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La Chine ne veut plus être la poubelle du monde et se lance dans la bataille de l'image

Temps de lecture : 4 min

Pour lutter contre la pollution, le pays diffuse une nouvelle propagande à l'attention de ses citoyens.

Des travailleurs trient des déchets à Pékin, le 8 juin 2020. | Noel Celis / AFP
Des travailleurs trient des déchets à Pékin, le 8 juin 2020. | Noel Celis / AFP

C'est désormais officiel, la Chine n'importe plus les déchets des pays d'Europe et d'Amérique depuis le 1er janvier 2021. Cette décision avait été amorcée début 2018 lorsque la Chine a commencé à limiter progressivement les autorisations d'exporter sur son sol différents types de plastiques, de textiles, de rebus de bois ou d'acier, de papiers et de pièces automobiles.

Jusqu'en 2017, les pays d'Europe envoyaient en Chine la moitié de ce que leurs industries rejetaient. Mais, à présent deuxième économie au monde, le pays ne voulait plus être le premier marché de recyclage qu'il a été pendant près de trente ans. C'est pour l'industrie internationale du traitement des déchets un tournant considérable.

Couvercle sur la poubelle de la planète

La Chine a commencé dans les années 1960 à traiter des déchets venus d'ailleurs. Après la catastrophe économique du Grand Bond en avant en 1959, suivie sept ans plus tard par la révolution culturelle, une misère profonde régnait en Chine populaire. À cette période, les ordures collectées à Hong Kong, alors colonie britannique, étaient déversées à sa frontière avec la Chine populaire. Quotidiennement, des camions chinois s'emparaient de tonnes d'ordures et les distribuaient jusqu'à Canton.

Pendant plus d'une trentaine d'années, les possibilités de traiter les déchets de nombreux pays se sont considérablement développées en Chine. Des bateaux venus d'Europe ou d'Amérique apportaient dans les ports chinois toutes sortes de détritus qui étaient triés, recyclés en matières premières ou brûlés. Une main-d'œuvre chinoise nombreuse déchargeait ces cargos étrangers et en répartissait le contenu dans toutes sortes d'usines équipées de zones de triage et de fours. Les entreprises chinoises, en particulier dans le secteur de la chimie, préféraient utiliser ces déchets venus de l'étranger et convenablement triés plutôt que ceux produits sur le sol chinois, peu ou mal sélectionnés et difficilement réutilisables.

En 2016, la Chine recevait 56% de la production mondiale de déchets solides. Cette année-là, 7,3 millions de tonnes de plastique arrivaient sur son sol, pour une valeur de 3,7 milliards de dollars, et près de 50 millions de tonnes de déchets dangereux.

À partir de 2017, le gouvernement chinois a décidé de reprendre en main le dossier. Outre que beaucoup d'ordures arrivaient frauduleusement et échappaient de facto à tout contrôle, une question d'image semble avoir fortement joué: la Chine ne voulait pas continuer d'apparaître comme la poubelle de la planète. À cette préoccupation s'est ajouté en 2020 un souci supplémentaire: éviter que des équipages de navires étrangers ne rapportent en Chine le virus du Covid-19. Tout cela a mené à l'interdiction d'envoyer début 2021 des déchets étrangers en Chine.

La Chine a ses propres déchets à gérer

En même temps, le gouvernement de Pékin a décidé de légiférer sur le tri des déchets en Chine. Quatre types de détritus ont été définis: les déchets recyclables, les déchets dangereux, les déchets secs et les déchets humides. Les particuliers qui mélangent ces diverses catégories seront passibles d'une amende maximale de 200 yuans (25 euros), et les entreprises de 50.000 yuans (6.300 euros).

Le développement économique de la Chine l'amène aujourd'hui à se concentrer en priorité sur cette question du traitement des poubelles chinoises. En 1980, la Chine produisait 30 millions de tonnes de déchets par an. En 2017, ce chiffre s'élevait à 210 millions. Cette année-là, des amendes ont été instaurées à Shanghai à l'encontre de quiconque, particulier ou entreprise, ne triait pas correctement ses ordures. D'autres villes ont suivi et fin 2020, quarante-six autres municipalités appliquaient la même réglementation.

Un effort considérable commence à être demandé à la population chinoise. Des personnages exemplaires sont valorisés dans les médias.

Ce nouveau comportement entre dans le cadre de la lutte que la Chine a décrétée en vue de combattre la pollution et de développer un environnement convenable. Pour cela, le ministère du Développement urbain et rural a décidé en 2020 que l'équivalent de 3,1 milliards de dollars seraient consacrés à la mise en place du recyclage des déchets.

L'administration chinoise a mis en place un tri sélectif des déchets pour qu'ils puissent être récupérés et recyclés. Il s'agit désormais de sensibiliser la population à la nécessité de trier les ordures ménagères.

Une nouvelle propagande pour mobiliser les citoyens

Les professionnels de santé, notamment, sont incités à ne plus jeter dans les poubelles des mélanges de déchets médicaux, de vieux papiers et de plastiques. D'autre part, dans toutes les villes chinoises, des petits colporteurs ambulants s'étaient habitués à passer dans les rues en invitant les habitants à leur vendre ce dont ils ne se servaient plus. Des vêtements, de la vaisselle et toutes sortes de ferrailles ou de plastiques se retrouvaient alors sur les carrioles tirées par ces colporteurs –tout cela étant ensuite entassé aux abords des villes et revendu sans véritable tri. Il est plus que probable que ce genre de pratiques vont être surveillées de près.

Plus largement, un effort considérable commence à être demandé à la population chinoise. Le traitement collectif des déchets est sur le point d'être fermement encadré. Toute une propagande sur les gestes que chacun doit faire apparaît sur les chaînes de télévision. Des personnages exemplaires dans ce genre d'activités sont valorisés dans les médias. Ainsi de Dai Changlin qui, à 31 ans, est devenu célèbre en transformant en modèles de voitures miniatures des boîtes de conserve jetées dans des poubelles.

L'ambition des dirigeants chinois est de parvenir à innover dans la gestion des déchets solides. Un programme en ce sens a été établi par le gouvernement en 2019. Zhuang Guotai, vice-ministre de l'Écologie et de l'Environnement, avait alors déclaré: «L'objectif est d'établir des mécanismes, des technologies, des marchés et des systèmes de réglementation adaptés à la construction de villes zéro-déchet et de créer une série de modèles pouvant être reproduits afin d'établir une base solide pour une mise en place à l'échelle nationale.» Vaste programme dont le thème zéro-déchet est depuis régulièrement détaillé dans la presse officielle chinoise.

La Chine produit actuellement 520.548 tonnes de déchets par jour. Il est probable que, dès lors que ne parviendront plus sur son sol des déchets étrangers, elle va fermement s'attaquer aux ordures émises par l'industrie et les particuliers chinois. Elle sera ainsi dégagée de son rôle de poubelle de la planète. Il est alors probable que les pays développés en cherchent d'autres où déverser leurs déchets. Il semble qu'en Asie, la Malaisie soit candidate à cette fonction.

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