La «vieille Europe» évanescente et fracturée
A Prague, Obama a réuni sous son aile protectrice les anciens pays d'Europe de l'est. L'Union européenne a disparu de la scène géopolitique et du jeu des puissances.
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En marge du sommet de Prague, qui a vu la semaine dernière les Etats-Unis et la Russie conclure un accord de limitation de leurs arsenaux nucléaires stratégiques, l'attitude du président américain pose problème. Non qu'il faille s'inquiéter, au contraire, de voir que progressivement Barack Obama parvient à faire prévaloir sa nouvelle doctrine, qui tend le plus possible à restreindre le champ d'utilisation des armes nucléaires. En soi, même s'il est limité, même s'il est aussi en trompe-l'œil, parce qu'il permet surtout à Moscou de se comporter en grande puissance, cet accord est une bonne chose. Y compris pour l'Europe. Là où les choses vont moins bien, c'est dans la symbolique, et en l'espèce celle-ci était lourde de sens.
Barack Obama, débarquant à Prague, s'est rendu compte qu'il fallait tout de même faire honneur aux Tchèques; ce qui n'avait pas été prévu. Il a donc rassemblé autour de lui-même, du président russe Medvedev et du président tchèque Klaus, les autres pays européens. Jusque là tout va bien. Mais pas tous les pays de l'Union européenne: seulement ceux qui faisaient hier partie de l'Europe de l'Est! Curieux paradoxe: d'un côté Joe Biden, le vice-président américain, assure qu'avec la signature de ce traité, la Russie sort définitivement d'une posture «de guerre froide». Mais de l'autre, Barack Obama ressuscite lui-même une ligne de séparation à l'intérieur de l'Europe, où il rassemble sous son aile protectrice les pays européens qui étaient avant sous la coupe du pacte de Varsovie; en oubliant qu'il existe une Union européenne. On ne saurait mieux souligner la carence et l'absence qui sont aujourd'hui celles de l'Union sur les grands théâtres géostratégiques.
Au-delà de la force que revêt cette absence symbolique, il faut regarder la réalité en face. Cette absence est certes le résultat de la relative indifférence du président américain à l'égard de ce que l'on appelait hier à Washington «la vieille Europe»; mais elle est aussi, plus sûrement, le fruit de nos propres insuffisances. Et avant tout, de la panne, voire de la dissociation du couple franco-allemand.
Bien sûr, les apparences sont sauves. Angela Merkel est venue à Paris à l'occasion des cérémonies marquant la fin de la première guerre mondiale. Christine Lagarde, la ministre française de l'économie, a participé à un Conseil des ministres allemand; avant qu'un ministre allemand ne vienne participer prochainement à un Conseil des ministres français. Et à chaque occasion importante, où les 27 de l'Union se trouvent réunis, les décisions sont précédées de conciliabules franco-allemands qui permettent de préparer un consensus.
Mais tous ces efforts louables masquent de moins en moins une réalité peu avouable. Tout se passe comme si l'Allemagne et la France étaient entrées dans un processus de divergences qui risque, à terme, de mettre en péril l'Union elle-même. On le sait, cette divergence est apparue au moment de l'affaire grecque. Alors qu'au départ tout semblait devoir être organisé pour qu'un dispositif d'aide à la Grèce soit rapidement mis en place, on se souvient que celui-ci avait été bloqué par Angela Merkel; laquelle avait fini par obtenir que dans ce dispositif figure en bonne place le Fonds Monétaire International. Bien sûr, un dispositif est désormais en place mais ce que l'on a vu surgir, à l'occasion des discussions qui l'ont précédé, est un ferment redoutablement dangereux pour l'Union. Il s'agit ni plus ni moins de constater que l'Allemagne ne se considère plus comme l'un des moteurs de l'Union; et qu'avant toute chose, elle cherche à faire prévaloir son propre intérêt.
Et l'on voit donc revenir des articles, des propos, des déclarations venus d'Allemagne, qui tendent à opposer par exemple la vision française de l'euro, conçue comme la première pierre de la maison Europe, et la vision allemande, qui tend à considérer la zone euro comme une simple zone mark élargie. De même, se multiplient les prises de positions qui expliquent que l'Europe des 27 n'est pas celle que voulait l'Allemagne. Comme le dit un chercheur allemand cité par le Herald Tribune: «l'Europe est beaucoup plus large et beaucoup plus pauvre que celle que nous voulions et nous devons donc avant toute chose nous préoccuper de nous-mêmes».
C'est sans doute là le point le plus inquiétant. Si l'on y regarde de près, cette doctrine est au fond, au niveau de l'Europe, celle que, par exemple, un parti comme la Ligue du Nord développe en Italie. L'Allemagne riche ne veut pas payer pour la Grèce pauvre; tout comme la Lombardie et la Vénétie très riches refusent de payer pour la Calabre ou la Sicile pauvres. Il y a là la trace de l'avancée d'une véritable fracture populiste qui se manifeste donc dans chacun de nos pays (voir aussi les résultats désastreux des élections en Hongrie) et désormais aussi à l'intérieur de l'Europe. Si donc, on veut éviter le pire, c'est-à-dire que cette fracture ne s'élargisse, il va falloir imaginer et inventer un nouvel horizon pour l'Europe, mais aussi et surtout dans l'immédiat, parer au plus pressé et tenter d'appuyer en Allemagne celles et ceux qui veulent rester fidèles à l'idéal que d'Adenauer à Kohl, en passant par Helmut Schmidt et Willy Brandt, les Allemands avaient toujours défendu. Cette flamme là est portée en Allemagne par Wolfgang Schäuble, celui-là même qui avait mis en avant l'idée d'un fonds monétaire européen. Il était donc particulièrement maladroit de la part de la France d'écarter trop vite cette proposition.
Mais surtout, à l'heure où l'Allemagne suggère qu'elle aurait assez payé pour les autres pays européens, faudrait-il commencer par lui rappeler que tous les autres pays de l'Union, qui n'était alors qu'une Union à 15, ont pris leur part du coût de la réunification. Et surtout que la prospérité allemande doit peut-être plus au développement de l'Union qu'au marché asiatique.
Jean-Marie Colombani
LIRE EGALEMENT SUR L'EUROPE: L'Europe, une armée mexicaine, Le déclin de la France et de l'Europe s'accélère et L'Europe, musée ou laboratoire?
Image de Une: manifestation à Varsovie, en 2005. REUTERS/Katarina Stolt
Mis à jour le 17/04/2010 à 9h57













































Comme souvent , vous défendez un point de vue partagiste, à base de morale et de bons sentiments , hélas la vraie vie est plus rude . Demander aux plus pauvres de faire des efforts de rigueur de travail, de formation , bref de faire eux même quelque chose plutôt que d'attendre les subventions des "riches", ce n'est pas de l'égoïsme .
Et puis il y a les gaspillages, les triches, la corruption voire les maffias ; c'est d'ailleurs pareil pour ce qui concerne le très généreux système social européen, qui repose sur le partage des fruits du travail de chacun, à force de constater que celui-ci favorise une attitude de parasitisme, les plus favorisés veulent y mettre fin, voyant une Terre finie et des nouveaux venus se battre pour avoir leur part du gâteau.
Ce n'est peut-être que le début d'une évolution douloureuse qui devra nous faire gérer les pénurie ou la rareté , et la décroissance relative .
L'Europe va devoir réagir très vite, et prendre exemple sur le modèle allemand plutôt que français ou grec , ça va faire un peu mal , mais soyons honnêtes , nos parents et grands parents ont eu à vivre des situations bien plus difficiles après les deux guerres et n'en sont pas morts , la parenthèse du confort de la génération "baby boom" se referme , elle part en retraite , très confortablement, nous laissant les dettes .
L'Europe a t'elle eu un jour une présence "géostratégique"? Evidemment non. Alors ne regrettons pas aujourd'hui ce qui a jamais été. L'Europe n'a su ni règler la scission yougoslave, ni s'opposer aux diktats monétaires US, ni imposer une solution au proche orient. Et ce qui a été porté à son crédit a toujours été une position nationale ou plurinationale rarement unanimiste.
De même si comme nous y incité JM Colmbani, on en est à caractériser l'euro, il a été et reste un cadeau que l'Allemagne nous a fait. A nous de ne pas diverger d'eux par nos politiques économiques et à nous de savoir réfléchir sur nos atouts industriels et commerciaux: voit-on par exemple un dirigeant allemand nous reprocher notre balance excédentaire en matière de tourisme????
En fait et je ne comprends pas les difficultés actuelles, la France et l'Allemagne douvent s'entendre pour imposer "sans compromis avec les autres états membres" une philosophie du capitalisme rhénan. Et nos élites doivent accepter la césure avec le capitalisme anglosaxon. Celà nous permettra de redécouvrir une indépendance nationale en matière de développement et l'avantage d'un couple francoallemand.
Mais qui aujourd'hui en France parle de régionalisation, de démocratie sociale, de représentativité syndicale, de co-gouvernance, d'intervention des régions et de l'état dans les banques et les entreprises, de préférence nationale, de valeur ajoutée par la qualification et la norme... Et pourtant ce sont des notions qui outre Rhin s'imposent comme celles de l'équilibre budgétaire souhaitable ou le strict contrôle de la masse monétaire et de l'inflation.
Où sont donc les bienfaits de du traité de Lisbonne ? Où sont donc le président du conseil et notre ministre des affaires étrangères ? Où sont donc nos idéaux ?
Depuis bientôt dix ans, l'Europe a perdu sa boussole. Tiraillé entre les atlantistes et les fédéralistes de moins en moins nombeux, elle commence à sombrer, à oublier les rêves de ses pères fondateurs et à occulter les espoirs que les peuples avaient mis en elle. Barack Obama a saisi l'opportunité de montrer qui avait le pouvoir d'influencer le monde, le problème c'est que ce n'est pas l'Europe.
Nous avions déjà perdu lorsque l'Union s'est élargi à 25 pays : notre puissance et notre force se sont diluées dans des états plus soucieux de plaire au géant américain (qui pourrait leur en vouloir, les USA sont plus susceptibles de les protéger que notre UE désorganisée) que de réellement aider à la construction européenne. Au lieu de nous agrandir, nous aurions du conforter notre force en commençant réellement à nous unifier, à gommer nos différences et à créer un réel sentiment européen, à créer une nation européenne dont la population pourrait être fière.
Chaque état aurait abandonné ses prérogatives souveraines : armée et diplomatie pour les donner à un gouvernement élu démocratiquement par les peuples européens. Ce gouvernement aurait été responsable des interventions extérieurs de l'"armée européenne" et des traités internationaux. Nous aurions eu une voix aux chapitres. Nous aurions pu influencer le monde.
Nos dirigeants, les peuples ont préféré se retirer, se concentrer sur leur problèmes quotidiens sans penser que les décisions prises à l'échelle internationale influencent leurs "problèmes quotidiens" : immigration, pollution, délocalisation, prolifération nucléaire.....
Nous avons montré une fois de plus que nos intérêts particuliers ne peuvent pas encore être dépassés pour aider l'Europe à sortir de l'impasse vers laquelle elle se dirige. Peut être faut il la laisser mourir ! Souvent des cendres, peut renaitre un espoir !
Mais je ne peux me résoudre à désespérer de voir l'Union des peuples enfin se réaliser.
Ranimons la flamme européenne, fédéraliste, porteuse d'espoir pour les peuples d'Europe, ranimons les peuples hébétés par des années de désespoirs européens, ranimons l'Union Européenne !
Quoi, comment et avec qui, pour continuer la construction d'une Europe
un peu différente de celle qu'on a : le grand marché sans âme qu'ont voulu
les affairistes qui en tiennent toujours la barre et qui, maintenant qu'ils se sont
changés en spéculateurs financiers, n'ont pas plus de scrupules à la vendre à la découpe
comme n'importe quelle victime d'une OPA boursière et non de croissance et d'inves-
tissement qu'ils n'ont eu de remord à piétiner des décisions sorties des urnes ?
Le devenir du pacte des 27 est-il entre les mains du seul président américain ou même
entre celles d'un chef d'Etat européen, fût-il l'un de ceux qui y pèsent le plus ?
Il est, sauf erreur, entre les mains des 27. Il est, sauf erreur, un petit peu limité
par un principe d'unanimité. Il est, sauf erreur, déverrouillable, mais pour quoi faire
d'autre et de mieux qu'aller dans le sens de cette Europe à deux vitesses,
quel que soit le nom qu'on lui donne et en dépit des questions relatives
à la zone euro qu'elle poserait ?
Quelle pourrait être l'âme d'un nouveau ressort européen qui ne soit pas trempée
dans une marmite de crainte, de repli, d'égoïsme ou de stigmatisation des uns
contre d'autres ? Le moment est peut-être venu de la tenir, la promesse faite
et répétée à chaque étape de sa construction, de la supériorité de l'Europe
sur les Etats-nations pour ce qui est de l'existence durable dans le monde
des continents qui n'est pas encore l'Etat-monde ! Alors, des idées ?
La même volonté qu'avant ? Ou bien, va-t-on les voir tourner leur veste
les visionnaires à la petite semaine et leur cohorte de suiveurs dociles ?
Déjà, combien honteuse fut la conduite et la mobilisation lors des dernières
élections européennes ! Quand, déjà, considérerons-nous notre représentation
à Bruxelles autrement que comme un éloignement heureux des indésirables
du centre névralgique des affaires nationales ou un reclassement providentiel
pour le sureffectif du microcosme ? Il "va falloir" sinon...
Démeurolisationnellement.
Et ceci montre clairement que l'Europe n'est encore qu'un Marché commun!
Et en particulier que les pays vertueux ne veulent pas partager le résultat de leurs efforts avec les cigales du "Club Méditerranée"! quand vous parlez des Européens pauvres , parlez plutôt de "mafieux" ou corrompus!
Ce qui donne:"L"Allemagne riche ne veut pas payer pour la Grèce "corrompue""ou encore "la Vénétie et la Lombardie très riches ne veulent pas payer pour la Calabre ou la Sicile "mafieuses", ce qui n'est pas tout à fait la même chose!
Et si l'Allemagne a demandé que le FMI s'associe au plan de sauvetage de la Grèce, c'est qu'elle sait très bien que les conditions qui seront imposées par le FMI seront beaucoup plus drastiques que les pires conditions qu'aurait pu demander l'UE, et sans doute sans les obtenir!
La construction européenne a été certes applaudie .Mais la réalité n'est pas à la hauteur de ses ambitions.Trop de divergences et méfiance subsistent.Le Royaume Uni s'estime plus proche des USA.Les géants restant l'Allemagne et la France se disputent le leadership.Quant aux autres coposantes elles réclament un niveau de vie similaire pour l'ensemble de l'Europe.La crise greque témoigne le niveau de tension enregistré auprés des pays en bonne santé.Pas question de payer pour les autres .Or l'Union projette d'élargir encore sa sphére.Mais pour faire quoi?Constituer un bloc contre qui? Déjà au temps des G7 l'Europe ne parlait pas d'une meme voix.Qu'en est-il quand elle sera à G2020?Concernant la finalité du bloc il n'y a qu'à lire l'article:Obama accorde plus d'attention aux anciens pays de l'est. Pauvre vielle Europe.
Pourquoi, pour parler d'une montée des égoïsmes, parler d'une "véritable fracture populiste"?
Soyons clairs. S'il est une chose à reprocher à nos politiques, c'est peut être de ne plus savoir donner un sens à l'Europe qui permette de dépasser ces égoïsmes.