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Tiger Woods, Toyota... et le pape

Moisés Naím, mis à jour le 22.04.2010 à 9 h 26

Ils ont tous trois été au cœur d'un scandale qui a affecté leur image. Mais c'est le souverain pontife qui s'en sort le plus mal.

Il y a vingt ans, la probabilité que des hauts représentants d'une institution fassent l'objet d'un scandale qui entache leur image avoisinait les 20%. Aujourd'hui, elle est de plus de 80%. C'est la conclusion d'Oxford Metrica, une société de conseil britannique spécialisée notamment dans la reconstruction de l'image de marque. Et plus il s'agit de marques réputées, plus les préjudices causés par le scandale sont importants.

Victor Stango et Christopher Knittel, deux chercheurs de l'Université de Californie, ont estimé que les scandales liées aux frasques sexuelles de Tiger Woods ont fait chuter de près de 12 milliards de dollars la valeur boursière de ses sponsors (Nike, Gatorade, Gillette et beaucoup d'autres). Cette année, Toyota devra prévoir 5 milliards de dollars pour réparer les défauts constatés sur ses véhicules ainsi que pour la publicité destinée à redorer son blason. Rien qu'aux Etats-Unis, l'Eglise catholique a payé plus de 3 milliards de dollars en indemnisation à des victimes d'abus sexuels et en frais juridiques afférents.

Des problèmes différents, une même réponse

Il est évident que les scandales qui ont frappé Tiger Woods, Toyota et le pape sont difficilement comparables. Ils représentent tous trois des institutions de nature tout à fait différente qui gèrent des situations qui leur sont propres. Mais c'est justement ces différences qui rendent leur première réaction à ces scandales -très similaire- si frappante: se cacher et éluder les problèmes.

Tiger Woods a laissé s'écouler des mois avant de faire une déclaration publique. «C'est ma faute, je demande pardon, j'assume ma responsabilité et je sais que je n'ai pas le droit de jouer avec des règles différentes de celles qui s'appliquent aux autres.»

Akio Toyoda, le PDG de Toyota a fait de même. Il a d'abord refusé de comparaître devant le Congrès américain. Puis, voyant que la situation allait en empirant, il a pris conscience que le silence et la fuite étaient des stratégies catastrophiques. Il s'est alors rendu au Congrès, où on l'a sévèrement mis en cause, et il a présenté ses excuses aux familles de victimes décédées dans des accidents liés à des voitures défectueuses. «Mon nom est sur chaque véhicule. Je vous promets que Toyota s'efforcera avec vigueur et obstination à récupérer la confiance de ses clients», a affirmé le magnat japonais.

Le pape Benoît XVI s'est également montré réticent lorsqu'il s'agissait de répondre en détail aux scandales sexuels impliquant des curés catholiques dans de plus en plus de pays. Si le souverain pontife a demandé des excuses aux victimes en Irlande, aux Etats-Unis et dans d'autres pays, sa réaction et celle du Vatican n'ont pas été aussi efficaces que celle du golfeur et du constructeur de voitures. Au contraire, certaines des réponses données par l'Eglise catholique ont détérioré encore plus la réputation de la curie.

Le Vatican persiste

Les plus hauts dignitaires religieux n'ont pas tenu compte des plaintes concernant des cas de pédophilie. Ils les ont qualifiés de «commérages» et de «médisances du moment pour nuire à la communauté des croyants». Ils ont également dénoncé «une campagne de discrédit visant à salir le pape». Le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, le numéro deux de la hiérarchie papale, a récemment soutenu que l'homosexualité était «une pathologie» et que c'était cette pathologie, et non le célibat, qui était à l'origine de la pédophilie. Dans la basilique Saint-Pierre, et devant des milliers de fidèles du pape, le prédicateur de la maison pontificale, le père Raniero Cantalamessa, a fait un parallèle entre les critiques visant l'Eglise pour des cas de pédophilie et l'antisémitisme (ces deux responsables religieux ont par la suite prétendu s'être mal fait comprendre).

L'Osservatore Romano, le journal officiel du Vatican, a accusé les médias d'«avoir l'intention évidente et ignoble d'attaquer à tout prix Benoît XVI et ses plus proches collaborateurs», tandis que Timothy Dolan, l'archevêque de New York, a accusé le New York Times de «participer à une campagne bien huilée contre le pape».

Est-ce vraiment la meilleure manière de répondre à la crise qui secoue le Vatican? Bien sûr que non. Il ne fait pas de doute que ces scandales ont attisé un anticléricalisme latent dans certains cercles et que de nombreuses attaques à l'Eglise sont exagérées, quand elles ne sont pas clairement tendancieuses. Pour autant, des problèmes réels nécessitent des réponses plus efficaces.

Une nécessaire remise en cause

Ces réponses plus efficaces risquent de mettre à mal des principes fondamentaux du catholicisme, tels que le célibat, le rôle des femmes dans l'Eglise et l'infaillibilité pontificale, auxquels l'Eglise catholique n'est pas près de renoncer. Secrète, hiérarchique et monarchique, l'Eglise catholique est également confrontée à un monde où la transparence, la pluralité et la démocratie tendent à se généraliser. Les dirigeants actuels du Vatican auront bien du mal à répondre efficacement à cette crise sans remettre en cause des valeurs millénaires.

Ainsi donc, pendant que Tiger Woods fait un retour spectaculaire sur le terrain de golf et que Toyota enregistre une hausse de 40% de son chiffre d'affaires (en mars), le Vatican est toujours embourbé dans une crise qui, chaque jour, apporte son lot de désagréables surprises.

Moises Naim

Traduit par Micha Cziffra

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Photo: Le pape Benoît XVI assoupit durant une messe Tony Gentile / Reuters


Moisés Naím
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Editorialiste
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