France

Homme-femme: 24 heures chrono pour l'égalité salariale

Laurence Henriot, mis à jour le 15.04.2010 à 19 h 27

En France, une femme doit travailler un an et 79 jours pour gagner ce qu'un homme perçoit pour un an de salaire.

En France, le 15 avril est la journée annuelle symbolique en faveur de l'égalité salariale entre les hommes et les femmes, l'Equal pay day. Ni jour férié, ni jour de fête, l'Equal pay day est la date jusqu'à laquelle les femmes doivent travailler dans leur pays pour atteindre le salaire que les hommes ont perçu pour une année de travail le 31 décembre de l'année précédente. Une Française doit ainsi travailler un an et 79 jours pour gagner ce qu'un Français gagne en un an, selon l'ONG internationale Business Professional Women, qui promeut cette journée (la date varie selon les pays), créée en 1996 aux Etats-Unis par le National Committy on Pay Equity.

Selon les derniers calculs d'Eurostat pour l'Union européenne, l'écart de rémunération homme-femme se situe en moyenne à 18% en 2008. En France, l'écart est évalué à 19,2% en 2008 contre 16,9% en 2007 et 15,4% en 2006. La situation tendrait plutôt à se dégrader...

Des causes connues

Certaines des causes de l'inégalité sont identifiées:

• Les filles, plus diplômées dans le secondaire que les garçons, continuent aujourd'hui de choisir dans l'enseignement supérieur des filières moins valorisées et moins rémunératrices que les garçons. En 2007, dans les parcours universitaires, les filles ont préféré les sciences humaines et sociales à 70%. En 1985, 15,7% de filles avaient un diplôme d'ingénieur et 25,9% en 2007. Les progrès sont très relatifs: en 2008 seulement 14% de filles ont intégré Polytechnique, 40% l'ENA, et 48% une grande école de commerce.

• Les femmes travaillent beaucoup plus à temps partiel, subi ou choisi. La rémunération horaire du temps partiel est plus faible que celle, horaire, d'un travail à temps complet et les contrats plus souvent CDD que CDI.

• Les femmes consacrent plus de temps à leurs enfants et accomplissent, après leur journée professionnelle, plus de tâches domestiques que leurs compagnons. Les réunions tardives, où les décisions se prennent et les promotions se jouent, les excluent. Ce sont elles qui, en écrasante majorité, prennent les congés parentaux.

• Les femmes sont sous-représentées dans les postes de décision et de responsabilités. On n'en compte que 10,5% dans les conseils d'administration des sociétés du CAC 40 en 2009. Seules 17% des entreprises françaises sont dirigées aujourd'hui par des femmes. La classe politique ne fait pas mieux: les femmes représentent seulement 18% des parlementaires français, le nombre de ministres femmes a diminué dans les derniers remaniements.

Les causes des disparités sont complexes, les conséquences innombrables: plus grande précarité d'emploi liée au temps partiel subi, pauvreté croissante pour les femmes seules avec enfants, retraites insuffisantes pour les femmes âgées, veuves, célibataires ou divorcées... La crise économique risque d'aggraver la situation.

Pourtant les lois existent

La question n'est pas l'Europe. L'Union européenne a toujours été vigilante et active pour défendre l'égalité hommes-femmes. Le traité de Rome en 1957 instaurait déjà le principe d'égalité de rémunération. La nouvelle Charte de la femme, présentée par le président de la commission européenne Juan Manuel Barroso et sa vice-présidente Viviane Reding «vise à intégrer le principe d'égalité des chances dans l'ensemble des politiques au cours des cinq prochaines années». «En ces temps de crise, l'inégalité salariale entre hommes et femmes représente un coût inacceptable pour l'Europe», a précisé Viviane Reding. Combien de temps prendra-t-on encore pour «viser»?

La question n'est pas non plus la loi. En France, dès 1946 le principe d'égalité entre les hommes et les femmes, «dans tous les domaines» est inscrit dans le préambule de la Constitution. Les tentatives pour le mettre en pratique sont innombrables. Rien ne vaut pour s'en rendre compte, l'Observatoire de la Parité entre les hommes et les femmes ou l'Observatoire des responsabilités sociétales de l'entreprise.

La Charte d'égalité professionnelle entre hommes et femmes, mise en place en 2004 par Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et l'Égalité professionnelle, liste pas moins de 300 engagements. Et les rapports sur la question ne manquent pas.

En juin 2008, le Congrès réuni à Versailles a voté la modification de la Constitution pour permettre de nouvelles lois plus efficaces. L'article premier «la loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives», a été complété par : «ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales». Ce qui a facilité l'adoption en janvier 2010 de la proposition de loi, déposée par Jean-François Copé et Marie-Jo Zimmermann. Ce texte (qui doit encore être soumis aux sénateurs) stipule une représentation, dans les six ans, d'au moins 40% de femmes (dont 20% dans les trois ans) dans les conseils de surveillance ou d'administration des entreprises privées ou publiques ainsi dans les instances représentatives du personnel, délibératives ou juridictionnelles.

Les dispositifs institutionnels pour encourager l'égalité ne manquent pas non plus. Parmi les plus efficaces, créée en 2004, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (HALDE), présidée par Louis Schweitzer jusqu'en mars 2010 et depuis par Jeannette Bougrab, a permis des actions de prévention contre les inégalités et de défense de victimes de discriminations dont celles à l'encontre des femmes.Sur la base de son analyse, une femme victime d'un licenciement abusif parce qu'elle était enceinte a obtenu aux prud'hommes une réparation de plus de 200 000 euros. Mais 54% de personnes interrogées ne connaissent pas l'institution et peu de femmes ont le réflexe de la saisir pour mieux se défendre.

De leur côté, quelques entreprises se sont attaquées aux sources de ces inégalités. Par exemple celles qui ont signé la Charte de Parentalité ou qui agissent quotidiennement en faveur d'un meilleur équilibre de qualité de vie professionnelle et privée de leurs salariés. Les résultats de la première étude «Women Matter» réalisée par McKinsey en 2007 dans le cadre de son partenariat avec le Women's Forum for the Economy & Society, confirment que ces firmes agissent ainsi dans leur propre intérêt. Il existe de manière statistiquement fiable une corrélation, sans nécessairement un lien de causalité, entre une plus grande proportion de femmes dans les comités de direction et une plus grande performance. Pour McKinsey, relever le défi de la compétitivité impose d'accélérer la montée en puissance des femmes sur la scène économique jusqu'aux postes de responsabilité, pour «anticiper la pénurie de talents» prévisible en Europe vers 2040, pour «s'adapter aux évolutions des tendances de société et de consommation», enfin pour améliorer la qualité organisationnelle garante de meilleures performances.

Pourquoi si peu d'avancées concrètes?

Le sujet de la «confiance» finit toujours par apparaître dans l'analyse. Eurobarometer l'illustre en analysant au sein de l'Union européenne les perceptions et opinions sur l'inégalité professionnelle due au genre en 2009. 84% de Français, 74% des Européens, 78% de femmes et 68% d'hommes pensent que «La communauté des affaires est dominée par des hommes qui n'ont pas suffisamment confiance dans les femmes»; seuls 21% des sondés ne sont pas d'accord. Au contraire, l'affirmation selon laquelle «les femmes n'ont pas toujours les qualités et compétences nécessaires pour occuper les postes à responsabilité» est désapprouvée par 85% de Français et 71% des Européens. La grande majorité semble donc d'avis que les femmes devraient bénéficier de la même confiance que les hommes.

Les femmes devraient s'emparer activement de ce sujet de la confiance, découvrir ce qu'il recouvre comme potentiel de progression (la sous-estimation de leurs compétences réelles est un champ d'action considérable) et ne pas attendre des lois ou des dispositifs ce qu'elles peuvent réussir seules. La confiance ne sera jamais offerte aux femmes, elle se conquiert jour après jour. Les hommes dans le monde du travail et du pouvoir ont un long temps d'avance dans la confiance qu'ils s'accordent. Nous oublions trop vite qu'une femme n'avait pas le droit de disposer librement de son salaire avant 1907, de travailler sans l'accord du «chef de famille» avant 1965. Les hommes n'ont pas encore l'habitude de l'autorité des femmes et s'en méfient, culturellement, historiquement et socialement. Plus ils sont âgés, plus cela leur est difficile.

Peu de progrès seront réalisés sans prise de conscience par les hommes que leur intérêt personnel et professionnel est de partager intelligemment avec les femmes leurs responsabilités pour réussir une vie plus équilibrée. Ne faire confiance qu'à la moitié des ressources humaines dont on dispose dans son pays, pour renforcer et redresser son économie, c'est, pour le moins, peu intelligent et peu efficace.

Laurence Henriot

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Photo: Une foire aux métiers à San Francisco Robert Galbraith / Reuters

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