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En sport, la latéralité c'est capital

Yannick Cochennec, mis à jour le 15.04.2010 à 12 h 12

La plupart des sportifs de haut-niveau, gauchers ou droitiers, ont une préférence cérébrale qui leur confère un avantage.

En remportant, dimanche, le Masters d'Augusta pour la troisième fois de sa carrière, le golfeur américain Phil Mickelson a confirmé qu'il était bien le dauphin de Tiger Woods au classement mondial. Surnommé «Lefty» parce qu'il est gaucher sur les parcours, le Californien a cette particularité d'être droitier dans tous les gestes de l'existence.

Au tennis, Rafael Nadal, on l'a déjà rappelé ici, est également dans ce drôle de cas de figure: gaucher sur les courts, droitier dans l'existence. Ainsi va, parfois, l'étrange de vie des champions qui ignorent souvent les raisons de leur originalité liée à une habitude de l'enfance mais qui mérite que l'on s'attarde sur la question de la latéralité.

En effet, la latéralité est la préférence d'un individu pour la gauche ou pour la droite — et rien à voir avec la politique. Préférence manuelle — droitier ou gaucher. Préférence de pied lorsque l'on shoote dans un ballon. Préférence auditive quand on choisit une oreille pour répondre au téléphone. Préférence de bassin si l'on décide de sauter et de tourner sur soi-même comme un patineur artistique.

Préférence oculaire, chacun d'entre nous possédant un œil directeur qu'il est possible de connaître par le simple test: fixez un objet par le trou d'une feuille de papier que vous tenez en tendant les bras. Sans perdre l'objet de vue, vous rapprochez alors la feuille de papier vers votre visage et le trou vient se placer sur l'œil directeur. Il existe même une préférence cérébrale. Si votre œil directeur est le droit, votre cerveau dominant est l'hémisphère gauche et vice-versa.

Un droitier de la main et dont l'œil directeur est le droit est ainsi dit homogène. Même conclusion pour un gaucher de la main qui possède un œil directeur gauche. En revanche, une personne droitière de la main et gauchère au niveau de l'œil directeur (et inversement) est dite croisée. La population mondiale est homogène à 70%.

Mais il arrive que le sport contredise cette statistique.

Paradoxe, le top 100 du tennis mondial masculin est, lui, croisé à... 65%, d'après une étude réalisée il y a quelques années par Paul Dorochenko, spécialiste de la latéralité qui dirige aujourd'hui le centre international de rééducation du sportif de La Calderona à Valence, en Espagne. Une enquête menée par Catherine Garipuy, autre chercheuse dans le domaine de la latéralité, en 1997 auprès de 665 joueurs français classés de 0 à «première série», a confirmé ce taux inverse à la population globale. Conclusion: pour bien jouer au tennis, il vaut mieux être croisé. La «preuve» : Roger Federer et Rafael Nadal sont croisés.

Le coup droit et le croisé

Comme tous les croisés, selon Paul Dorochenko qui les a étudiés avec précision et dont nous livrons ici l'analyse, Nadal et Federer possèdent — génétiquement pourrait-on presque écrire — un très grand coup droit, ce qui n'est pas le cas des homogènes. Or le coup droit est LE coup du tennis moderne, particulièrement sur terre battue où il s'agit du coup le plus joué. D'où l'avantage d'être croisé pour bien jouer au tennis.

Pourquoi les croisés ont-ils un meilleur coup droit que les homogènes? Parce qu'ils voient la balle adverse arriver avec l'œil opposé à la main qui tient la raquette, ils doivent plus naturellement orienter la tête vers l'impact de la balle. Cela leur permet d'avoir un plan de frappe plus avancé que l'homogène qui frappe un peu plus en arrière, avec donc moins d'efficacité. Instinctivement, leurs épaules sont également plus tournées que celles des homogènes, ce qui va leur permettre de mieux fouetter la balle.

Le revers est le «problème» des croisés, particulièrement quand ils doivent le frapper le long de la ligne parce leur œil directeur voit la balle arriver tardivement, contrairement à l'œil directeur de l'homogène qui la fixe sur un plan de frappe plus avancé (Stefan Edberg, Andre Agassi et Gustavo Kuerten, dotés d'un très grand revers, étaient homogènes).

Cerveau dominant

Pourquoi Nadal s'en sort-il mieux que Federer sur ce coup? Avec un revers à deux mains, le Majorquin a tout simplement fait le bon choix — celui que doivent faire tous les croisés. Son revers à deux mains avec une main droite bien séparée de la main gauche, haute sur le manche et très dominante, lui permet, en effet, de frapper un revers le long de la ligne beaucoup plus performant que celui de Federer, que ce soit pour la qualité de la frappe ou les variations de hauteurs et de profondeurs de balle. Avec un revers à une main et une vision de croisé, ce coup est plus difficile pour Federer qui, tactiquement, ne peut rivaliser sur ce coup important quand il affronte l'Espagnol.

En revanche, une différence sépare les deux grands champions: ils ne sont pas sous l'influence du même cerveau dominant. Le cerveau dominant de Nadal est le gauche qui est celui des chiffres de la rationalité et de l'ordre. Aucune surprise donc à voir Nadal placer ses bouteilles sur le court de manière quasi-obsessionnelle et à le voir jouer au tennis de façon aussi méthodique et structurée, à la manière d'un joueur d'échecs. Mais les cerveaux gauches dominants ont une moins bonne gestion du stress car leur langage interne, trop riche, diminue leur motricité.

Le cerveau droit, chez l'homme, est le cerveau de la créativité, de la symbolique et de l'intuition - qualités éminemment représentées chez Federer, «dominé» par ce cerveau qui correspond à ceux qui aiment jouer des coups de poker. Un joueur qui est cerveau droit dominant est moins affecté par le stress car il est dans l'action, mais sujet à des problèmes de concentration sur la durée.

Il est important de connaître sa latéralité au tennis, mais aussi au golf ou dans d'autres disciplines. C'est apprendre à mieux réaliser le joueur que l'on est. C'est comprendre pourquoi un coup est plus difficile à jouer selon que l'on est croisé ou homogène. Vous savez désormais pourquoi votre un coup droit est performant et votre revers désastreux. Ou vice-versa.

Yannick Cochennec

Photo: Les Salvadoriens Marcelo et Rafaelo Arevalo en coupe Davis, face au Pérou, le 6 mars. REUTERS/Enrique Castro-Mendivil

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