Monde

Les Tea Partiers dans leur deuxième année

Christopher Beam, mis à jour le 23.04.2010 à 15 h 47

Les membres du mouvement américain de droite du Tea Party apprennent à faire un peu plus que brandir des pancartes de protestation.

On peut s'attendre à voir un bébé d'un an crier et taper des mains. Ce n'est qu'après son deuxième anniversaire qu'il commencera à marcher et à s'exprimer.

Les partisans du mouvement Tea Party, les Tea Partiers comme on les appelle, en sont là. Jeudi matin, le jour du premier anniversaire de la manifestation organisée en 2009 au moment de la remise des déclarations d'impôts, des Tea Partiers se sont réunis pour un «Sommet de la liberté» à l'initiative de la fondation FreedomWorks. Entre le rassemblement destiné à motiver les troupes et l'événement célébrant une victoire, le véritable objectif - semble-t-il - était de trouver des moyens de faire plus que simplement se plaindre.

«Vous avez le pouvoir», a promis le représentant de Richmond (Virginie) Bob Marshall à une salle de conférence pleine à craquer du bâtiment Ronald Reagan, un bureau administratif fédéral situé à Washington. «Il faut simplement que vous vous organisiez (...) Si vous ne le faites pas, malgré votre enthousiasme, les membres du Congrès vous marcheront dessus.»

L'événement s'apparentait à un militantisme de type Activism 101. Des comités avaient été constitués, chargés de missions précises («Démanteler la réforme santé d'Obama», «Renforcer l'économie précaire», etc.). Mais l'objectif de fond était de joindre les actes à la parole, de faire de hordes en colère des militants. Les Tea Partiers ont prouvé qu'ils savent faire du bruit, faire parler d'eux dans les médias et rendre dingues les progressistes. En revanche, ils ne parviennent pas à remporter des élections (à l'exception de Dean Murray). Certains partisans du Tea Party se sont attribué le mérite des récentes victoires républicaines en Virginie, dans le New Jersey et dans le Massachusetts, mais leur influence est difficile à mesurer. Combien les Tea Partiers sont-ils? Leur idéologie est-elle bien définie et cohérente? Quelle est la différence entre un Tea Partier et un bon vieux conservateur? Et l'étiquette a-t-elle une quelconque importance?

On ne le saura peut-être pas jusqu'à l'obtention des résultats des sondages à la sortie des urnes, aux législatives de novembre. Entre-temps, les Tea Partiers ont beaucoup à apprendre en matière d'organisation politique sur le terrain. Règle numéro un: le lobbying. On a remis à chacun des participants une fiche de conseils pour exercer des pressions sur les membres du Congrès. Elle recommande entre autres d'arriver avec cinq minutes d'avance; de préparer les questions en amont et de rester poli en toutes circonstances. Dick Armey, l'ancien chef de la majorité républicaine au Congrès et président de FreedomWorks, a insisté oralement sur ce dernier point: «Nous allons nous montrer à la fois fermes, bien élevés et aimables. Mais, en même temps, nous insisterons, parce que notre cause n'est que trop légitime et juste». A l'issue de la réunion, les manifestants se sont déployés sur la colline du Capitole -au Congrès- pour s'exercer.

La politique à l'ancienne

Ils ont ensuite mis en pratique le principe d'organisation politique. Pour s'inspirer, les Tea Partiers ont regardé vers le 18e siècle. «Sam Adams était l'un des premiers adeptes en Amérique de ce que l'on peut appeler la technologie politique», a affirmé Chris Stio, l'ex-représentant sur le terrain du couple Bush-Cheney. Il définit cette expression comme «la capacité à organiser des gens aux idées communes» et à «communiquer ses idées au plus grand nombre». Au cours des années qui ont précédé la révolution, a expliqué Stio, Sam Adams a créé des «comités de correspondance» dans le Massachusetts pour diffuser son message dans les différentes régions des Etats-Unis.

Leur équivalent, aujourd'hui, serait les réseaux sociaux. Dans cet univers, cependant, les Tea Partiers ont beaucoup de retard. «Le matin, la première chose que font les proches d'Obama en se réveillant, c'est consulter leur compte Twitter», souligne Richard Delgaudio, un militant de longue date originaire de York (Pennsylvanie). Quand un orateur a poliment dit aux sympathisants du mouvement qu'ils étaient très «expérimentés», un participant a répliqué: «On est vieux, quoi!».

Il est désormais admis que les conservateurs se sont emparés des stratégies de la gauche radicale, notamment des écrits du père de l'organisation communautaire, Saul Alinsky. Mais les leaders du Tea Party voient les choses d'un point de vue totalement opposé. Dans les années 90, a expliqué le président de FreedomWorks, Matt Kibbe, «nous étudiions les tactiques de la gauche, la façon dont ils réussissaient à mobiliser les gens dans la rue, dont ils utilisaient la pression populaire pour intimider le Congrès et le forcer à agir en sa faveur». En fin de compte, a-t-il poursuivi, ils ont pris la Boston Tea Party - révolte des Bostoniens de 1773 contre la politique fiscale des colons britanniques- pour modèle. «Depuis quand avons-nous renoncé à nos traditions?», a demandé Kibbe à la foule. «Vous ne croyez pas que nous devrions les leur reprendre?» Daryn Iwicki, qui représente le Leadership Institute, a par ailleurs soutenu que la campagne d'Obama s'était inspirée de celle de Reagan pour atteindre les jeunes.

Arrêter de se plaindre

Des orateurs ont également mis l'accent sur le fait que les Tea Partiers doivent apprendre à aller plus loin que le simple fait de dire «non». Lors d'une séance de questions, quelqu'un a fait remarquer: «on entend beaucoup le mot "stop". Au fond, et réfléchissons un instant là-dessus, qu'est-ce qu'on propose de constructif? On ne fait qu'être sur la défensive.(...)Je veux qu'on soit capable de définir des objectifs positifs pour nous opposer à nos adversaires.» Kibbe a répondu du tac au tac qu'il fallait promouvoir les «entrepreneurs législatifs», c'est-à-dire des gens «qui ne se contenteront pas de principes, mais sauront qu'en faire et comment en retirer une vision positive». Parmi eux, il a cité le candidat à la Maison Blanche pour 2012, Allen West, et le candidat au Sénat Marco Rubio, tous deux républicains de Floride.

Mais en définitive, l'influence du mouvement du Tea Party consistera sans doute en des initiatives à l'ancienne visant à arracher des voix aux électeurs. Chris Stio l'a rappelé: «C'est nous qui appelons les électeurs à l'heure du dîner, qui allons frapper à leur porte et les relançons par courrier, en veillant bien à y mentionner le nom de leur chien.»

Reste à voir si les Tea Partiers le feront et s'ils seront suffisamment nombreux pour faire une différence. «La vraie question est de savoir s'ils iront sonner aux portes, s'ils donneront des instructions de vote et signeront un chèque de don. Ou s'ils continueront de se plaindre», analyse Richard Delgaudio. Et de conclure: «J'avoue que je l'ignore».

Christopher Beam

Traduit par Micha Cziffra

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Photo: Tea Party à Yucaipa(Californie), caveman via Flickr CC License by

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