Société

«Il ne veut pas d'une relation de couple avec moi, mais veut me garder près de lui»

Temps de lecture : 6 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Laurela, qui a renoué avec un homme qui l'avait ghostée, jusqu'à s'en mordre les doigts...

«J'ai toujours cette intuition qu'il y a encore autre chose.» | J Stimp via Flickr 
«J'ai toujours cette intuition qu'il y a encore autre chose.» | J Stimp via Flickr 

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Il y a un an, j'ai rencontré ce garçon sur une application, il est bel homme, s'entretient, a une belle position et surtout, est épanoui dans ce qu'il fait. Mais... ça ne colle pas, pas pour moi en tous cas (je sors alors d'une relation toxique et compliquée). Je pense qu'il le ressent, car après 2/3 rendez-vous, je n'aurai plus de nouvelles. Le ghosting, c'est tout ce que je déteste. Mon ego est touché, d'avoir été celle qui a été rejetée en étant également celle qui semblait le moins intéressée, je n'apprécie pas et je lui en ferai part.

Je n'aurai plus de nouvelles, jusqu'à cet été. Nos chemins se recroisent, c'est une surprise. Il demande une seconde chance, ne cesse de s'excuser. Je finis par la lui accorder. Nous commençons donc à nous fréquenter, très régulièrement. On s'écrit également beaucoup lorsque que l'on ne se voit pas. Il semble s'attacher, moi aussi, il le montre davantage, je le montre moins. Une jolie complicité naît, tout est fluide et naturel.

Les vacances arrivent, il me propose de le rejoindre quelques jours, et j'accepte le temps d'un week-end. Les jours qui nous séparent, nous nous appelons régulièrement, il me dit que je lui manque. Le week-end se passe tellement bien que nous décidons de partir ailleurs une semaine supplémentaire (la cohabitation est extrêmement facile, l'un et l'autre agissons comme si nous nous connaissions depuis longtemps).

Au bout du deuxième jour, les choses s'enveniment... Ce matin-là, l'intimité nous rattrape: il s'agit de la troisième panne. Je ne m'en étais pas tant fait les première et seconde fois, puisqu'il me disait que c'était la fatigue. Mais cette fois, je sens que quelque chose cloche. Je l'interroge, me questionne, le questionne. Manque-t-il quelque chose? Y a-t-il un blocage? Il m'assure qu'il me désire et que mon corps lui plaît, mais qu'il manque «le truc, l'étincelle» et que c'est certainement ce qui le bloque.

Quelques jours plus tard, il m'expliquera que c'est également la raison de la rupture de sa dernière relation. J'accuse le coup, je suis blessée, essaie de faire bonne figure, mais la douche est froide. Pourtant un petit peu plus tard, les choses iront jusqu'au bout. Je suis un petit peu perdue. Je décide de tout de même terminer ces vacances ensemble, avec la distance qui s'impose désormais.

À notre retour, il semble vouloir maintenir les communications quotidiennes que nous avions, que je vais finir par interrompre. Je préfère me préserver, ne pas entretenir ce lien, et surtout: c'est trop facile. Il ne veut pas d'une relation de couple avec moi, mais veut me garder près de lui. Je finis par lui expliquer cela dans un long texto, relevant que le blocage était d'un autre ordre d'après moi, et surtout qu'il ne nous avait pas donné de chance. Je n'aurai pas de réponse.

Les semaines passent, son anniversaire arrive, je lui souhaite, l'échange n'ira pas plus loin. Il me réécrira quelques semaines plus tard, et de là, nous recommençons à échanger un petit peu plus régulièrement. Rien n'en aboutira à nouveau. Je prends donc à nouveau mes distances. Il y a quelques jours, il m'a de nouveau recontactée, j'ai répondu avec beaucoup de distance, sans développer. Je ne sais plus quoi penser de cette non-relation...

Il connaît mes attentes, et l'historique entre nous, ne se cache pas de répondre que lorsque la situation est confortable pour lui, mais ne semble pas vouloir rester loin de moi non plus. Je suis pleinement consciente de la situation, et qu'accepter sa (non) présence dans ma vie n'est pas me respecter, mais dans le même temps, j'ai toujours cette intuition qu'il y a encore autre chose. Est-ce pour le rassurer?

Cette situation est une vraie source de confusion pour moi.

Laurela

Chère Laurela,

Une des raisons pour lesquelles le ghosting est toxique, c'est parce qu'il n'est pas une coupure franche et qu'une des deux personnes, celle qui subit le ghosting, est contrainte de vivre avec les incertitudes, le fantôme de la relation qui s'arrête sans raison. En un sens, ce que vous vivez avec cet homme est aussi toxique. Cela relève de ce qu'on appelle le «breadcrumbing», c'est-à-dire qu'en donnant quelques miettes d'attention, à des intervalles plus ou moins réguliers, on aliène la personne en face qui reste dans l'espoir d'une relation.

Je crois que cela peut-être inconscient. Quand on sent que la personne a probablement tourné la page, on retourne la chercher, on se rappelle à son souvenir et on nourrit juste un peu la flamme. Cet homme semble utiliser cette stratégie. Quelque chose bloque chez lui comme vous sentez que quelque chose bloque chez vous. Il n'y a pas de raison que vous vous acharniez à faire marcher cette relation déjà branlante aux prémisses. Mais comme si la solitude était insupportable, vous restez attachés l'un à l'autre.

Mais la solitude n'est pas une mauvaise chose. Elle permet de se recentrer sur soi, d'apprendre à s'aimer et surtout, en s'aimant, d'apprendre à dire non à ce qui nous fait du mal et de mieux mesurer ce qui nous apporte des choses positives. En essayant d'éviter au maximum la solitude, vous vous condamnez à garder dans votre univers cet homme qui, consciemment ou pas, cherche à vous aliéner. C'est un triste schéma en réalité, où personne ne trouve réellement son compte. Où tous cultivent le «faute de mieux».

Vous avez déjà conscience que vous valez mieux que ça, Laurela. En fait, toutes les femmes valent mieux que d'être les faire-valoir d'un homme qui a besoin d'être constamment désiré sans rien en échange. Je ne crois pas, pour ma part, qu'il y ait autre chose derrière ses tentatives de garder le contact avec vous. Enfin, il y a probablement des raisons qui expliquent cet irrespect de son côté, qu'elles soient traumatiques ou sociétales, mais cela ne vous regarde pas plus que ça.

Vous avez besoin de vous protéger de ses rappels constants dans votre existence. En fait, vous avez besoin de décider que ce n'est pas ok pour vous et bloquer cette personne et ses intrusions dans votre vie. Rien de ce qu'il fait n'est grave en soi, et parfois c'est même vous qui allez au devant de lui, mais ces échanges vous pèsent et vous privent d'une disponibilité mentale pour autre chose, une autre histoire. Passer autant de temps à se demander quel est le sens des mots, des gestes, des messages, n'est pas un signal de relation saine. Et vous méritez sans aucun doute plus de sérénité.

Parfois, il n'y a juste aucun sens caché à trouver. Parfois, les gens sont juste égoïstes et ils ne méritent pas l'énergie que vous dépensez pour eux.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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