Politique / Monde

«Mauvais perdant», «petit con»: même les médias conservateurs commencent à détester Donald Trump

Temps de lecture : 4 min

Le New York Post, tabloïd farouchement pro-Trump, vient de publier une une accablante pour le président sortant qui refuse de sortir.

Donald et Melania Trump, le 23 décembre, à Washington. | Tasos Katopodis / Getty Images North America via AFP
Donald et Melania Trump, le 23 décembre, à Washington. | Tasos Katopodis / Getty Images North America via AFP

Le New York Post a publié un étonnant éditorial en une, en ligne dimanche soir et version papier lundi: «Le Post dit: arrêtez, M. le Président–pour vous et pour la nation.»

La rédaction y appelle le président Trump à renoncer à sa vaine croisade visant à renverser le résultat de l'élection s'il veut préserver son héritage, et l'encourage à se concentrer sur l'aide à apporter aux républicains en vue du second tour des élections sénatoriales qui doit avoir lieu début janvier en Géorgie.

Le journal critique également les complices de Trump, avec des mots très durs: il traite l'avocate Sidney Powell de «folle» et estime que l'idée de l'ancien conseiller à la Sécurité nationale, Michael Flynn, suggérant que la loi martiale pourrait obliger à rejouer les élections «équivaut à de la trahison». En outre, la tribune, qui s'adresse directement à Trump, rabroue le président pour avoir essayé de convaincre les républicains de lui accorder la victoire et l'accuse: «En d'autres termes, vous encouragez un coup d'État anti-démocratique.»

La volte-face est remarquable pour le journal de Rupert Murdoch, un tabloïd qui a aidé Trump à gagner en notoriété dans les années 1980, a soutenu sa candidature lors des primaires présidentielles de 2016 et de l'élection de 2020 et publié une série d'articles controversés sur Hunter Biden juste avant le scrutin, en utilisant des informations douteuses fournies par Rudy Giuliani, que même Fox News ne s'est pas aventuré à utiliser.

Le Post n'est pas le seul média conservateur ayant décidé de quitter le sentier de la guerre démolisseur de normes tracé par Trump. Et l'accent mis sur la conservation du Sénat est un thème courant qui remonte à avant l'élection, tel un moyen de reconnaître les failles de Trump tout en se faisant les défenseurs de la mission conservatrice.

Exaspération

La rédaction du Wall Street Journal –également propriété de la News Corporation de Murdoch– n'a eu de cesse de jeter le discrédit sur les ultimes tentatives de Trump de rester à la Maison Blanche et se montre de plus en plus sceptique face aux revendications du président. Trois jours après le scrutin, elle a publié un article encourageant Trump à porter ses requêtes devant les tribunaux, mais également à concéder gracieusement sa défaite s'il venait à perdre, estimant que refuser d'accepter les résultats nuirait autant au pays qu'à son héritage.

Le 23 novembre, la rédaction du journal a exprimé l'exaspération que lui inspiraient les singeries de Trump dans un article intitulé «La sortie de route de l'équipe de campagne de Trump» puis, une semaine plus tard, s'est rangée aux côtés de l'ancien procureur général Bill Barr qui affirmait que la fraude électorale n'aurait pas changé l'issue de l'élection.

Plus récemment, le 20 décembre, la rédaction a publié un article intitulé «Trump se trompe de sortie» l'accusant de négliger ses devoirs présidentiels pour se consacrer à piper des dés déjà jetés et ajoute: «Son numéro de mauvais perdant commence à irriter même les millions de personnes qui ont voté pour lui.» Dans d'autres tribunes, des membres du comité éditorial du Wall Street Journal comme Kimberley Strassel et William McGurn incitent aussi Trump à orienter ses efforts vers le second tour des élections sénatoriales en Géorgie.

Un «petit con»

Fox, autre propriété de Murdoch, a également accepté la défaite de Trump, après un retournement un tantinet plus spectaculaire. Maria Bartiromo et Lou Dobbs, de Fox Business, ainsi que Jeanine Pirro, de Fox News, ont soutenu les doléances du président jusqu'à ce que l'entreprise Smartmatic, spécialiste des technologies électorales, menace de poursuivre en justice les médias laissant entendre qu'elle aurait facilité la fraude.

À partir de là, les présentateurs de Fox se sont mis à diffuser des sujets qui discréditaient les allégations de trucage électoral. Geraldo Rivera, un ponte de Fox News, a même tweeté, samedi 27 décembre, que s'il avait soutenu le président au cours des quatre dernières années, il estimait que depuis l'élection, Trump se conduisait comme un «petit con qui se croit tout permis».

Sean Hannity, quant à lui, a déclaré aux téléspectateurs que les électeurs de Géorgie avaient «tous les droits d'être écœurés» par le résultat de l'élection présidentielle, mais qu'ils n'en devaient pas moins aller voter pour maintenir les candidats républicains en place dans l'État. Tucker Carlson a eu une prise de bec avec d'autres conservateurs après avoir critiqué Powell pour avoir échoué à produire des preuves de fraude électorale.

En dehors de l'empire médiatique de Murdoch, la rédaction de la National Review a publié deux articles estimant inacceptable la conduite de Trump post-élection: «Le gambit honteux de Trump» et «Fin de partie honteuse pour Trump Le premier, du 20 novembre, avertissait que les tentatives de Trump d'obtenir des dirigeant·es d'États qu'ils manipulent les rouages du processus électoral «précipiterait une crise constitutionnelle majeure». Le second, publié dix jours plus tard, critiquait les «procédures sans valeur» intentées par le président sortant.

Les deux emboîtaient le pas à l'éditorial pré-électoral publié par la rédaction qui, plutôt que de soutenir l'un ou l'autre candidat déclarait: «Nuls doutes sur le président ne doivent escamoter l'importance de la préservation du contrôle du Sénat par les républicains». Les messages des médias de l'establishment conservateur se rejoignent autour d'un thème commun: le combat dépasse la personne de Trump et il ferait bien de ne pas tout gâcher.

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