France

FN-UMP, le retour de la question de l'alliance

Ariane Istrati, mis à jour le 22.04.2010 à 9 h 39

Avec Marine, bon nombre d'élus de droite se prennent à rêver d'un lepénisme light, débarrassé de ses oripeaux racistes et antisémites, avec lequel il serait désormais possible de faire affaire.

La peur de perdre rend parfois les hommes déraisonnables. Alors que Nicolas Sarkozy chute dans les sondages et que ces sondages le donnent battu en 2012, certains élus s'interrogent tout bas sur la question d'une alliance avec le Front national. Et voilà que l'empoisonnante question des accords, ceux qui avaient mis le feu à la droite en 1998 revient doucement dans les têtes. Ses hommes et femmes politiques, pour la plupart issus de circonscriptions où le vote FN est fort, font le constat suivant: Nicolas Sarkozy a échoué à garder dans son giron les électeurs d'extrême droite.

Le chef de l'Etat, qui se vantait d'avoir «tué le Front» doit se rendre à l'évidence: ceux qu'il avait si habilement attiré par un discours à la fois sécuritaire et ouvriériste sont retournés d'où ils venaient ou se sont réfugiés dans l'abstention, dégouttés par ce qu'ils estiment être les promesses non tenues de leur candidat. Ces électeurs-là pourraient ils être séduits une nouvelle fois par le candidat de l'UMP? Probablement pas. Comme le dit Jean-Marie Le Pen, «ils préfèreront toujours l'original à la copie». L'élection de 2007, n'aura été, pour ces votants (en grande majorité issus des classes populaires, déclassés et fragilisés par la crise) qu'une passade.

Les élections régionales de mars dernier ont révélé à l'UMP son point faible. Réunie dans un parti unique, la majorité n'est plus en mesure de le rester lorsque le FN se remplume. Les projections des résultats des régionales sur les législatives sont terribles pour la droite classique: pas moins de 80 députés perdraient leur circonscription si le scrutin avait lieu demain. Et beaucoup à cause de triangulaires avec le FN. Du coup, les élus concernés cogitent, on le comprend aisément. Ils réfléchissent d'autant plus que la donne est en train de changer côté FN. Jean-Marie Le Pen s'est, enfin, décidé à lâcher les rênes de son parti après 60 ans de vie politique et sa fille Marine, semble être en position de lui succéder face à Bruno Gollnish.

Avec Marine, bon nombre d'élus de droite se prennent à rêver d'un lepénisme light, débarrassé de ses oripeaux racistes et antisémistes, avec lequel il serait désormais possible de faire affaire. Si elle reprend toutes les thématiques de son père, la fille a toujours pris soin de se démarquer de ses outrances. Surtout, si elle fait aussi de l'immigration et de l'insécurité son principal fond de commerce, elle adopte pour parler de ces questions un langage plus prudent, qui fait que personne n'a pu, jusqu'alors, la surprendre en flagrant délit de racisme.

Avec Marine, l'UMP pourrait-elle trouver un terrain d'entente? Nombreux sont ceux, à droite, qui soulignent que le Parti socialiste s'allie avec la gauche de la gauche sans que personne n'y trouve rien à redire. Et que les droites d'autres pays (Italie, Pays-Bas) n'ont pas eu les mêmes états d'âme avec leurs extrêmes.

Mais pour autant, aucun n'ose revendiquer un accord haut et fort. La droite classique n'y est, pour l'instant pas prête, encore traumatisée par les régionales de 1998. Cinq présidents de région de droite s'étaient alors fait élire avec les voix des élus FN. Ces patrons régionaux furent jetés au ban de la communauté RPR-UDF et l'affaire provoqua la scission en deux de l'UDF et la mise en orbite de François Bayrou contre Alain Madelin. Le risque d'implosion de l'UMP sur une question de ce type est trop dangereuse pour qu'elle puisse être posée trop fort.

D'autant plus que rien ne dit que Marine Le Pen serait d'accord pour jouer le jeu. On prête à l'héritière des envies de respectabilité et de strapontins électoraux, mais pour l'heure, rien n'indique qu'elle soit favorable à une union avec l'UMP. Elle s'applique au contraire à taper sur Nicolas Sarkozy et les siens du plus fort qu'elle peut. Vendredi, elle a ainsi expliqué: «Je crois que l'UMP est en train d'imploser, qu'il y aura au moins deux candidats de l'UMP, beaucoup d'électeurs français se tournent» vers le Front national et «sont convaincus par les propositions qui sont les nôtres».

Un moyen de faire monter les enchères?

Ariane Istrati

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Photo: Meeting à Arras, en mars 2009. Pascal Rossignol/REUTERS

Ariane Istrati
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