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Eyjafjallajokull n'est pas Tchernobyl

Jean-Yves Nau, mis à jour le 19.04.2010 à 9 h 42

Le nuage des cendres islandaises n'a rien à voir avec celui de Tchernobyl. Dangereux pour les avions, il semble aujourd'hui sans danger pour les hommes comme pour l'environnement.

Faute de pouvoir prendre l'avion, les Européens peuvent, a priori, respirer et dormir tranquilles: l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a, vendredi 16 avril, écarté tout véritable risque sanitaire lié à la progression des volumineux nuages de cendres dû à l'éruption du volcan islandais d'Evjafjöll; des nuages qui paralysent une fraction du trafic aérien international. Mais, prudence et précaution obligent, l'OMS a aussitôt émis quelques brouillards précisant que cette situation atmosphérique inédite pourrait néanmoins poser des problèmes aux personnes souffrant de difficultés respiratoires chroniques.

Toute matière volatile inspirée est dangereuse, nous sommes par conséquent préoccupés, mais nous n'en savons pas plus, a ainsi tenu à souligner l'OMS, lors d'une point de presse organisé à Genève. C'est très dangereux pour la santé parce qu'une fois inhalées, ces particules peuvent atteindre la périphérie des bronchioles et des poumons et poser des problèmes, en particulier aux personnes atteintes d'asthme ou de difficultés respiratoires.

Rien de bien nouveau sous le soleil: il existe sur ce sujet une large bibliographie médicale et scientifique. Elle résulte notamment des travaux faits sur l'exposition humaine aux particules plus ou moins contenues dans les fumées produites par les moteurs des véhicules automobiles; ou encore des troubles respiratoires importants observés chez les sapeurs-pompiers exposés aux poussières résultant des attentats du 11 septembre 2001 à New York.

Pas de conséquences notables

La plupart des experts expliquent toutefois qu'il faut ici tenir compte de l'énorme effet de dilution et de dispersion des particules dans l'atmosphère associé à leur très vraisemblable faible toxicité. Pour le Pr Ken Donaldson, spécialiste de toxicologie à l'université d'Edimbourg, la quantité des particules atteignant aujourd'hui le sol terrestre est très réduite.

Toujours ce vendredi 16 avril, des messages sanitaires rassurants ont été émis en Belgique, pays au-dessus duquel le nuage de cendres est passé à très haute altitude -dans la troposphère- sans avoir d'incidence notable sur la qualité de l'air respiré par les citoyens du Royaume et ceux qui y vivent. La Cellule interrégionale belge de l'environnement a ainsi indiqué que réseau de mesure automatique dans les trois régions de la Belgique n'a pas enregistré de hausse anormale des particules fines («PM10» et «PM 2.5») ou des concentrations en dioxyde de soufre, principaux polluants caractéristiques des émissions volcaniques. Pour qu'une alerte sanitaire soit lancée, il faudrait que des éléments constitutifs du nuage soient respirés, ou qu'ils se mélangent à la couche d'air d'une épaisseur de quelques centaines de mètres au dessus du sol. Seule semble-t-il cette situation soulèverait des problèmes sanitaires (humains et vétérinaires) et environnementaux.

Une transparence absolue

Messages similaires, ou presque, en France où le Pr Didier Houssin, directeur général de la Santé a toutefois tenu à préciser que si le nuage de poussières volcaniques islandaises ne posait pas, pour l'heure, de problèmes sanitaires la situation était «évolutive» et qu'elle restait étroitement surveillée. Deux réunions ont d'ores et déjà été organisées associant des responsables de l'Institut de veille sanitaire, de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques, de Météo France et des ministères de l'Environnement et de la Santé.

On ne peut ici s'empêcher d'observer que l'absolue transparence affichée aujourd'hui par les institutions internationales et par les responsables sanitaires nationaux tranchent de manière spectaculaire avec la situation qui avait prévalu il y a précisément vingt-quatre ans: après l'accident de la centrale nucléaire Lénine de Tchernobyl en Ukraine survenu en avril 1986. Une catastrophe régionale, sanitaire et environnementale, de très grande ampleur dont on peine encore à prendre durablement la mesure.

Les autorités françaises avaient alors longtemps soutenu, contre l'évidence, que le nuage (invisible et radioactif) avait miraculeusement arrêté sa progression aux frontières orientales de l'Hexagone. Des mesures de radioactivité environnementales démontrèrent bien évidemment plus tard qu'il n'en était rien. Cet épisode fort peu glorieux eut pour principale conséquence de renforcer notablement la position des différents mouvements français opposés au principe même du recours à l'énergie nucléaire. Il continue d'autre part à alimenter, ici ou là, quelques controverses récurrentes (de faible ampleur) sur les conséquences sanitaires induites, en France par le nuage venu non pas d'Islande mais d'Ukraine.

Jean-Yves Nau

Photo: REUTERS/Jon Gustafsson

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Jean-Yves Nau
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Journaliste
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