Sciences / Société

Profession: chasseurs de météorites

Temps de lecture : 6 min

Chaque année, environ 1.500 météorites s'écrasent sur Terre, attisant la curiosité des chasseurs de petits trésors spatiaux. En France, ils sont moins d'une dizaine à se lancer dans des expéditions au bout du monde pour en rapporter.

Une ferme près de Golden, en Colombie-Britannique, au Canada. | @chzenan via Unsplash
Une ferme près de Golden, en Colombie-Britannique, au Canada. | @chzenan via Unsplash

Au milieu des glaciers et des troquets de l'île de la Cité, en plein cœur de Paris, se cache l'une des plus importantes collections de météorites d'Europe. Dans leur petite galerie d'une dizaine de mètres carrés, Louis Carion et sa femme sont aux petits oignons avec leurs clients venus admirer les gros cailloux qui trônent dans l'échoppe. Des minéraux, des fossiles, mais aussi une grande quantité de pierres tombées de l'espace. Les trésors et la fierté de Louis.

Le bonhomme a passé une grande partie de sa vie dans les déserts, à chercher ces pépites extraterrestres. Derrière son bureau, Louis Carion débite des anecdotes d'expéditions à la pelle.

«En vingt ans, on a eu la chance de rapporter presque une centaine de météorites de chutes différentes. La première que j'ai trouvée, c'était en Égypte après une quinzaine de jours d'expédition dans le désert, raconte-t-il en allant chercher une vieille photo où il pose fièrement avec sa trouvaille. C'était une chondrite, une météorite pierreuse de 60 grammes. Quand j'ai compris ce que c'était, mon cœur s'est emballé, j'ai eu une montée d'adrénaline. Je suis revenu au campement en courant et en criant, et ce soir-là on a sabré le champagne.»

La première météorite trouvée par Louis Carion, en Égypte. | Photo L. Carion via CarionMineraux

Aujourd'hui, beaucoup de chasseurs amateurs espèrent décrocher le jackpot avec leurs trouvailles, comme Mohammed, un ancien prof de sport qui parcourt le désert marocain. «Ça peut valoir plus que de l'or!» jurait-il à l'AFP.

La réalité est moins glamour. Dans sa boutique, Louis Carion offre une expertise gratuite à quiconque passe la porte avec une pierre. «Les gens croient que tout ce qui vient de l'espace coûte une blinde. Ils commandent une Ferrari avant même que j'évalue leur caillou. Une personne sur 8.000 vient avec une vraie météorite», constate-t-il.

Il y a bien un business de la météorite «mais elles ne sont pas si chères que ça, estime François Colas, chercheur au CNRS et astronome à l'Observatoire de Paris. Il faut s'enlever de la tête que vous allez faire fortune en vendant des météorites. Ce ne sont pas des pépites d'or.»

En France, il n'existe qu'une petite poignée de chasseurs de météorites professionnels qui parviennent à vivre de la vente de leurs découvertes. Et encore. «J'arrive à en vivre parce que je fais de l'achat et de la revente à d'autres découvreurs. Je ne vois pas qui pourrait vivre entièrement de la chasse aux météorites aujourd'hui», constate Luc Labenne, chasseur de météorites depuis plus de vingt ans.

Déserts et crottes de chameau

Louis tient sa passion des cailloux de son père, Alain, le fondateur de la boutique et pionnier de la chasse à la météorite. «Celui qui a vraiment été le précurseur en France, c'est Alain Carion, rembobine Matthieu Gounelle, qui gère depuis quatre ans la collection de météorites du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ça a été le premier à s'intéresser aux météorites en dehors de leur aspect scientifique, dans les années 1970, à aller en chercher dans les déserts et en faire le commerce.»

Aujourd'hui à la retraite, le père Carion n'a jamais vraiment raccroché. Quand Louis part au Maroc marchander fossiles et minéraux, le duo père-fils s'octroie toujours une petite expédition dans le Sahara marocain à la recherche de météorites.

«Il n'y a rien de pire que les crottes de chameau, ça ressemble vraiment à une météorite de loin, et il y en a plein dans le sud du Maroc.»
Louis Carion, chasseur de météorites

«Ni mon père ni moi n'y avons jamais rien trouvé, confesse Louis. L'œil est attiré par plein d'objets un peu partout: des arbustes, des crottes de chameauil n'y a rien de pire que les crottes de chameau, ça ressemble vraiment à une météorite de loin, et il y en a plein dans le sud du Maroc. Je préfère les déserts libyens ou égyptiens, complètement vides.»

Le désert libyen est aussi l'un des préférés de Luc Labenne. «Ce désert est vraiment fascinant. On s'y sent vraiment isolé, c'est au milieu de nulle part, loin de tout...»

Mais depuis le début des années 2000, ces pays ont fait évoluer leur législation. En Égypte, par exemple, il n'est plus possible de faire sortir du pays des météorites ou du verre libyque sous peine de trois ans d'emprisonnement.

«Aujourd'hui, le nouvel Eldorado de la météorite, c'est le désert d'Atacama au Chili.»
Louis Carion, chasseur de météorites

Avec l'Amérique latine, le désert marocain est devenu une destination phare de bon nombre de chasseurs. L'exportation de météorites n'est encore soumise à aucune loi. «Aujourd'hui, le nouvel Eldorado de la météorite, c'est le désert d'Atacama au Chili», explique Louis Carion.

Luc Labenne connaît bien ce désert: il s'y rend deux à trois fois par an pour accompagner une équipe de scientifiques. «On trouve beaucoup de météorites au Chili», abonde Matthieu Gounelle, qui s'y rend aussi régulièrement en collaboration avec le Cerege, le Centre européen de recherche et d'enseignement en géosciences de l'environnement.

Mais il précise: «Elles sont quand même très anciennes et très rouillées. Ce ne sont pas des spécimens intéressants au niveau commercial.»

L'une des plus grosses météorites (5,2 kg) trouvée en 2011 dans le département de l'Essonne, près de Paris. | Jacques Demarthon / AFP

Un bout d'histoire de la création du système solaire

Dans ce microcosme où évoluent passionnés d'astronomie, scientifiques en herbe, équipes de recherche et commerçants aguerris, tout le petit monde se connaît, s'échange des informations, des échantillons, s'achète ou se vend des pierres.

«Que ce soit les scientifiques ou les grands marchands, nous travaillons en bonne intelligence, se félicite Matthieu Gounelle, du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ça facilite les échanges et permet la circulation des échantillons. On est à la fois concurrent et collaborateur.»

Une météorité trouvée par des chasseurs en 2004 dans le désert de Libye. | Dr. Svend Buhl via Wikimedia Commons

Louis Carion analyse: «Les scientifiques ont compris que nous étions tous interdépendants: les marchands, les collectionneurs et eux-mêmes. Quand le Muséum analyse la météorite, il détermine le type de météorite dont il s'agit, et nous permet ainsi de fixer un prix pour les collectionneurs. S'il n'y a pas de collectionneurs, ça n'a aucun intérêt pour un marchand comme moi d'aller chercher des météorites. S'il n'y a pas de marchands, il n'y a quasiment pas de météorites dans les musées. Et sans les scientifiques, on ne peut pas donner de prix à notre météorite.»

Le Muséum garde 20 grammes ou 20% du poids de toutes les météorites qu'il analyse –un système mis en place par la société savante, qui permet de garder un bout de chaque météorite dans une institution scientifique, éclaire Matthieu Gounelle.

«Financer entièrement une expédition avec ses trouvailles, c'est très rare.»
Luc Labenne, chasseur de météorites

De son côté, Luc Labenne entretient un partenariat avec l'université de Münster, en Allemagne. Le chasseur donne 20% du poids de ses trouvailles à l'établissement qui se charge de classifier la pierre. À une époque, l'université lui rachetait même toutes les météorites qu'il trouvait lors de ses expéditions. De quoi lui financer une partie de ses escapades. «Financer entièrement une expédition avec ses trouvailles, c'est très rare», précise-t-il néanmoins.

Un scientifique espagnol avec une météorite tombée dans le nord du pays en 2004. | Pierre-Philippe Marcou / AFP

Côté scientifiques, les météorites sont une source d'information importante. Leur étude permet de «raconter un bout d'histoire de la création de notre système solaire», explique François Colas. L'astronome chapeaute FRIPON, un programme de sciences participatives qui forme des chasseurs de météorites amateurs.

«Au XIXe siècle en France, on trouvait une météorite tous les deux ans. Maintenant, on en trouve une tous les dix ans, c'est-à-dire cinq fois moins. Simplement parce que moins de gens regardent le ciel», regrette le scientifique.

Lorsque l'une d'entre elles s'écrase en Europe, François Colas et ses compères rassemblent une équipe de bénévoles avant de partir sur les lieux de l'impact, à la recherche de fragments à étudier.

«On est capables de s'organiser en vingt-quatre heures pour rassembler une équipe et partir sur place. À chaque fois qu'une météorite tombe, on trouve des bénévoles pour nous aider. Les étoiles filantes et les météorites, ce sont des parties de la science que les gens aiment bien. On s'en sert pour réenchanter ce domaine. L'idée n'est pas forcément d'en faire des astronomes, mais d'éveiller un peu leur curiosité.»

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