Les classements des meilleurs lycées n'ont aucun sens
Cette manie de tout hiérarchiser est injuste et inefficace quand on parle d'éducation.
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Petit coup de gueule contre ces listes qui fleurissent en ce moment dans les journaux (ici et là). Ces classements de lycées et plus généralement cette manie, depuis plusieurs années, de tout classer, d'établir des hiérarchies, notamment pour les services public, les meilleures écoles, les meilleurs hôpitaux, un peu comme on remet tous les ans à Paris le prix du meilleur boulanger! Qu'un jury de gourmets décerne le prix de la meilleure baguette, c'est stimulant, ça récompense un travail, un talent et ça fait marcher le commerce... mais comparer les lycées, en faire un classement et le publier, c'est à la fois injuste et facteur d'accroissement de l'injustice.
Injuste parce que ça ne veut rien dire
Bien sûr, il y a tout un tas de critères. Les plus objectifs sont aussi les plus absurdes, comme les taux de réussite au bac. On comprend bien que c'est tout à fait illusoire parce que ceux, nombreux, qui ont 100% de réussite ou qui s'en approchent, soit font une sélection à l'entrée en seconde, soit se trouvent dans des quartiers aisés avec des lycéens qui ont tous accès, par leur environnement, à la culture, à la littérature et au savoir. Certains lycées, il est vrai, connaissent de forts taux de réussite grâce à la personnalité du proviseur et de l'équipe enseignante, particulièrement dynamique. Mais ça, ce n'est pas quantifiable. Comment comparer un lycée en montagne, dans un cadre idyllique avec une vingtaine d'élèves par classe, de multiples activités sportives, une grande qualité de vie et un lycée de cité difficile, en périphérie d'une grande ville où le chômage atteint 40%? Alors bien sûr, pour contrebalancer la bêtise des critères objectifs, le ministère de l'Education propose d'appliquer des paramètres atténuateurs. Par exemple, il faut prendre en compte la «sélectivité». Si des lycées sélectionnent en seconde, première et terminale, leur taux de réussite au bac sera, bien évidemment moins significatif. On peut trouver aussi des critères qui mesurent la capacité d'un lycée à faire progresser ses élèves, ce qui peut faire évoluer le classement intelligemment. Les rédactions des journaux qui choisissent de publier des classements articulent comme elles l'entendent les données brutes fournies par le ministère et les critères pondérateurs.
Le problème n'est pas tellement la façon dont sont établis les classements. On l'a vu, les critères primaires sont pondérés, ça se tient, c'est subjectif, mais c'est certainement bien fait... le problème c'est simplement qu'il y ait classement. On pourrait se dire que c'est un élément de transparence, un élément d'information utile pour les usagers de ces services publics, mais en réalité cette habitude renforce les écarts. Parce que ce qui est exposé comme étant des différences de performances, un classement qualitatif, n'est rien d'autre qu'un tableau de l'inégalité de nos territoires et de notre société. Ce tableau n'est pas dressé pour revendiquer davantage de moyens pour les lycées à faible taux de réussite ni pour demander aux villes ou aux quartiers abritant les lycées champions d'augmenter le pourcentage de logements sociaux... Non, ce classement est destiné aux lecteurs qui s'en servent bien sûr pour décider où ils vont inscrire leur enfants. Les lecteurs, qui sont aussi des usagers de services publics, deviennent des clients à qui on donne les clefs pour choisir le meilleur produit éducatif. Ces classements sont donc un instrument qui accompagne le dézonage de fait, la fin de la carte scolaire par la débrouille des citoyens les plus informés qui sont aussi les plus aisés. C'est la mixité sociale qui souffre de cet excès de classement. Une pente qui valide le constat un peu désespérant que formule Albert Jacquard, selon lequel «par mille créneaux, notre société nous amène à croire que le moteur de la vie, c'est forcement la compétition».
Thomas Legrand
Photo: REUTERS/Eric Gaillard
Mis à jour le 20/04/2010 à 17h46













































Les lecteurs, qui sont aussi des usagers de services publics, deviennent des clients à qui on donne les clefs pour choisir le meilleur produit éducatif.
Sans classement, c'est la rumeur. On connait un prof, des parents d'élèves. Le classement a au moins le mérite de mettre tous les parents à égalité (au moins ceux qui ont une connaissance suffisante du système scolaire français pour connaître les enjeux du choix de l'établissement) au moment où ils vont décider d'une stratégie scolaire.
Ces classements sont donc un instrument qui accompagne le dézonage de fait, la fin de la carte scolaire par la débrouille des citoyens les plus informés qui sont aussi les plus aisés. C'est la mixité sociale qui souffre de cet excès de classement.
C'est au-delà de la mixité sociale. Il y a de "mauvais" établissements même dans le XVIème arrondissement malgré une large majorité de gaulois parmi les élèves. Le classement ou la rumeur enfoncent les mauvais lycées dans un cercle vicieux et les bons dans un cercle vertueux. Plus la demande est forte sur les "bons" établissements, plus la sélection est facile pour les proviseurs. Inversement, les "mauvais" établissements prennent ce qu'on leur donne, trop content de ne pas voir leurs effectifs, et donc leur dotation en heures d'enseignements, être réduite. Et à moins que les choses aient beaucoup changé ces dernières années, les académies renforcent le processus au travers de l'affectation des enseignants.
Le problème ce n'est pas le classement des lycées, c'est que l'accès à l'enseignement publique n'est plus la garantie d'un enseignement de qualité.
Casser le thermomètre ne changera pas la température du malade. Ca ne fera que donner une prime aux citoyens "les plus informés".
Une pente qui valide le constat un peu désespérant que formule Albert Jacquard, selon lequel «par mille créneaux, notre société nous amène à croire que le moteur de la vie, c'est forcement la compétition».
Je n'ai pas repris vos différents billets, mais n'est-ce pas plus ou moins ce que vous ne cessez de constater à propos du futur des parents de ces enfants? Ne serait-ce qu'à propos de la retraite? Par quel miracle, les parents adopteraient cette logique pour eux-mêmes et n'en conclueraient pas qu'elle est également valable pour leurs enfants ?
Je confirme que sans classement officiel c'est le règne de la rumeur , à mon époque mon lycée était réputé moins bon car étant situé géographiquement dans une ZUP et donc était considéré moins bon que le lycée du centre ville (sans aucune preuve ou chiffre...) ce qui était d'autant plus fallacieux que la plupart des élèves venaient de communes parfois fort lointaines...
J'en profites pour rendre hommage à mes profs du lycée de Cornouailles sans doute tous à la retraite aujourd'hui, trop bons pour moi à l'époque...
J'ai été prof de techno en collège dans une zone particulièrement sinistrée: La Grande Borne 91 Grigny. Ceux qui connaissent la région parisienne apprécieront.
De plus j'étais en SEGPA: Section d'Enseignement Général et Professionnel Adapté. En clair, la poubelle où l'on case tous les enfants ayant plus d'un an de retard, cas sociaux, déficience intellectuelle, handicapés et même une malheureuse gamine manifestement atteinte d'autisme.
Pour illustrer cet article, Je me souviens notamment d'un devoir de contrôle pour les 3ème portant sur les bases de l'électricité. Malgré des heures et des heures de cours sur le sujet, les résultats étaient pitoyables. Les notes attribuées ont bien sur été en accord avec ses résultats.
La prof principale de cette classe m'a appelé pour m'engueuler au vu de ces notes, disant que le carnet de note allait faire désordre pour la notation de la hiérarchie et pour l'appréciation des parents. Il n'a jamais été question de l'avenir des enfants dans ses préoccupations mais seulement de l'image de marque du bahut et de la carrière des enseignants titulaires (je n'étais que contractuel).
Nous avions une hiérarchie à peu près absente, un principal muté parce que "puni" qui se préoccupait plus de ses voyages que d'autre chose, un directeur de SEGPA dépressif et alcoolique et des profs aigris et désabusés, attendant leur retraite en évitant les vagues, à part quelques uns qui pensaient aux enfants.
Lors d'une réunion de profs, je me souviens avoir entendu une de mes collègues dire en parlant des autres profs: "Que des psycho-rigides... Ça fait peur de savoir qu'on confie nos enfants à ces gens..."
Ce tableau n'est pas brillant mais il existe aussi des gens formidables dans l'enseignement public, des gens qui aiment leur métier et les enfants. Le drame vient plus du système et de la hiérarchie que des enseignants. Pour exercer correctement, il leur faut une hiérarchie qui les soutient, qui les aide, pas une hiérarchie carriériste et uniquement préoccupée par les procédures et les statistiques. J'ai une pensée affectueuse pour un collègue, prof de physique - chimie, avec qui nous avons monté une expo de sciences qui a permis à une vingtaine d'élèves de se sortir de ce bourbier, qui leur a permis une prise de conscience et un revirement spectaculaire de leur attitude. N'est ce pas la plus belle récompense pour un prof?
L'injustice et l'inégalité des chances existe déjà et ces classements d'établissements ne font qu'accentuer le problème.
Je suis de tout cœur avec ces enfants qu'on "élimine" du circuit, qu'on met sur cette voie de garage en attendant l'âge légal de mise sur le marché du travail.
Parents, si l'on vous parle de SEGPA ou autres sections spécialisées, FUYEZ!