Monde / Culture

Le prix du moment le plus gênant de l'année 2020 est attribué à... David Guetta

Temps de lecture : 2 min

Son hommage à George Floyd restera dans les annales. Mais pas pour les bonnes raisons.

Le 31 mai 2020, David Guetta rend hommage à George Floyd depuis le toit d'un immeuble new-yorkais. | capture d'écran via Youtube
Le 31 mai 2020, David Guetta rend hommage à George Floyd depuis le toit d'un immeuble new-yorkais. | capture d'écran via Youtube

Pour sûr, 2020 aura été riche en tragédies, en traumatismes et en injustices. Cette année pas comme les autres a également donné lieu à des sommets de drôlerie, volontaire ou non. Pour les journalistes du site américain Mic, c'est à David Guetta que l'on doit le moment de ridicule le plus mémorable de l'année écoulée. Si cette distinction était venue de France, on aurait pu la mettre sur le compte de la jalousie des Français·es à l'égard de leurs compatriotes qui ont réussi. Ce n'est pas le cas ici...

La scène se déroule à la fin du mois de mai, quelques jours après la mort de George Floyd, homme afro-américain tué par le policier blanc Derek Chauvin alors qu'il était déjà hors d'état de nuire. Une partie des États-Unis s'est soulevée contre cet énième crime raciste perpétré par la police, faisant revenir au premier plan le sujet des violences policières et du racisme dans lequel baigne la société occidentale.

Le 31 mai, David Guetta se produit depuis le toit d'un immeuble new-yorkais. La prestation du DJ est retransmise en direct dans le monde entier, avec pour objectif de récolter des fonds dans le cadre de United At Home, le dispositif caritatif qu'il a lancé afin d'aider les victimes du Covid-19.

Pendant son set, la mort de George Floyd ayant eu lieu quelques jours plus tôt, Guetta décide de se lancer dans un hommage qu'il n'a visiblement pas préparé et qu'il peine à improviser:

«Le monde traverse des moments difficiles, affirme-t-il alors face caméra dans un anglais manquant de fluidité. Et l'Amérique aussi, en fait. Et donc, la nuit dernière, quand j'ai su que nous allions faire ça, j'ai préparé un enregistrement spécial. Et donc cet enregistrement est en honneur de George Floyd. Et j'espère vraiment que nous pourrons voir plus d'unité et plus de paix, sachant que les choses sont déjà difficiles. Et donc... hommage à sa famille.»

Le ridicule ne tue pas, lui

Ce discours ampoulé laisse place à la musique, au sein de laquelle on entend distinctement un extrait du fameux discours de Martin Luther King, I have a dream. Quand le rythme commence à s'accélérer, Guetta décoche alors un sourire bienheureux et se met à brandir le poing, puis à danser de façon saccadée. Il faut le voir pour le croire. La version raccourcie diffusée sur les réseaux sociaux était déjà particulièrement gênante, mais la vidéo intégrale est particulièrement difficile à regarder en entier.

Pour Shawn Cooke, le journaliste de Mic, ce moment indescriptible s'inscrit dans la lignée des moments volontairement gênants proposés par certaines comédies américaines, et en premier lieu Popstar: Célèbre à tout prix. Dans ce film inédit dans les salles françaises, Andy Samberg interprète une popstar sur le déclin, prête à tout pour retrouver le succès... y compris à s'approprier des combats politiques avec la plus grande futilité.

On complètera volontiers cette comparaison judicieuse avec une référence à Aldous Snow, star de la pop jouée par Russell Brand dans l'immense American Trip. Son album African Child, et le single du même nom, lui valent d'être publiquement tourné en ridicule tant il s'érige en sauveur blanc dans le simple but de vendre des disques et de redorer son image.

Parmi les très nombreuses réactions qui ont suivi le livretsream de Guetta, on peut noter ce tweet, qui résume très bien les choses. Son autrice y écrit tout simplement: «La voilà. La façon la plus blanche possible de réagir face au racisme.»

De quoi nous faire toutes et tous réfléchir sur la façon dont nous devons nous comporter face aux discriminations afin d'aller au-delà des indignations de pacotille ou des hommages superficiels.

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