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Shanghai 2010: vous avez dit «universelle»?

Reporters sans frontières, mis à jour le 26.04.2010 à 12 h 17

RSF n'est pas la bienvenue à Shanghai? L'ONG ouvre un site, le Jardin des Libertés.

Le 1er mai 2010, le président chinois Hu Jintao, accompagné d'une vingtaine de chefs d'Etat, dont Nicolas Sarkozy, va inaugurer l'Exposition universelle de Shanghai. Après les Jeux olympiques de Pékin de 2008, la Chine s'expose une nouvelle fois au monde. Cette fois, c'est la capitale économique du pays, la flamboyante Shanghai, qui accueille un événement de prestige. Des centaines de pays, de régions et d'entreprises vont exposer pendant plusieurs mois leurs pavillons aux dizaines de millions de touristes attendus.

Shanghai 2010 est tourné vers le développement durable. Mais comment peut-on imaginer une «ville meilleure, pour une vie meilleure» dans un pays qui censure Internet et emprisonne massivement des militants des droits de l'homme? Le slogan de l'Expo Shanghai 2010 est vidé de son sens par les autorités chinoises qui réservent un sort peu enviable à leurs concitoyens en limitant leur liberté d'expression. «Ville surveillée, pour des vies sous surveillance», pourrait être un slogan plus adapté à l'exposition universelle version Shanghai.

RSF non grata

Ainsi, plusieurs dizaines de militants des droits de l'homme de Shanghai sont actuellement surveillés par la police qui les empêche de rencontrer les journalistes étrangers venus couvrir le lancement des festivités. Car Shanghai résume à elle seule le succès économique de la Chine, mais la cité est également très contrôlée politiquement.

Reporters sans frontières n'est pas la bienvenue à Shanghai. Deux représentant de l'organisation, dont son secrétaire général Jean-François Julliard, viennent de se voir refuser un visa pour se rendre à Shanghai. «Les autorités de Pékin nous ont ordonné de vous refuser les visas. Les motifs? Vous les connaissez», a fourni comme seule explication un responsable du consulat de Chine à Paris.

Pour contourner cette interdiction, Reporters sans frontières a créé le Jardin des libertés, le pavillon virtuel de l'Expo Shanghai 2010 consacré à la liberté d'expression. Les internautes du monde entier pourront visiter le pavillon des cyberpoliciers, le pavillon du Tibet, ainsi que le banc des prisonniers d'opinion, et signer des pétitions pour demander leur libération. Le Jardin des Libertés est le seul lieu de l'Exposition de Shanghai 2010 où l'on peut découvrir des réalités que les autorités chinoises cachent. Ce pavillon virtuel, mis en ligne en chinois, en anglais et en français, tente de combler l'absence de préoccupations des organisateurs chinois, mais également du Bureau international des expositions (BIE), dirigé par Jean-Pierre Lafon, un ancien ambassadeur de France en Chine, pour la liberté d'expression.

» Visitez le Jardin des Libertés ici

En effet, une exposition universelle doit être un rassemblement autour de valeurs telles que le progrès, l'humanisme et la culture. Où est l'universalisme des valeurs lorsque la Chine emprisonne les démocrates comme l'intellectuel Liu Xiaobo? Pourquoi les représentants des pays démocratiques, notamment le président français Nicolas Sarkozy qui sera présent à l'inauguration, restent-ils silencieux sur cet aspect de la Chine? Pourquoi le Bureau international des expositions, basé à Paris, n'intervient-il pas publiquement pour que les autorités chinoises fassent preuve de tolérance pendant l'Exposition universelle ?

La censure continue

Alors qu'un sondage mondial de la BBC a récemment révélé que 75% des personnes interrogées considèrent que l'accès à Internet est un droit universel, la Chine maintient un contrôle sévère sur la libre circulation de l'information sur la Toile. L'affaire Google a fait grand bruit, mais au quotidien, la censure continue. Pour le seul mois d'avril, trois jeunes blogueurs du Fujian ont été condamnés à des peines de prison pour avoir enquêté sur une affaire de viol ignorée par la police, les blogs de deux avocats ont été supprimés, tandis que les principaux sites d'informations en chinois sur les droits de l'homme étaient victimes d'attaques informatiques.

L'obsession des autorités chinoises de réussir cette Expo Shanghai a conduit à de nouveaux abus. Selon la très sérieuse organisation Chinese Human Rights Defenders, une dizaine de pétitionnaires et militants des droits de l'homme de Shanghai ont été punis par des peines de rééducation par le travail depuis octobre 2009. Dernier en date, l'activiste Chen Jianfang condamné à quinze mois de camp. Le meilleur moyen que les autorités ont trouvé pour les empêcher de perturber la fête.

Pas très universel tout cela.

Vincent Brossel, du Bureau Asie-Pacifique de Reporters sans Frontières

Photo: REUTERS/China Daily

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