invoqué le secret de l’enquête policière mais la police australienne a écarté cette option, l'enquête n’étant pas encore ouverte à ce moment-là. Il a également essayé d’invoquer la protection de la vie privée de la jeune femme mais celle-ci a fait savoir de nombreuses fois dans les médias que cela n’était pas nécessaire.

Dans ses discours, le Premier ministre a commis beaucoup de maladresses: il a expliqué qu’il avait eu besoin de sa femme pour lui «clarifier l’histoire», il a suggéré qu’Higgings s’était «retrouvée dans une situation propice à», ce qui lui a été immédiatement reproché. Il a proposé de lancer plusieurs enquêtes sur les conditions de travail des parlementaires mais celles-ci étant réalisées en interne, beaucoup doutent de leur fiabilité.

Depuis, le Premier ministre marche sur des œufs, il a mentionné le terme de «respect» 42 fois lors d’un discours en perspective de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars. Les choses ne devraient pas se simplifier pour lui. Suite au témoignage de Britanny Higgins, une femme a envoyé une lettre au Premier ministre pour raconter le viol qu'elle aurait subi en 1986, elle aussi au parlement, et où elle affirme ne pas être la seule victime.

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