Égalités / Santé

Cachez cette femme que je ne saurais voir

Temps de lecture : 3 min

Dans le monde anglo-saxon, certains hôpitaux ou systèmes de santé pourraient invisibiliser les femmes au nom de l'inclusion des personnes trans.

Une femme tient son enfant, à la maternité des Diaconesses, à Paris, en novembre 2020. | Martin Bureau / AFP
Une femme tient son enfant, à la maternité des Diaconesses, à Paris, en novembre 2020. | Martin Bureau / AFP

Dans La Vie de Brian, grand classique des Monty Python, quatre personnages discutent à voix basse, assis sur les marches d'un amphithéâtre. «Un groupe anti-impérialiste comme le nôtre doit refléter ce genre de divergences d'intérêt avec le pouvoir», affirme une femme. Et le petit groupe se met à débattre du droit inaliénable des hommes à enfanter.

Stan: C'est mon droit, en tant qu'homme.
Judith: Pourquoi veux-tu qu'on t'appelle Loretta, Stan?
Stan: Je veux faire des bébés.
Reg: Tu veux faire des bébés?!?!?!
Stan: C'est le droit de chaque homme de faire des bébés s'il en veut.
Reg: Mais tu ne peux pas faire des bébés.
Stan: Arrête de m'opprimer!

Quarante-deux ans plus tard, les hommes trans ont le droit et la possibilité d'avoir des enfants mais, dans certains endroits, leur droit à ne pas se sentir offensés à la maternité a désormais plus de poids que celui des femmes à être désignées comme des mères.

C'est ce que rapporte le site The Australian, qui signale que dans le monde anglo-saxon, un nombre croissant d'hôpitaux, d'organismes médicaux et d'administrations modifient le vocabulaire de la grossesse et de la maternité pour lui donner une apparence de neutralité et le rendre «inclusif».

«Propriétaires de vulves»

À la Chambre des lords britanniques, le débat a fait rage pour savoir s'il fallait écrire «personnes enceintes» ou «mères enceintes» («mother or expectant mother») dans une loi. Finalement, le mot «personne» a été rejeté et, en outre, comme l'indique la BBC dans un titre que ne renierait pas la cantatrice chauve, «le gouvernement [a] accepté d'appeler les femmes enceintes des mères». Les membres de la Chambre, dans les deux camps, ont attiré l'attention sur le fait que les expériences que vivaient les femmes, et la biologie elle-même, se voyaient effacées par ce type de langage.

Et ce n'est pas seulement la terminologie liée à la grossesse qui se trouve affectée par cette nouvelle tendance, poursuit The Australian. L'éducation sexuelle aussi. Un guide sexuel LGBTQ+ publié sur le site américain Healthline fait référence à des «trous de devant», et un guide des préliminaires décrit les êtres humains porteurs de chromosomes XX comme des «propriétaires de vulves».

Plus inquiétant, cette déshumanisation des femmes par la langue anglaise s'insinue dans la médecine, s'inquiète le site australien. Le CDC américain (principale autorité de santé du pays) utilise le terme «personnes enceintes», par exemple, au lieu de «femmes enceintes». «À mesure que de plus en plus d'organismes en font autant, il va devenir plus difficile pour ceux qui le veulent de résister à la longue marche vers une utopie transgenre. Comme l'a récemment découvert JK Rowling, répondre à des activistes trans peut conduire à de méchantes représailles», souligne la journaliste Claire Lehman –pour rappel, JK Rowling a dit sur Twitter que les «personnes qui menstruent» étaient des femmes, ce qui lui a valu, entre autres, un lynchage symbolique sur les réseaux sociaux et maints appels à boycotter son œuvre.

Instigateurs de tendance

Il ne faut pas laisser faire ça sans rien dire, insiste le média australien. Certaines revues médicales publient des articles prônant l'élimination des femmes dans la langue de l'obstétrique. Le New England Journal of Medecine a récemment publié un article disant que le sexe ne devait pas être inscrit à la naissance, car ce serait offensant pour les enfants qui, plus tard, changeraient de sexe. Ces professionnels trahissent leur mission scientifique pour complaire à des instigateurs de tendance, regrette le biologiste Colin Wright.

Si les personnes trans ont, comme tout le monde, droit à des soins respectueux et attentionnés, les femmes aussi ont le droit d'être traitées avec dignité. «Les droits des transgenres ne doivent pas supplanter ceux de la moitié de la population, et utiliser l'anatomie reproductive pour décrire les femmes doit être réservé au domaine de la dystopie fictionnelle, pas aux pratiques périnatales standard», peut-on lire.

Le mot de la fin est laissé à la baronne Claire Fox prenant la parole dans la Chambre des lords: «Je ne suis pas une propriétaire d'utérus, ni une personne à vagin, ni une personne qui nourrit avec le torse.» La réduction d'un être humain à ses fonctions ou à une partie de son anatomie participe d'une réification de la personne qui n'a jamais, de toute l'histoire de l'humanité, été de bon augure pour celles et ceux qui en ont été l'objet.

Edit: Suppression d'un passage rapportant une information erronée de The Australian. Contrairement à ce que nous écrivions, deux hôpitaux du NHS britannique n'ont pas demandé à leurs sages-femmes de ne plus dire «breastfeeding mother» (mère allaitante), au profit de «chest-feeder» (qu'on pourrait traduire par «personne qui nourrit avec son torse») mais d'ajouter la dénomination au vocabulaire du personnel soignant. Modification de la traduction «mother or expectant mother».

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