Vente de médicaments: d'abord en ligne, puis en supermarché?
En autorisant la vente de médicaments sur Internet, le gouvernement préparerait le terrain à l'arrivée des grandes surfaces sur ce marché.
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La vente de médicaments sur le Net, c'est déjà possible dans des pays comme la Suisse, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Va-t-elle être autorisée en France? La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, serait en train d'étudier sérieusement cette éventualité, afin de se conformer à une jurisprudence européenne. Pour le moment, les premières esquisses du projet ne permettraient la vente de médicaments en ligne que par des pharmacies françaises et européennes. De plus, ne seraient visés que les produits non remboursables, vendus sans ordonnance.
Evidemment, les pharmaciens sont vent debout contre ce projet. D'après eux, il sera difficile de distinguer entre vraies et fausses pharmacies virtuelles. Le danger est de voir apparaître plein d'officines bidons qui pourront écouler tranquillement les contrefaçons d'antalgiques ou de stimulants sexuels, genre Viagra, qui se vendent déjà en masse sur le Web. Mais surtout, impossible pour les sites sérieux de repérer d'éventuels contre-indications ou des abus de consommation chez leurs clients internautes.
Les grandes surfaces sur les starting-blocks
Voilà pour le discours officiel des syndicats de pharmaciens. En réalité, leur vraie peur est ailleurs. Ce qui les angoisse: que cette libéralisation sur Internet prépare le terrain à l'arrivée des supermarchés. Si les sirops antitussifs, aspirines et autres médicaments courants sont en vente libre sur le Web en France, on voit mal pourquoi ils ne seraient pas disponibles aussi dans les grandes surfaces. Surtout dans celles qui emploient déjà des pharmaciens diplômés, comme Leclerc et ses espaces de parapharmacie. Roselyne Bachelot, docteur en pharmacie et titulaire d'une officine de 1984 à 1991, a beau jurer que la grande distribution ne vendra jamais de médicaments, personne ne la croit. La France est le seul pays d'Europe (avec l'Espagne) où le monopole des pharmacies sur les médicaments existe. Mais pour combien de temps?
Cela fait longtemps que les hypermarchés se battent pour accéder au marché de l'automédication. Ces derniers mois, ils semblent accentuer leur pression sentant peut-être qu'ils sont près du but. Les vagues de déremboursement effectuées par les pouvoirs publics depuis plusieurs années, trou de la sécu oblige, leur donnent des arguments. Selon Michel-Edouard Leclerc, le patron du groupe éponyme, c'est une dépense supplémentaire pour les consommateurs. Il l'affirme sur son blog:
Avec un impact d'autant plus fort sur le pouvoir d'achat qu'en l'absence de politique de régulation, les prix de ces produits, dans nombre de ces pharmacies, s'envolent et peuvent varier du simple au triple selon les officines dans une étude que nous avons publiée récemment.
Des résultats vivement contestés par un groupement de pharmaciens qui a attaqué Leclerc pour concurrence déloyale devant les tribunaux. Mais le 30 mars dernier, la cour d'Appel de Colmar a donné raison au distributeur qui peut continuer à communiquer sur l'étude (voir le site sesoigner-moinscher.com).
L'exemple italien
A en croire les pharmaciens, l'arrivée de la grande distribution sur le marché de l'automédication (1,9 milliard d'euros pour les médicaments non remboursables, selon le cabinet IMS Health) serait pour eux une vraie catastrophe. Dans certaines officines, ces produits peuvent représenter jusqu'à 15% du chiffre d'affaires. Or, il leur sera difficile de pratiquer les mêmes prix qu'un Carrefour. Surtout si les hypers se mettent à vendre des médicaments «génériques» sous leurs propres marques. Des boîtes de paracétamol signées Leclerc, 30% moins chères que chez eux: voilà le vrai cauchemar des pharmaciens.
Pourtant, ce qui se passe en Italie devrait plutôt les rassurer. Au pays de Berlusconi, les supermarchés peuvent vendre des médicaments depuis 2006. Mais, contre toute attente, leurs résultats sont pour le moment plutôt décevants. Malgré des prix en baisse de 10 à 40%, la grande distribution ne représenterait que 3% des ventes de médicaments sans ordonnance. En fait, seuls les grands hypermarchés en proposeraient. Difficile en effet pour les plus petits magasins de se payer un pharmacien.
Bruno Askenazi
Photo: A Vienne, dans la section anti-drogue du commissariat, en 2009. REUTERS/Leonhard Foeger
Mis à jour le 19/04/2010 à 13h36













































M. Askenazi, vous avez fais deux affirmations qui me paraissent bien hasardeuses.
La France est le seul pays d'Europe (avec l'Espagne) où le monopole des pharmacies sur les médicaments existe.
Ceci est parfaitement inexacte. Le monopole sur la vente de médicament existe dans un certains nombre de pays d'Europe.
Des pays comme la France, la Grèce, lItalie ou encore l'Espagne ont des monopoles étendus couvrants un grand nombre de produits. D'autres comme l'Allemagne ou les Pays-Bas ont des monopôles avec des aménagements pour la vente de certains produits (dits "OTC" ou "conseil") dans certains commerces. Enfin certains autres comme l'Irlande, le Royaume Unis ou le Luxembourg, le monopôle n'existe que pour certains types de médicaments.
L'affirmation suivante est également déconcertante :
Roselyne Bachelot (...) a beau jurer que la grande distribution ne vendra jamais de médicaments, personne ne la croit.
Je tiens à rectifier ces propos. Si les monopoles sont plus ou moins étendus selon les pays et malgré une volonté affiché de la précédente commission européenne de les faire disparaitre, plusieurs décisions de la Cours de Justice des Communautés Européennes ont confirmé le droit des états à réglementer la vente de médicament et renforcer l'importance du pharmacien dans celle-ci.
La Commission européenne a en effet exigé de nombreux pays -dont la France, l’Italie, l’Allemagne, le Portugal, l’Autriche et l’Espagne- de modifier les règles de propriété des officines pharmaceutiques. La CJCE a relevé, dans son arrêt du 19 Mai 2009, que le monopole qui existe sur la propriété des pharmacies en Allemagne et en Italie est bien une restriction à la libre circulation des capitaux (un des fondements du marché européen) mais, et je cite l'arret de la cour, cette restriction peut être justifiée par la protection de la santé publique, plus précisément, par l’objectif visant à assurer un approvisionnement en médicaments de la population sûr et de qualité.
Je vous conseil d'être plus prudent dans vos affirmations et je souhaiterai bien savoir qui ce cache derrière ce "personne ne la croit", car pour pouvoir dire personne il faudrait déjà avoir interrogé les 23.000 propriétaires d'officines et les 30.000 étudiants en pharmacies qui sont tous interressé au premier chef par ces questions.
Merci pour votre commentaire
Je pensais avoir été clair dans ma chronique: en fait, je parle des médicaments sans ordonnance. C'est bien ça l'enjeu. Et effectivement pour cette catégorie, seulement trois pays en Europe maintiennent un strict monopole des pharmacies: la France, l'Espagne et la Grèce (vous avez raison j'ai zappé la Grèce). Mais pas l'Italie: depuis 2006, la grande distribution italienne a le droit de vendre des médicaments sans ordonnance, de consommation courante.
Bruno Askenazi