Comment lutter contre la baisse du débit des fleuves en France?
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Comment lutter contre la baisse du débit des fleuves en France?

Temps de lecture : 4 min
Slate.fr

Indispensables à la préservation de l'écosystème mais aussi aux populations et au tissu économique, les cours d'eau sont en danger. Voici les solutions pour les protéger.

Au cœur de nos villes, ils nous approvisionnent en eau et servent à l'irrigation, à la production d'électricité, au bon fonctionnement des usines, mais aussi au transport ou au commerce: les fleuves que nous avons apprivoisés par des barrages et autres retenues d'eau sont vitaux. Mais aujourd'hui, ils semblent en danger. En 2017, après plus de seize mois de sécheresse, le Rhône a vu son débit baisser de 30% par rapport aux vingt dernières années. Une situation inquiétante appelée à se reproduire à l'avenir à cause du réchauffement climatique, qui favorise les phénomènes météorologiques extrêmes.

Le rapport Explore 2070, publié en 2012, estime qu'une raréfaction des ressources en eau est inéluctable. Les scénarios les plus pessimistes font état de baisses de débits pouvant atteindre 40% au cours des cinquante prochaines années. La Loire pourrait ainsi connaître une réduction de débit entre 30 et 60% d'ici à la fin du siècle. Plus au sud, l'agence de l'eau Adour-Garonne estime à 760 millions de mètres cubes le déficit en eau dans le bassin de la Garonne d'ici à 2050.

«Aujourd'hui, nous réagissons encore trop aux situations de crise. Prédire l'évolution des nappes et des débits nous aidera à anticiper.»
Boris David, hydrogéologue du groupe Veolia

Cette baisse des débits des fleuves ne sera pas sans conséquences sur nos vies. Car un fleuve moins puissant signifie une diminution de la production des usines hydroélectriques, des difficultés à irriguer les sols pour l'agriculture, l'impossibilité de pêcher ou même la nécessité de fermer des centrales nucléaires. Ces dernières puisent de l'eau dans les cours pour refroidir la vapeur d'eau qu'elles produisent: sans un refroidissement efficace, il faut les mettre temporairement à l'arrêt... La situation est particulièrement alarmante pour un fleuve comme le Rhône, qui compte quatre centrales le long de ses côtes.

«Le Rhône a un régime hydrologique complexe, développe Boris David, hydrogéologue du groupe Veolia. Il évolue au long de son cours en fonction du régime de ses affluents. Grâce à cette combinaison de régimes, il connaît des étiages (moment où le niveau d'eau est le plus bas) peu marqués au regard d'autres fleuves.» Si le climat se réchauffe et que les précipitations neigeuses diminuent, les apports de la fonte des neiges au printemps seront moins prononcés et les étiages d'été plus sévères, justement lorsque les centrales ont le plus besoin de refroidissement. Cela aura également un impact considérable sur la biodiversité: quand l'eau ne circule plus assez vite, les nutriments s'accumulent, l'eau se désoxygène, la faune et la flore meurent. Pour pallier ce manque d'eau, plusieurs solutions s'offrent à nous.

Accompagner les industriels et les agriculteurs

Tout d'abord, protéger le milieu et la ressource. C'est déjà le cas en France, grâce à une législation qui permet de contrôler que les prélèvements dans les fleuves ne changent rien à la biodiversité et s'assurer que le puisage n'entraîne pas de stress hydrique. «On protège et surveille la ressource en eau pour qu'elle ne se dégrade pas, ça fait partie intégrante de notre métier depuis 150 ans», reprend Boris David.

Cela passe aussi par l'accompagnement des acteurs dont les besoins en eau sont importants, comme les industriels ou les agriculteurs. Il est possible d'aider ces derniers en les incitant, par exemple, à diminuer l'usage d'engrais (pour limiter les risques de pollution), ou même à changer de filière pour une culture moins hydrophile (afin de réduire les besoins). Pour les centrales nucléaires, la solution consistera à travailler sur un cycle fermé de l'eau, permettant de s'affranchir des variations des débits.

S'appuyer sur les algorithmes

L'autre grand axe repose sur une gestion plus dynamique du cycle de l'eau, grâce à la mise en place de capteurs qui permettent de suivre en temps réel l'état des ressources, qu'elles soient de surface ou souterraines –les nappes phréatiques jouent elles aussi un rôle important dans le débit des rivières et des fleuves.

Avec l'accumulation de données, les algorithmes peuvent contribuer à la prise de décisions et à l'anticipation des problèmes: «Aujourd'hui, nous réagissons encore trop aux situations de crise, rappelle Boris David, prédire l'évolution des nappes et des débits nous aidera à anticiper et adapter les modes de gestion.» Cela a pu commencer pour le cycle urbain de l'eau à Lyon, avec Hublo, un outil d'hypervision (Hubgrade) qui suit en temps réel le réseau de distribution. Seule complexité qui subsiste: les données ne sont pas toujours partagées entre les nombreux acteurs. «Mais les choses évoluent dans le bon sens», note Boris David.

Stocker les eaux de pluie, recycler les eaux usées

Enfin le troisième axe, qui reste un défi technologique aujourd'hui, vise à recharger les nappes phréatiques. L'idée est de mettre à profit les synergies entre eaux de surface et eaux souterraines: on récupère l'eau lors de pluies abondantes pour la réinjecter dans les eaux souterraines qu'on utilisera plus tard lors de baisses de débit des cours. Ce n'est pas une solution envisageable partout, mais là où elle l'est, elle pourra avoir un impact positif. On stocke les eaux plutôt que de les laisser s'écouler vers la mer.

En parallèle, il est aussi possible de travailler à une gestion plus intelligente de la ressource en «fermant les boucles». Cela passe par la réutilisation des eaux usées et traitées pour d'autres usages, comme l'irrigation de certaines cultures –ce qui commence à être fait. On peut ainsi réduire mécaniquement les prélèvements. «C'est en quelque sorte l'adage du “Réduire, Réutiliser, Recycler” bien connu pour les déchets appliqué à l'eau: réduire la consommation, réutiliser les eaux traitées et recycler intégralement l'eau», développe Boris David.

Dans l'industrie, cette idée a fait son chemin. Aujourd'hui, de nombreuses usines sont neutres en eau ou y travaillent. Et puis, un jour, lorsque le public sera prêt, il faudra peut-être passer par un recyclage de l'eau usée pour produire de l'eau potable. Après tout, les astronautes le font bien à bord de la Station spatiale internationale...

Cet article vous est proposé par Slate.fr et Veolia dans le cadre de Green Mirror, un événement éditorial écrit et audio pour voyager dans le temps, prendre conscience et réfléchir sur les enjeux qui nous attendent collectivement face au changement climatique. Comment agir dès maintenant face à l'urgence?

Découvrez les solutions déjà existantes ou prometteuses à travers notre série d'articles et de podcasts publiés sur notre site-événement.

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