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En Israël, le Covid entraîne une fuite des ultra-orthodoxes de leur communauté

Temps de lecture : 2 min

Le confinement a permis à certains haredim de remettre en question leur éducation religieuse.

Un homme et une femme juifs ultra-orthodoxes dans un parc à Jérusalem. | Menahem Kahana / AFP
Un homme et une femme juifs ultra-orthodoxes dans un parc à Jérusalem. | Menahem Kahana / AFP

C'est le pire délit pour les juifs ultra-orthodoxes d'Israël et pourtant, depuis le début de la pandémie de Covid-19, beaucoup de haredim ont quitté leur communauté pour adopter un mode de vie laïque. Avec le confinement, la routine des ultra-orthodoxes a été totalement perturbée: les établissements d'enseignement religieux et les lieux de culte ont dû fermer leurs portes, les cérémonies ont été annulées et la surveillance sociale omniprésente des membres de la communauté a été mise à mal.

Certains ont donc profité de cette liberté inédite pour découvrir de nouvelles choses et remettre en question leur éducation juive ultra-orthodoxe. C'est notamment le cas de Racheli Ohayon, 21 ans. «Quand j'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, les questions se sont à nouveau multipliées», confie la jeune femme au New York Times. À cause du confinement, Racheli a dû arrêter de travailler. Elle a acheté un smartphone, découvert un nouveau monde d'informations et de musiques grâce à Google et YouTube, s'est inscrite à la bibliothèque de sa ville et a commencé à lire de la littérature qui lui était interdite.

«J'ai grandi avec le sentiment que les haredim étaient spéciaux et différents, poursuit-elle. J'ai découvert que je ne suis pas si spéciale ou différente, qu'il y a des millions de personnes comme moi. C'est ce qui m'a fait dire: “C'est fini, je m'en vais”.»

3.000 départs tous les ans

«S'ils ne sont pas dans leur cadre éducatif habituel, mais qu'ils vont sur internet, rencontrent des amis et vont à la plage, cela conduit [les haredim] à une grande exposition», explique au quotidien américain Gilad Malach, directeur du programme ultra-orthodoxe de l'Israel Democracy Institute, un centre de recherche indépendant consacré au renforcement de la démocratie israélienne. «Ils pensent à des options auxquelles ils ne songent pas quand ils sont dans la yechiva, et l'une d'entre elles est de partir.»

Pour l'instant, il n'existe aucune donnée pour chiffrer l'ampleur de cette défection. Mais les organisations qui aident les ultra-orthodoxes à passer de la vie en communauté à la vie dans la société israélienne moderne ont constaté une augmentation importante de la demande, rapporte le New York Times. Par exemple, l'organisation Hillel a dû créer une liste d'attente pour son refuge d'urgence à Jérusalem et a enregistré une augmentation de 50% du nombre d'anciens ultra-orthodoxes cherchant de l'aide en 2020.

Du côté du ministère du Travail et des Affaires sociales, Naftali Yawitz, qui dirige la division aidant à financer ces organisations, évoque simplement une «vague très importante» de nouveaux départs ces derniers mois. Le gouvernement israélien et l'armée ont d'ailleurs récemment reconnu les anciens haredim comme un groupe social distinct. Ils ont également instauré de nouvelles politiques leur donnant accès à des subventions, à des cours spéciaux pour les aider à aller à l'université ainsi qu'à des programmes de formation professionnelle.

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Les départs de la communauté ultra-orthodoxe ne sont pas nouveaux, la crise sanitaire a seulement accéléré le phénomène. Selon une étude basée sur des données recueillies jusqu'en 2018 par l'Israel Democracy Institute, environ 3.000 jeunes adultes quittent chaque année cette communauté, qui compte plus d'un million de personnes.

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