Société

«Il m'a bel et bien remplacée en un week-end»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Sanaa, qui a cru à tort être enfin tombée sur l'homme avec qui elle vivrait une grande histoire.

«Je me sens pétrie de jalousie, triste, voire dépressive.» | Roberto taddeo via Flickr
«Je me sens pétrie de jalousie, triste, voire dépressive.» | Roberto taddeo via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je m'appelle Sanaa, j'ai 26 ans. Dans ma vie, par manque de confiance en moi, je n'ai jamais réussi à garder un homme plus de quelques mois consécutifs.

Je suis tombée sur cette personne, C., au début de l'été. Il a sept ans de plus que moi. J'avais l'impression de vivre une idylle avec lui. Nous habitions à quinze minutes de voiture, j'aimais passer du temps chez lui et je me sentais, comme c'est peu le cas, aimée, désirée. Nous n'avions pas le même rythme de vie cependant, car il travaille dans le Jura et que je bouge beaucoup entre régions pour mes divers projets. Et je me sentais sur le pied de grue car j'ai une peur ancienne de l'abandon.

Il a passé une semaine de randonnée avec mes amis et moi, et je me réjouissais d'avoir d'autres activités avec lui, qui aime le sport et le ski. J'avais confiance, je voulais passer du temps et me projeter avec lui.

Sauf qu'en octobre, tout s'est effondré. En rentrant d'un de ses week-ends, il m'annonce qu'il a «rencontré quelqu'un» pendant mon absence et que notre relation s'arrête là. Je demande des explications, il n'y en a pas vraiment, je passe la nuit à ses côtés à pleurer. Je tombe de haut, je ne m'attendais pas du tout à cela. Trois jours plus tard, je reviens lui dire ma façon de penser mais j'arrive au moment où il est avec sa nouvelle amante. Il m'a bel et bien remplacée en un week-end.

En attendant, le deuxième confinement est tombé. Je passe mon temps à l'imaginer avec cette autre femme. Je ne l'ai jamais vue mais je sais juste qu'elle est inverse physiquement à moi (je suis métisse alors qu'elle est blonde) et qu'elle habite à Genève. Je me sens pétrie de jalousie, triste, voire dépressive. Cela réveille en moi un sentiment dégradant.

En allant voir des amis de C., j'ai cependant compris qu'il avait un profil de séducteur, peu fiable, que je ne soupçonnais pas et qu'il a fait souffrir beaucoup d'autres femmes avant moi.

En attendant, je ne parviens pas à l'oublier. Je passe mon temps à me demander ce qu'il est en train de faire, s'il est avec elle. Me recentrer sur moi est impossible, malgré la promesse d'un voyage à l'étranger et d'un travail prometteur, je n'arrive pas à me réjouir. Je n'ai plus goût à rien, j'ai même eu des pensées suicidaires. Après cet amour, j'ai l'impression que je ne pourrai pas avancer ni retrouver la même personne.

Sanaa

Chère Sanaa,

Ce qu'il vous faut accepter c'est que vous n'êtes responsable en rien de son inconstance. Et en fait, ce qui vous manque aujourd'hui, c'est le sentiment de colère. Pour tourner la page, vous avez besoin de faire votre deuil et donc de vivre et de dépasser toute une palette de sentiments.

Parce que cette rupture est soudaine et ne vous laisse aucune place pour faire entendre votre cause, elle a agi comme un arrêt du temps dans votre vie. Vous êtes restée bloquée à ce moment de choc et vous ne pouvez que penser à lui, à elle, à ce qu'ils font. Vous êtes comme assise dans une pièce vide, les yeux fixés sur un écran qui ne diffuserait que des images d'eux. Il est impossible dans ce cas de vous concentrer à nouveau sur vous, votre vie ou même sur la suite.

Un film illustre bien cette phase obsessionnelle de la rupture, c'est la comédie romantique Addicted to love de Griffin Dunne. Meg Ryan et Matthew Broderick y incarnent deux personnages dont les ex se sont mis ensemble. Alors que, chacun·e de son côté, Sam et Maggie espionnent leur ancien·ne partenaire, les deux protagonistes se rencontrent et décident d'unir leur force pour casser le nouveau couple et renouer ainsi avec leurs ex.

Il y a de l'amour dans leur démarche folle. Il y a aussi un refus total de tourner la page, d'accepter ce qui n'allait pas dans leurs histoires terminées et de reconstruire, par la suite, une nouvelle histoire. Les deux personnages ont décidé de vivre un temps dans le passé sans comprendre que, déjà, les histoires pour lesquelles ils se battent sont finies depuis longtemps, qu'ils ont été oubliés et remplacés et que les personnes qu'ils rêvent de reconquérir ne sont rien d'autre que des objets de désir pour eux. Des objets dont on a retiré tout sens critique et tout libre arbitre. Les deux protagonistes souffrent alors: ils ne voient plus le monde qu'à travers une petite lorgnette, la vue de l'appartement où habitent leurs anciens amours.

C'est la phase que vous traversez pour le moment, Sanaa. Et vous devez prendre conscience que ce n'est que transitoire. Il y a un risque de rester bloquée dans cette zone fantôme, dans ce fantasme de l'autre et de sa vie. Je ne vous parle évidemment pas de retrouver l'amour de votre côté. Mais de retrouver, déjà, le goût de la vie. Vous avez le droit pour cela d'avoir besoin de le détester, de le voir comme un manipulateur, de revoir dans votre tête vos souvenirs sous un œil nouveau.

Vous avez besoin de recommencer à vivre et, avant ça, vous pouvez exprimer votre colère et votre frustration. Criez, cassez des trucs, passez des heures à reprocher à cet ex ses fautes auprès de vos ami·es. Ne restez pas hypnotisée par un bonheur que vous inventez. Cet homme a disparu de votre vie. Vous ne savez pas ce qu'il vit par ailleurs et cela ne vous concerne plus. Ce qui compte aujourd'hui, c'est vous. C'est d'être vivante, c'est d'aimer et d'être heureuse à nouveau. Et vous y arriverez, sans aucun doute.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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