Sciences / Culture

La musique et le théâtre sont bons pour le cerveau, même quand on s'y met tardivement

Temps de lecture : 5 min

Les personnes pratiquant régulièrement ces activités ont de meilleures capacités cognitives et ce, peu importe l'âge auquel elles débutent. Une seule contrainte: la rigueur.

Pas besoin de pratiquer ses gammes pendant quinze ans avant de voir son cerveau changer. | Oleg Ivanov via Unsplash
Pas besoin de pratiquer ses gammes pendant quinze ans avant de voir son cerveau changer. | Oleg Ivanov via Unsplash

«Cette rigueur, cette habilité à se concentrer, à mémoriser, à se mettre à l'effort sans que cela ne devienne pénible, sont des capacités que j'ai acquises grâce à la musique. J'en suis persuadée», affirme Louise, violoniste au conservatoire de Versailles. Elle pourrait bien avoir raison.

Si la pratique de la musique ou du théâtre sont bonnes pour le moral, notre cerveau en raffole également. À tel point que la pratique de ces arts pourrait améliorer les capacités cognitives, peu importe l'âge auquel les personnes débutent.

C'est du moins ce que suggère une nouvelle étude publiée dans Frontiers in Human Neuroscience et pilotée par Mathilde Groussard, enseignante chercheuse associée au laboratoire Inserm de neuropsychologie et imagerie de la mémoire à Caen.

Une mémoire de musicien révélée

Pour les musicien·nes, les recherches avaient déjà révélé une petite particularité bien cachée dans leur cerveau. En 2010, c'est grâce à l'imagerie médicale que Mathilde Groussard avait pu explorer ce qu'il se passe dans leur boîte crânienne. Surprise: pour eux, l'anatomie de cet organe est différente du reste de la population.

«Chez les musiciens, on a pu voir une modification de la structure de l'hippocampe. Cette partie du cerveau, particulièrement impliquée dans les mécanismes de la mémoire, est plus grosse dans leur cas», précise la chercheuse. Un constat qui suppose donc que les personnes pratiquant la musique ont une meilleure mémoire comparé au reste de la population.

Plus on va jouer, plus les capacités cognitives vont augmenter.

On se dit alors qu'il faudrait des années de solfège avant de pouvoir développer ces meilleures capacités cognitives. Pas du tout. Cette possibilité serait accessible au plus grand nombre, et sans avoir à pratiquer ses gammes pendant quinze ans avant de voir son cerveau changer. La chercheuse souligne que «les premières modifications dans certaines régions du cerveau peuvent être constatées dès les premières années de pratique musicale».

Pour autant, ce processus reste progressif et les régions impactées vont se multiplier à mesure de pratique. Plus on va jouer, plus les capacités cognitives vont augmenter. Mathilde Groussard a voulu creuser cette incroyable possibilité. Elle a souhaité savoir si elle était spécifique à la pratique de la musique, ou on la constatait aussi avec d'autres formes d'art. Une question qui l'a menée à produire cette dernière étude.

Le théâtre n'est pas en reste

La chercheuse s'est alors intéressée au théâtre. Dans cette discipline, l'apprentissage de textes est essentiel et il fait appel à une autre forme de mémorisation: l'apprentissage verbal.

Dans la pratique, «le théâtre a tout de même des points communs avec la musique par le besoin de répétitions, une régularité de travail nécessaire et des représentations données en public. C'est à la fois pour ces similitudes et ces différences que nous avons choisi de nous y intéresser», précise Mathilde Groussard.

Elle a donc souhaité comparer les capacités cognitives déjà connues des musicien·nes, à celles d'acteurs et actrices de théâtre et à celles de personnes ne pratiquant aucune forme d'art. Pour ce faire, les participants âgés de 18 à 80 ans ont été divisés en trois groupes: ceux qui jouent de la musique, ceux qui font du théâtre et ceux qui ne pratiquent aucune de ces activités régulièrement. Tous ont été soumis à des batteries de tests neuropsychologiques.

Résultat? «Les musiciens et les personnes qui pratiquent le théâtre ont de meilleures aptitudes cognitives que les personnes n'ayant aucune activité artistique», répond Mathilde Groussard.

«J'ai commencé le théâtre à la retraite, toutes les semaines, et j'ai assez vite remarqué une amélioration de ma capacité de mémorisation.»
Laurent, 58 ans

La première place reste tout de même décernée aux personnes pratiquant la musique. Elles sont meilleures dans les tâches qui sollicitent la vitesse d'exécution, le raisonnement non verbal, la mémoire de travail et la mémoire visuo-spatiale à long terme. Des mécanismes cognitifs dont nous n'avons pas forcément conscience, mais qui jouent pourtant sur notre mémoire et qui sont également sollicités en permanence dans notre quotidien.

Comme le rappelle Mathilde Groussard, «c'est grâce [par exemple] à eux qu'on ne va pas dire tout ce qui nous passe par la tête, car ils participent au processus d'inhibition. Ils nous permettent également d'être plus flexibles et de passer d'une action à une autre. Ils jouent aussi un rôle dans la planification des tâches, comme par exemple quand on suit les étapes d'une recette de cuisine.»

Ceci dit, les personnes qui font du théâtre ne sont pas en reste. Elles présentent de meilleures aptitudes à la mémoire et la fluence verbale –deux capacités développées par leur art et qui sont essentielles à sa bonne pratique puisqu'elles jouent sur la qualité du langage oral.

«Notre cerveau est plastique, toutes les expériences que nous avons dans la vie ont un impact sur lui, rappelle la chercheuse. On va pouvoir transférer dans la vie quotidienne, pour d'autres choses, les capacités qu'on a acquises avec le théâtre ou la musique.» Une performance d'adaptation dont est capable notre cerveau, peu importe son âge.

La clé est la rigueur. | Marius Masalar via Unsplash

La régularité prime

«J'ai commencé le théâtre à la retraite, toutes les semaines, et j'ai assez vite remarqué une amélioration de ma capacité de mémorisation», raconte à 58 ans Laurent, ancien chauffeur de bus à la RATP. Il ne se trompe pas. On pourrait être tenté de croire qu'il faudrait débuter jeune pour constater l'apport de ces arts sur notre cerveau, mais il semblerait que non.

Tous les participants de l'étude ont débuté leur pratique à différents moments de leur vie. Pourtant, qu'ils aient commencé à 18, 23, 54 ou 71 ans, les artistes ont toujours présenté de meilleures capacités cognitives comparé au reste de la population.

«Même si quelqu'un va débuter le théâtre ou la musique tardivement, il pourra toujours en tirer des bénéfices cognitifs pour son cerveau.»
Mathilde Groussard, chercheuse

«Ce qui est intéressant, c'est de constater des bénéfices à tous les âges. Même si quelqu'un va débuter le théâtre ou la musique tardivement, il pourra toujours en tirer des bénéfices cognitifs pour son cerveau», se réjouit la chercheuse.

La clé réside plutôt dans la rigueur. Et pour cause, les artistes ayant participé à l'étude ont un point commun: la régularité de leur pratique. Ces amateurs jouent depuis au moins trois ans, à raison de quatre heures minimum par semaine.

La science a longtemps pensé que les humains naissaient avec un nombre de neurones limité et qu'il n'était pas possible d'en gagner, seulement d'en perdre. Mathilde Groussard rappelle que «depuis plusieurs années, on sait que c'est faux. En réalité, il y a une création de neurones, et donc de nouvelles connexions, tout au long de la vie. Ils se créent tant qu'on fait quelque chose, qu'on est actif régulièrement.»

C'est bien ce qu'il se produit lorsqu'on pratique assidûment ces arts. Il n'y a donc pas d'âge pour débuter la musique ou le théâtre, ni pour constater, dès les premières années, de meilleures capacités cognitives. «Avec les différents résultats qu'on a aujourd'hui, on peut se dire que, même si on les commence tardivement, ces activités pourraient permettre de ralentir les déficits cognitifs liés à l'avancée en âge.»

Avec la pandémie que nous traversons et la fermeture des conservatoires, la contrainte des masques, l'impossibilité de se retrouver, on peut se demander quelle est la place laissée à ces activités pourtant essentielles à l'entretien de nos capacités intellectuelles. Que ce soit la musique ou le théâtre, «elles sont peut-être aussi importantes que l'éducation, l'activité physique, ou le travail», estime Mathilde Groussard. Raison de plus pour espérer un retour à la normale.

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