Santé / Société

Moi, me faire vacciner? Jamais!

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Interdit de toucher à mon ADN qui a fait de moi ce que je suis: un prix Nobel de médecine.

Le populisme médical a de beaux jours devant lui. | Hakan Nural via Unsplash
Le populisme médical a de beaux jours devant lui. | Hakan Nural via Unsplash

Mon père m'a écrit ce matin pour me dire qu'il avait donné son consentement à être vacciné dans les semaines à venir. Je l'ai chaudement félicité tout en priant les dieux du ciel que d'ici peu, une fois que le vaccin aura chamboulé l'ordre de son ADN, il ne vienne pas lui pousser un troisième œil au niveau de son orteil gauche. Ou que pris d'une soudaine montée d'altruisme, il n'aille pas me déshériter au profit de l'infirmière responsable de lui avoir administré cette saloperie de vaccin.

C'est que de nos jours on n'est plus sûr de rien. On pensait aller tranquille sur le chemin de la vie et paf, un virus se pointe à l'horizon et transforme nos existences en quelque chose d'aussi sinistre qu'un dimanche de pluie dans les Ardennes. On finit par trouver un vaccin et aussitôt on apprend que notre patrimoine génétique risque de changer au point de nous transformer en des cyborgs réfrigérés.

Comme si je n'avais pas assez de soucis comme cela. Entre mon chat qui exige de changer de marque de croquettes, mes hémorroïdes qui sont de sortie, mon moral qui oscille entre la déprime et la dépression, je suis déjà au bout du rouleau. Et voilà que désormais je dois m'inquiéter du devenir de mes gènes, lesquels me sont si précieux que chaque matin je les convoque à mon bureau afin de vérifier qu'ils n'ont pas profité de la nuit pour se changer en cellules cancéreuses.

Si c'est cela le progrès, merci bien. De plus en plus, je songe au bonheur qui était le mien quand internet n'existait pas. Mon docteur, je le croyais sur parole. Il me disait: «Vous souffrez de telle maladie, vous allez prendre tel médicament, et dans une semaine, vous serez rétabli.» Je rentrais chez moi si confiant dans ses paroles que la plupart du temps je guérissais bien avant la semaine écoulée. Aujourd'hui, quand le même docteur me dit que je souffre d'une inflammation au tendon d'Achille, je le regarde avec l'air soupçonneux d'un douanier français à qui on tend un passeport syrien.

Je le trouve péremptoire, limite arrogant. Que sait-il au juste de mon talon? Ignore-t-il qu'une récente étude de l'Université de Pétaouchnok a démontré que dans un cas sur huit, l'inflammation du talon chez les hommes de plus de 50 ans, surtout dans les pays de l'hémisphère nord et auprès de populations qui mangeraient de la betterave deux fois par semaine, serait en fait un rétrécissement du testicule gauche qui nécessiterait une opération de la rétine pour rétablir la cohésion de la flore intestinale, prélude à la guérison dudit talon? Et touc, Monsieur Je-sais-tout.

Hier, nous nous épanouissions dans notre ignorance. Nous avions confiance dans la science, le progrès, l'information. On croyait ce que les gens infiniment plus qualifiés que nous nous disaient. On les remerciait même, en se demandant comment nous ferions sans eux. Aujourd'hui, nous doutons de tout. Tout aussi ignorants qu'hier mais persuadés du contraire, nous pensons être aussi éclairés que n'importe quel scientifique qui a derrière lui vingt ans d'études et trente ans de pratique.

Sur la foi de n'importe quel racontar diffusé à grande échelle sur le net, on s'improvise du jour au lendemain maître en pharmacie, docteur ès sciences, médecin tout-terrain capable de pérorer à l'infini sur des sujets dont nous ne connaissons rien hormis quelques approximations glanées lors de la rapide lecture d'un article rédigé par un anonyme torche-cul. Nous avons des exigences, des prétentions.

Nous voulons bien être vaccinés à condition qu'on nous explique de quoi il retourne. Quand bien même nous sommes incapables de différencier un poumon d'un utérus, une grippe d'un rhume du cerveau, nous nous permettons d'interpeller la médecine avec la légitimité qui serait celle d'un professeur d'université. À table, lors de discussions savantes, nous jonglons avec des concepts scientifiques d'une complexité telle qu'il n'est même pas certain qu'un simple étudiant en médecine les comprenne.

Nous nous sentons pousser des ailes. Du vaccin contre le Covid, nous examinons le mode opératoire, comme si nous avions passé nos vies dans un laboratoire d'études. Nous avons des réticences, des hésitations, des questionnements, qui sont de l'ordre de l'imprécation. Avec l'arrogance de l'ignorant, nous nous permettons de remettre en cause des procédés scientifiques auxquels par nature nous ne comprenons rien, ce qui ne nous empêche pas d'émettre des doutes comme si nous avions derrière nous des années et des années de pratique.

C'est précisément ce qu'on nomme l'obscurantisme.

Quand la science cède le pas à ce populisme médical qui tend à tout savoir sur tout.

Du coup, j'hésite vraiment à me faire vacciner. Qui sait si je ne deviendrai pas plus con que je ne le suis déjà?

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