Economie

L'Allemagne paiera pour la Grèce... après le 9 mai

Daniel Vernet, mis à jour le 29.04.2010 à 17 h 18

Angela Merkel s'adresse avant tout aux Allemands avant des élections cruciales en Rhénanie du Nord-Westphalie.

 

Athènes a mis la pression sur l'Union européenne, mardi 27 avril, pour qu'elle débloque très rapidement les 30 milliards d'euros d'aides promis sous forme de prêts. Sinon, la Grèce n'aura pas les moyens de rembourser 9 de ses 300 milliards de dettes, le 19 mai, a prévenu Georges Papandréou, le Premier ministre, qui promet, en échange, de «tout changer». Un sommet pourrait réunir les pays de la zone euro, le 10 mai.

Théoriquement, la Grèce peut toujours emprunter. Mais les investisseurs exigent des taux d'intérêts très élevés que le pays ne peut plus s'offrir. Au point que l'agence Standard & Poors a encore baissé, mardi 27 avril, sa note sur la capacité de la Grèce à rembourser ses dettes. Et ceux qui croient que le premier volet d'aide suffira sont de moins en moins nombreux. Pour preuve: la Bourse d'Athènes a plongé mardi 27 avril de 6%, sa plus forte baisse depuis octobre 2009.

 

 

Il y a un peu plus d'un mois, recevant à Berlin le Premier ministre grec Georges Papandréou, Angela Merkel avait jugé le plan d'austérité de son collègue, «courageux et satisfaisant». Aujourd'hui, elle pose de nouvelles conditions pour activer le plan européen d'aide à la Grèce. Elle exige un programme de réformes encore plus draconien. Et elle ajoute que la stabilité de l'ensemble de la zone euro doit être menacée, pas seulement les finances publiques grecques, pour que le premier chèque soit signé. Sur les 30 milliards d'euros promis à Athènes par l'Union européenne, l'Allemagne doit verser 8,4 milliards.

Ce discours de fermeté s'adresse autant à l'opinion allemande qu'à Georges Papandréou. Car Angela Merkel et son parti chrétien-démocrate (CDU) sont engagés dans une épreuve électorale vitale, en Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé de la République fédérale. Cette région qui comprend le bassin de la Ruhr était un bastion traditionnel de la social-démocratie jusqu'à ce qu'en 2005, Jürgen Rüttgers porte les chrétiens-démocrates au pouvoir, en commun avec les libéraux (FDP), une préfiguration de la coalition «noire-jaune» qui gouverne à Berlin depuis l'année dernière.

Tout un arc-en-ciel d'alliances possibles

De nouvelles élections régionales ont lieu le 9 mai. Or, les sondages ne sont pas bons pour la coalition de Jürgen Rüttgers, qui paie des erreurs locales et la faible popularité du gouvernement de Berlin.

Si la CDU perd la Rhénanie du Nord-Westphalie, ce sera un coup de tonnerre dans la vie politique allemande. Et ce pour plusieurs raisons. D'une part, la coalition au pouvoir à Berlin n'aurait plus de majorité au Bundesrat, la Chambre des Etats. Angela Merkel devrait négocier et trouver des compromis avec l'opposition sur tous les projets de son gouvernement. La paralysie la guetterait alors que l'opinion lui reproche déjà sa répugnance à décider.

Mais surtout, une défaite de la CDU ouvrirait la voie à des possibilités multiples de coalitions nouvelles qui toutes affaibliraient l'alliance déjà très conflictuelle entre les chrétiens-démocrates et les libéraux: le retour d'un gouvernement «rouge-vert», comme à l'époque Schröder-Fischer à Berlin; une coalition dite «jamaïca» –noire, verte, jaune, comme le drapeau jamaïcain–; une alliance «feux tricolores» –rouge, jaune verte, qui signifierait un retournement des libéraux au profit des sociaux-démocrates–; un accord entre les chrétiens-démocrates et les verts, qui est la hantise du parti libéral soucieux de ne pas se retrouver pour des décennies dans l'opposition; voire une formule inédite dans l'ouest de l'Allemagne, un gouvernement rouge, rouge, vert, c'est-à-dire une participation de la gauche radicale Die Linke à un gouvernement régional.

Ainsi la Rhénanie du Nord-Westphalie pourrait être la matrice d'un nouveau paysage politique allemand. Angela Merkel le sait bien. Elle sait aussi que l'aide promise aux Grecs –ces «cueilleurs d'olives», comme disait avec mépris un ancien ministre allemand des Finances–, est très impopulaire. Les Allemands ne veulent pas payer pour les erreurs des autres, même si des voix raisonnables rappellent que l'Allemagne a largement profité de l'euro et que le sort de la monnaie européenne dépend aussi de la solidarité avec les Grecs, quoi qu'on pense de leur gestion.

Le coût du sauvetage

La Grèce s'est invitée dans la campagne électorale en Rhénanie du Nord-Westphalie. Comment le gouvernement de Berlin peut-il trouver de l'argent pour aider les banques, l'industrie automobile et maintenant Athènes, et abandonner à la crise les chômeurs, les familles, les PME? Tous les candidats reprennent cette antienne.

Angela Merkel restera donc intransigeante jusqu'au 9 mai. Après, elle ne pourra guère faire autrement que mettre en œuvre les décisions européennes. D'ailleurs, c'est sur son insistance que la formule mixte UE-FMI a été adoptée. Le problème, c'est que chaque jour qui passe rend le sauvetage de la Grèce un peu plus coûteux. Pour l'Allemagne aussi...

Daniel Vernet

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Photo: Angela Merkel lors d'un meeting de campagne à Berlin. Fabrizio Bensch / Reuters

Daniel Vernet
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