Société

Trump et ses guignolos

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Ce n'était ni le grand soir, ni les grandes liesses populaires des festivités nazies, tout juste un ramassis de cloportes pris dans les phares de l'histoire. 

Un soutien de Trump tient un drapeau confédéré, lors de l'envahissement du Capitole, le 6 janvier. | Saul Loeb via AFP
Un soutien de Trump tient un drapeau confédéré, lors de l'envahissement du Capitole, le 6 janvier. | Saul Loeb via AFP

Jusqu'au bout, Trump aura été fidèle à lui-même: borné, menteur, atrabilaire, prêt à tout pour satisfaire son ambition personnelle, laquelle consiste à hanter le bureau ovale, un œil sur son portable, l'autre sur le téléviseur, exercice d'une haute tenue intellectuelle dans lequel, il faut bien l'avouer, il est passé maître. On peut d'ailleurs se demander à quoi il emploiera désormais son temps maintenant qu'on lui a confisqué ses jouets favoris.

Les bouffons, quand sonne l'heure de la retraite, ne sont généralement guère enclins à la contemplation ou à la réflexion et c'est bien souvent qu'ils terminent leur vie dans un ressassement infini, un attendrissement sur eux-mêmes qui les rend à la fois exaspérants et touchants. On plaint tout de même son entourage qui aura à subir ses foudres jusqu'au bout.

Pour toutes les démocraties au monde, il faudra se souvenir de l'exemple donné par le président américain: quand vous portez au pouvoir un populiste tout juste capable d'aligner deux pensées cohérentes, grandes sont les chances de se retrouver un jour ou l'autre avec une bande d'ahuris qui s'en vont pénétrer vos lieux les plus sacrés, allant de-ci de-là, avec la même satisfaction béate qu'une otarie de zoo, quand elle aperçoit son gardien se rapprocher avec son seau rempli de poiscaille.

Il fallait les voir ces conspirationnistes du dimanche pénétrer l'autre jour dans l'enceinte du Capitole. Pris de court d'être si facilement parvenus à leurs fins, ils erraient de bureau en bureau sans trop savoir quoi faire de leur triomphe si ce n'est de prendre la pause comme ces touristes ravis qui, invités à s'extasier devant la toile d'un maître, au lieu de la contempler, préfèrent se photographier devant. C'était leur jour de gloire. Ils faisaient l'histoire en direct quand bien même ressemblaient-ils plus à des exilés de l'asile d'à côté qu'à des révolutionnaires assoiffés de revanche.

Hilares comme des garnements qui auraient par mégarde investi le bureau du proviseur, ils se confondaient avec l'image qu'on pouvait se faire d'eux: de braves gars sans histoire à qui il ne fallait pas la raconter. Biden avait triché, Trump devait rester. Dit autrement: de fieffés guignols aux cerveaux farcis de thèses complotistes avec ce qu'il faut de prétentions racistes et antisémites pour séduire les plus exaltés d'entre eux. De la racaille blanche arrivée des confins du pays tout à leur joie de répondre aux attentes de leur chef qui, quelques minutes plus tôt, dans une de ces harangues décousues dont il a le secret, les invitait à marcher sur le Capitole comme d'autres, en leur temps, avaient marché sur Rome.

Bien trop désinvoltes pour qu'on puisse croire un seul instant que la démocratie américaine était en danger, ils incarnaient l'essence même du trumpisme: une sorte de fascisme sans grandeur, quelque chose d'assez rabougri, de totalement inconsistant, où la folie cohabite toujours avec un sentiment d'outrage dont on peine à comprendre le mécanisme intérieur. Ce n'était ni le grand soir, ni les grandes liesses populaires des festivités nazies, tout juste un ramassis de cloportes pris dans les phares de l'histoire.

Étant chassés de ces lieux de pouvoir, ils ont promis qu'ils reviendraient. On se demande pour faire quoi exactement. Ces gens-là sont plus doués à s'opposer qu'à construire, à haïr qu'à aimer. Parvenus au pouvoir, ils sont aussi utiles au pays qu'une bande de punaises de lit à des draps de soie. Nul doute que, tôt ou tard, l'un parmi eux s'en ira cartonner un élu dont la tête ne lui reviendra pas. Ou fera exploser un camion rempli de dynamite devant le bureau d'un représentant de l'État, ce bandit de grand chemin qui collectionne vos impôts pour mieux s'engraisser sur votre dos.

Toujours au nom de la race en danger. Du pays gangrené d'immigrés. Des pédophiles enjuivés. De tout cet imaginaire trumpien qui ressemble à un cauchemar de pétomane où dansent les ombres du glorieux passé, des propriétaires d'esclaves aux massacres des Indiens, en passant par les interdictions faites aux juifs de fréquenter tels clubs ou telles universités –le rêve impossible d'une pureté retrouvée.

L'humanité dans sa version fosse septique.

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