Politique / Monde

Il est temps de chasser Trump (en vertu du 25e amendement)

Temps de lecture : 5 min

​Nous ne pouvons pas nous permettre encore deux semaines de Trump. Le 25e amendement de la Constitution est le moyen le plus rapide et le plus simple de s'en débarrasser.​

Donald Trump s'adresse à ses partisans à qui il a donné rendez-vous, devant la Maison-Blanche (Washington, D.C.), le 6 janvier 2021. | Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump s'adresse à ses partisans à qui il a donné rendez-vous, devant la Maison-Blanche (Washington, D.C.), le 6 janvier 2021. | Brendan Smialowski / AFP

Il est désormais clair que la sécurité de la démocratie américaine n'est pas garantie si Donald Trump reste président pendant les deux semaines qui restent avant l'investiture de Joe Biden. Il existe un moyen rapide de le faire partir, si on le veut vraiment: il suffit d'invoquer le 25e amendement.

Le comportement de Trump mercredi 6 janvier –son incitation à la violence, l'expression de son «amour» pour les insurgés qui ont pris d'assaut le Capitole, son obstination à diffuser le mensonge selon lequel sa «victoire électorale sacrée» aurait été volée– pourrait suffire à justifier cette révocation.

Dans une stupéfiante déclaration diffusée quelques heures après l'émeute, la National Association of Manufacturers, un groupe de grands chefs d'entreprises de premier plan ayant soutenu Trump avec enthousiasme par le passé, a annoncé: «Le vice-président Pence [...] devrait sérieusement envisager de travailler avec le Cabinet pour invoquer le 25e amendement afin de protéger la démocratie.»

Certains représentants du Congrès demandent eux aussi le recours à cet amendement. Selon CBS News, des membres du Cabinet de Trump l'envisagent également.

Tout pourrait aller très vite

Selon la section 4 du 25e amendement, le président peut être déchu de ses fonctions si le vice-président et une majorité soit des membres du Cabinet, soit du Congrès déclarent par écrit qu'il est «dans l'incapacité d'exercer les pouvoirs et les devoirs de sa charge». Une fois cette déclaration remise à la présidente de la Chambre des représentants et au président temporaire du Sénat, le vice-président «doit immédiatement être investi» de la charge de «président par intérim».

Beaucoup ont interprété le mot «incapacité» de façon littérale –par exemple, dans le cas où le président serait dans le coma. Cela semble une interprétation raisonnable à première vue étant donné que les autres sections de l'amendement abordent le sujet de la succession en cas de décès du président. Or, une lecture plus approfondie révèle que ce n'est pas le cas. La suite de la section 4 détaille ce qui se passe si le président conteste le recours au 25e amendement et proteste par écrit «qu'il n'existe aucune incapacité» –ce qu'il ne pourrait pas faire s'il était littéralement incapable d'agir.

Dans ce cas, le président «récupérerait les pouvoirs et les devoirs de sa charge» –et ensuite le vice-président et la majorité des membres du Cabinet ou du Congrès pourraient de nouveau transmettre leur déclaration de l'incapacité du président à exercer sa charge. À ce stade, la destitution finale du président nécessiterait un vote par les deux tiers de la Chambre des représentants et du Sénat.

Il faut aussi l'approbation de deux tiers des sénateurs pour destituer un président dans le cadre d'une procédure d'impeachment. Mais les règles dans ce dernier cas nécessitent des auditions et un procès. Pas le 25e amendement, donc tout pourrait aller très vite.

Trump est déjà sur la touche

En temps normal, il serait peu probable qu'une aussi grande majorité de législateurs s'accorde à évincer Trump. Mais si les instigateurs de son renvoi sont le vice-président Mike Pence et certains membres de son propre Cabinet, que lui-même a nommés –plutôt que des Démocrates comme Nancy Pelosi et Adam Schiff–, le vent pourrait radicalement tourner.

Déjà, Trump semble sur la touche. Dans une déclaration annonçant le déploiement de la garde nationale au Capitole, Christopher Miller, secrétaire à la Défense par intérim, a déclaré que lui et le président du comité des chefs d'état-major avaient consulté le vice-président et les présidents du Congrès; il n'a pas évoqué une consultation du commandant en chef, c'est-à-dire du président. De même, quand Pelosi a annoncé que le Congrès se réunirait de nouveau mercredi soir pour reprendre le processus de certification des grands électeurs (interrompu par l'émeute), elle aussi a dit avoir pris conseil auprès de Pence –mais pas un mot sur un éventuel échange avec Trump.

Est-ce que Mike Pence a déjà, dans les faits tout du moins, endossé les devoirs et les pouvoirs de la présidence? Où est Trump? Il n'a été ni vu, ni entendu depuis l'effrayante vidéo sur Twitter dans laquelle il disait aux insurgés de rentrer chez eux (mais aussi «nous vous aimons», et où il leur dit qu'ils «comptent») puis un autre tweet, plus tard, justifiant le comportement des émeutiers (et qui a incité Twitter à suspendre son compte pour douze heures)[1].

Dans l'intérêt du Parti républicain

Pendant ce temps, Trump perd en popularité auprès des législateurs et des législatrices républicains qui ont été évacués en urgence dans un lieu tenu secret lorsque les émeutiers –après avoir été excités par Trump dans un meeting juste à côté– ont franchi violemment les lignes de la police du Capitole, brisé des fenêtres et occupé la Chambre des représentants et le Sénat. Avant l'évacuation, le Congrès était en train de recevoir les objections contre les votes des grands électeurs d'au moins trois États opposés à l'élection de Biden.

L'assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump, le 6 janvier 2021. | Andrew Caballero-Reynolds / AFP

En début de journée, seule une douzaine de sénateurs, mais plus de cent membres de la Chambre des représentants, auraient été en faveur de ces objections. Pence, le plus obstinément loyal des vice-présidents, aurait dit à Trump la veille qu'il ne disposait d'aucune autorité légale lui permettant de renverser le résultat des élections à lui tout seul.

Lorsque la session du Congrès a débuté, Mitch McConnell, le chef des Républicains du Sénat, s'est prononcé avec éloquence contre ces objections, affirmant que Biden avait remporté l'élection, que le Congrès n'avait pas le pouvoir d'annuler le vote des citoyens et des États, et que si la pression pour faire passer ces objections était trop forte, le collège électoral pourrait être aboli –démarche qui rendrait la Maison-Blanche à peu près inaccessible aux Républicains à l'avenir– auquel cas la démocratie américaine pourrait subir des dégâts qui lui seraient fatals.

En bref, un grand nombre de Républicains pourraient être en train de calculer qu'il n'est pas dans leur intérêt à long terme de continuer à être associés à Trump –surtout s'il continue à exciter les plus violents de ses partisans.

Trump contre lui-même

Est-il vraiment possible que Pence invoque la section 4 et que deux tiers de la Chambre et du Sénat l'approuvent? Probablement pas –à moins, peut-être, que Trump ne continue à encourager les émeutes, et il ne fait pas de doute qu'il est susceptible de le faire.

Pendant ses quatre années en tant que président, surtout au cours des deux dernières semaines et encore plus ces dernières vingt-quatre heures, Trump a été à la fois son défenseur le plus bruyant mais aussi son pire ennemi. Sa paranoïa grossière et victimaire –consistant à rejeter tous ses échecs sur divers ennemis, réels et imaginaires– a contribué à sa défaite électorale et à celle de son parti lors du second tour des sénatoriales en Géorgie. Il n'admettra jamais son rôle dans ces défaites, tout comme il a dit à la foule de ses partisans lors du meeting de mercredi matin qu'il «ne concédera jamais» les défaites elles-mêmes.

Si Trump se calme, ou si ceux qui s'occupent de lui arrivent à le faire taire, il peut tenir encore deux semaines à la Maison-Blanche –bien que les incidents du 6 janvier aient ruiné son héritage déjà terni. Mais si Trump continue d'inciter les Proud Boys et autres aspirants miliciens à réaliser d'autres actes de résistance, certains Républicains pourraient bien céder à la tentation d'écourter un mandat déjà bien bref.

En tout cas, c'est ce qu'ils devraient faire.

1 — Entre-temps, à la suite de la certification de la victoire de Biden par le Congrès, le président a publié une déclaration dans laquelle il s'engage à assurer une transition des pouvoirs pacifique le 20 janvier, tout en persistant à contester la validité de l'élection, ndt. Retourner à l'article

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