Culture

Mina Agossi, l'art du nomadisme musical

Christian Delage, mis à jour le 04.05.2010 à 19 h 09

La chanteuse de jazz revisite avec inventivité des standards issus d'horizons musicaux très variés.

À l'occasion de la sortie de son nouveau CD, «Just Like a Lady», la chanteuse franco-béninoise Mina Agossi était en concert pour quatre soirées au Sunset. En toute liberté, sans track list, et à guichets fermés, elle a conquis un public qui pour la plupart lui est fidèle depuis longtemps. La session de vendredi soir, enregistrée par France Musique, est encore disponible à l'écoute pendant quelques jours.

Lors des festivals de l'été, nous avions consacré un billet aux chanteuses de jazz où nous soulignions l'inventivité avec laquelle Mina Agossi revisite des standards issus d'horizons musicaux très variés. Certes, elle en a déjà enregistré sur ses précédents CD, mais la voir sur scène donne le sentiment qu'elle en improvise presque la reprise, tant l'énergie qu'elle y met semble liée au feeling de l'instant présent. Elle surprend d'ailleurs parfois ses musiciens, Phil Reptil, à la guitare et au clavier, Eric Jacot à la contrebasse et Ichiro Onoe aux percussions, quand elle décide inopinément le choix du morceau suivant ou quand elle part dans des scats en désignant seulement l'un d'entre eux pour l'accompagner.

La présentant elle-même comme «improbable», la reprise de Águas de Março laisse progressivement découvrir son audace, en installant un rythme très différent du style de la Bossa Nova. D'abord proche de l'adaptation lente qu'en avait faite en son temps Georges Moustaki, Mina Agossi, avec une inspiration musicale qui laisse la part belle au crescendo de la batterie et de la guitare, teinte la musique de Jobim d'une veine rock inattendue. Il y a un sens du nomadisme musical qui provient de l'héritage africain de la chanteuse, mais aussi des rencontres qu'elle sait créer avec ses invités, Daoud David Williams, en particulier. Créateur du Spirit of Life Ensemble, libraire, artiste, musicien chevronné, Williams a sillonné les scènes musicales, des poetry houses du Martin Luther King Drive de sa ville natale, Jersey City, aux clubs de jazz les plus réputés dans le monde.

 


 

Le percussionniste n’a pas seulement fait usage de tous ses instruments (triangle, bongo, djembé…), mais a dancé avec Mina, et a montré au public ses talents d’ancien boxeur amateur quand est il a mimé les coups assénés par le grand Muhammad Ali face à George Foreman, dans le match du siècle qui a inspiré à Mina un «Rope a dope» mémorable. Williams, rappelant avec fierté que le champion du monde des poids lourds Jack Dempsey était originaire de la même ville que lui, a rappelé aux spectateurs que c’est en esquivant Foreman, grâce à l’appui des cordes, qu’Ali a fatigué son adversaire et l’a surpris au 8ème round en le mettant à terre. Sur la petite scène du Sunset, l’ambiance était alors électrique.

Outre Hendricks, qu’elle a souvent repris, Mina a donné également une version toute en intériorité du «There’s A Lull in my Life» de Chet Baker: «Je me suis demandé pendant des années comment la jouer, avec ce texte si perturbant, si triste. J’ai finalement décidé d’arranger le morceau de manière très légère, presque caribéenne, en rajoutant un steel drum». Mina Agossi reviendra à Paris le 27 juin à la Défense Jazz Festival. Ne la manquez pas.

Christian Delage

Photo: ©Thibaut Stipal Naïve

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