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Vente de médicaments: d'abord en ligne, puis en supermarché?

Bruno Askenazi, mis à jour le 19.04.2010 à 13 h 36

En autorisant la vente de médicaments sur Internet, le gouvernement préparerait le terrain à l'arrivée des grandes surfaces sur ce marché.

La vente de médicaments sur le Net, c'est déjà possible dans des pays comme la Suisse, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Va-t-elle être autorisée en France? La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, serait en train d'étudier sérieusement cette éventualité, afin de se conformer à une jurisprudence européenne. Pour le moment, les premières esquisses du projet ne permettraient la vente de médicaments en ligne que par des pharmacies françaises et européennes. De plus, ne seraient visés que les produits non remboursables, vendus sans ordonnance.

Evidemment, les pharmaciens sont vent debout contre ce projet. D'après eux, il sera difficile de distinguer entre vraies et fausses pharmacies virtuelles. Le danger est de voir apparaître plein d'officines bidons qui pourront écouler tranquillement les contrefaçons d'antalgiques ou de stimulants sexuels, genre Viagra, qui se vendent déjà en masse sur le Web. Mais surtout, impossible pour les sites sérieux de repérer d'éventuels contre-indications ou des abus de consommation chez leurs clients internautes.

Les grandes surfaces sur les starting-blocks

Voilà pour le discours officiel des syndicats de pharmaciens. En réalité, leur vraie peur est ailleurs. Ce qui les angoisse: que cette libéralisation sur Internet prépare le terrain à l'arrivée des supermarchés. Si les sirops antitussifs, aspirines et autres médicaments courants sont en vente libre sur le Web en France, on voit mal pourquoi ils ne seraient pas disponibles aussi dans les grandes surfaces. Surtout dans celles qui emploient déjà des pharmaciens diplômés, comme Leclerc et ses espaces de parapharmacie. Roselyne Bachelot, docteur en pharmacie et titulaire d'une officine de 1984 à 1991, a beau jurer que la grande distribution ne vendra jamais de médicaments, personne ne la croit. La France est le seul pays d'Europe (avec l'Espagne) où le monopole des pharmacies sur les médicaments existe. Mais pour combien de temps?

Cela fait longtemps que les hypermarchés se battent pour accéder au marché de l'automédication. Ces derniers mois, ils semblent accentuer leur pression sentant peut-être qu'ils sont près du but. Les vagues de déremboursement effectuées par les pouvoirs publics depuis plusieurs années, trou de la sécu oblige, leur donnent des arguments. Selon Michel-Edouard Leclerc, le patron du groupe éponyme, c'est une dépense supplémentaire pour les consommateurs. Il l'affirme sur son blog:

Avec un impact d'autant plus fort sur le pouvoir d'achat qu'en l'absence de politique de régulation, les prix de ces produits, dans nombre de ces pharmacies, s'envolent et peuvent varier du simple au triple selon les officines dans une étude que nous avons publiée récemment.

Des résultats vivement contestés par un groupement de pharmaciens qui a attaqué Leclerc pour concurrence déloyale devant les tribunaux. Mais le 30 mars dernier, la cour d'Appel de Colmar a donné raison au distributeur qui peut continuer à communiquer sur l'étude (voir le site sesoigner-moinscher.com).

L'exemple italien

A en croire les pharmaciens, l'arrivée de la grande distribution sur le marché de l'automédication (1,9 milliard d'euros pour les médicaments non remboursables, selon le cabinet IMS Health) serait pour eux une vraie catastrophe. Dans certaines officines, ces produits peuvent représenter jusqu'à 15% du chiffre d'affaires. Or, il leur sera difficile de pratiquer les mêmes prix qu'un Carrefour. Surtout si les hypers se mettent à vendre des médicaments «génériques» sous leurs propres marques. Des boîtes de paracétamol signées Leclerc, 30% moins chères que chez eux: voilà le vrai cauchemar des pharmaciens.

Pourtant, ce qui se passe en Italie devrait plutôt les rassurer. Au pays de Berlusconi, les supermarchés peuvent vendre des médicaments depuis 2006. Mais, contre toute attente, leurs résultats sont pour le moment plutôt décevants. Malgré des prix en baisse de 10 à 40%, la grande distribution ne représenterait que 3% des ventes de médicaments sans ordonnance. En fait, seuls les grands hypermarchés en proposeraient. Difficile en effet pour les plus petits magasins de se payer un pharmacien.

Bruno Askenazi

Photo: A Vienne, dans la section anti-drogue du commissariat, en 2009. REUTERS/Leonhard Foeger

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