Société

Le gouvernement contre les repas sans viande, une attaque opportuniste et idéologique

Temps de lecture : 4 min

[TRIBUNE] Les attaques des représentants de la majorité révèlent une posture dogmatique.

La cantine scolaire n'est pas là pour soutenir les agriculteurs et les bouchers. | Brooke Lark via Unsplash
La cantine scolaire n'est pas là pour soutenir les agriculteurs et les bouchers. | Brooke Lark via Unsplash

Ce week-end, la majorité présidentielle s'est saisie d'une nouvelle polémique pour s'attaquer à ses adversaires politiques d'Europe Écologie-Les Verts. En cause: la décision de la mairie de Lyon d'instaurer un menu unique sans viande, mais par ailleurs très riche en produits animaux tels que les œufs et le poisson, afin de faciliter le travail des cantines dans un contexte de distanciation sociale et d'allongement de la durée du service.

Les repas sans viande sont en effet les plus inclusifs qui soient puisqu'ils conviennent à tous les usagers qui ne mangent pas de viande, que ce soit par goût ou par conviction, mais offrent aussi un équilibre alimentaire à tous ceux qui en mangent habituellement. Ainsi, presque la moitié des usagers des cantines lyonnaises adoptait déjà ce repas alors qu'il n'était qu'une option.

Le gouvernement et les divers élus s'attaquant à cette solution pragmatique n'avaient rien trouvé à redire lorsque l'ancien maire de Lyon Gérard Collomb, membre de leur famille politique, avait pris la même mesure lors de la première vague de Covid-19. Que cette manœuvre politicienne démontre leur hypocrisie n'est cependant pas le seul problème, puisque ces élus ont aussi instrumentalisé les idées reçues alimentant le rejet de l'alimentation végétale pour nuire à leurs adversaires politiques.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a initié l'assaut, qualifiant cette mesure d'«insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français». On peut bien sûr se demander si des repas sans poisson auraient été une insulte faite aux poissonniers, ou des repas sans carottes une insulte aux producteurs de légumes racines. Nous voulons bien croire que la crise sanitaire est un coup dur de plus porté à la filière de l'élevage, qui subsiste en grande partie grâce aux aides de la politique agricole commune. Mais la cantine scolaire n'est pas là pour soutenir les agriculteurs et les bouchers, ni d'ailleurs pour constituer un débouché économique de substitution en période de crise.

Par ailleurs, il est regrettable de voir un ministre de la République se mettre au service d'intérêts corporatistes: c'est suite à une manifestation de la FDSEA devant l'hôtel de ville de Lyon que le ministre de l'Agriculture a saisi le préfet, s'opposant ainsi à la décision d'une équipe municipale élue par les citoyens. Même si les filières de l'alimentation végétale et de la pêche ont des lobbies bien moins organisés et influents que la filière viande, elles n'en font pas moins partie de l'agriculture française.

Que de plus en plus de jeunes renoncent à la viande n'est en rien une insulte faite aux bouchers. Ce choix, qui s'inscrit en adéquation avec la nécessaire prise de conscience environnementale, devrait au contraire être respecté et valorisé.

Contrairement à l'idée reçue reprise par M. Darmanin, c'est précisément dans les milieux modestes que cet excès de produits carnés est le plus fréquent.

Gérald Darmanin enchaîne avec une déclaration chargée d'idées reçues: les repas sans viande dans les cantines scolaires seraient une mesure «élitiste» et «excluant les classes populaires». Pourtant, offrir 4 à 5 repas sans viande sur les 14 déjeuners et dîners que compte la semaine s'avérerait en réalité pertinent sur le plan nutritionnel, et ce particulièrement pour ces populations.

En effet, une enquête de Greenpeace signalait en 2017 que les enfants consommaient à la cantine entre 2 et 6 fois trop de protéines par rapport aux recommandations de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (ANSES). Et contrairement à l'idée reçue reprise par M. Darmanin, c'est précisément dans les milieux modestes que cet excès de produits carnés est le plus fréquent.

En revanche, ce sont les ménages les plus aisés qui consomment le plus de fruits et légumes. Et alors que le ministre de la Santé, en soutien à ses collègues, agitait récemment le spectre d'une carence en protéines, qui reste rarissime en France (hors personnes âgées), 98% des enfants sont en réalité carencés en fibres d'après Santé publique France.

Les repas végétariens peuvent parfaitement contenir tous les nutriments nécessaires à la croissance. | Rosa B., autrice et illustratrice de la bande dessinée Insolente Veggie

Ce dimanche, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie enchaînait en demandant d'arrêter de «mettre de l'idéologie dans l'assiette de nos enfants» avant de prétendre que les enfants auraient besoin de viande pour bien grandir.

Une telle idée ne serait-elle justement pas teintée d'idéologie, alors que tous les résultats issus de la communauté scientifique l'infirment?

Les attaques indignes des représentants de la majorité présidentielle ne font que révéler leur propre dogmatisme à l'encontre des repas sans viande.

Rappelons que des repas végétariens, donc sans viande ni poisson, peuvent être parfaitement équilibrés et contenir tous les nutriments nécessaires à la croissance. Pour ce qui est de la population générale, toutes les études de cohorte pointent une aussi bonne, sinon meilleure, santé globale des végétariens une fois que les facteurs tels que l'activité physique ou le poids ont été neutralisés.

Quant aux enfants végétariens, une synthèse des données disponibles à leur sujet, présentée dans un ouvrage dirigé par le Pr Mariotti (président du comité expert nutrition de l'ANSES), rappelle qu'ils ont souvent «un meilleur état nutritionnel» et que leur alimentation «semble plus conforme aux directives que ce qui est observé chez les omnivores». Les menus des cantines lyonnaises, qui contiennent en outre du poisson, et qui sont d'ailleurs systématiquement préparés par des nutritionnistes, ne posent donc aucun problème sur le plan de la santé.

Alors que l'ANSES et le Haut Conseil de santé publique recommandent d'augmenter drastiquement la part de protéines végétales dans notre alimentation, et que les plus grandes instances scientifiques mondiales traitant les sujets environnementaux pointent la nécessité de réduire notre consommation de produits animaux pour préserver la biodiversité et le climat, les attaques indignes des représentants de la majorité présidentielle ne font que révéler leur propre dogmatisme à l'encontre des repas sans viande.

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