Culture

Andrew Bird, Chilly Gonzales, Pierre Lapointe, Low: les sorties d'albums (de Noël) à ne pas manquer

Temps de lecture : 5 min

La rédaction de Slate vous recommande quelques disques pour offrir à cette année 2020 le réveillon qu'elle mérite.

«Hark!» d'Andrew Bird, «A Very Chillly Christmas» de Chillly Gonzales, «Chansons hivernales» de Pierre Lapointe, «Christmas» de Low. | Montage Slate.fr
«Hark!» d'Andrew Bird, «A Very Chillly Christmas» de Chillly Gonzales, «Chansons hivernales» de Pierre Lapointe, «Christmas» de Low. | Montage Slate.fr

Sommet parfois assumé du kitsch et de l'opération purement lucrative, l'album de Noël ressemble généralement à cette bûche dont l'excès de sucre nous dégoûte dès le 25 décembre passé. Heureusement, cette année encore, certain·es artistes sont là pour sauver nos tympans sans renfort de guimauve. Petite sélection de trois nouveautés et une réédition, accompagnée de petits fours, pour donner à votre réveillon, et aux jours qui suivront, juste ce qu'il faut de douceur et d'amertume. 2020, année idéale pour que la «magie de Noël» et André Rieu fassent un peu de place à la mélancolie.

Andrew Bird | «Hark!» (Loma Vista)

L'an passé, après avoir sorti ce qu'il avait lui-même (à raison) qualifié de «plus belle oeuvre jusque-là», le violoniste virtuose Andrew Bird avait déjà accompagné notre Noël avec un EP prénommé Hark! Six titres entre revisites de classiques du genre et nouvelles compositions, pour une initiative étonnante de la part de quelqu'un dont la production semblait trop sérieuse pour s'atteler à ce genre de projet.

A l'époque, Bird estimait rechercher «la lumière et la chaleur dans l'obscurité» que d'autres avaient réussi à apporter dans cet exercice. Cet EP se retrouve aujourd'hui augmenté pour former un album entier, fait de titres originaux comme de reprises de standards, ainsi que des revisites du «Andalucia» de John Cale et du «Souvenirs» de John Prine, emporté au printemps par le Covid-19.

Ces dernières années, la production d'Andrew Bird nous avait habitués à certains sommets, même s'il semblait aussi s'enfermer dans le sérieux qu'impose parfois son instrument. Mais dans le prolongement de son année 2019, Bird trouve ici une nouvelle échappatoire pour son violon élastique, ses sifflements experts et sa voix d'une douceur idéale. C'est un album empli de doute et de lumière, idéal pour ce noël chamboulé.

François Pottier

Chilly Gonzales | «A Very Chilly Christmas» (Gentle Threat/Fontana North)

Reprendre Wham! ou Mariah Carey en piano presque solo, ou les classiques «Silent Night» ou «Jingle Bells» en mode mineur, qui d'autre que Chilly Gonzales pour le faire? Voilà vingt ans que Jason Beck s'est réinventé en son alter ego détraqué entre hip hop et pop baroque, jusqu'à la musique de chambre qui est devenue sa marque de fabrique depuis son Solo Piano (2004).

Il n'y a presque rien d'étonnant à le retrouver aujourd'hui pour un album de Noël, à l'imaginer devant la cheminée, vêtu comme à son habitude de sa robe de chambre et de ses chaussons, à nous conter des histoires sur quelques notes de piano. Des histoires qu'il emprunte autant évidemment au folklore, mais donc aussi aux autres, comme la belle «Snow Is Falling In Manhattan» du grand David Berman, disparu l'an dernier, et réinventée ici avec Jarvis Cocker, accompagné de Leslie Feist. Seule composition originale de l'album, «The Banister Bough», interprétée par la Canadienne, invente un Noël où couper un sapin n'est plus une tradition, pour un réveillon qui n'en sera pas moins doux tant qu'il sera accompagné de ces chansons.

François Pottier

Pierre Lapointe | «Chansons hivernales» (Les disques Audiogramme)

Chansons hivernales n'est pas un album de Noël, c'est un album tout court. Comme le sont (presque) tous les disques de l'uniformément épatant Pierre Lapointe, c'est même un grand disque, un classique instantané à mettre les poils au garde-à-vous, d'admiration béate pour la parfaite voltige pop du Québécois.

Arrangé dans un luxe sinatresque, lustré de cordes et poli de cuivres, vaste comme l'océan qui sépare Montréal de Paris, il s'écoute 200.000 fois sans crise de foie gras ni diabète bête. Et ce, d'autant plus que les célébrations que le garçon dépeint –décape, plutôt– ont l'amertume du Xanax de début de soirée, piquent comme un sapin lyophilisé, sont enguirlandées d'amertumes familiales et clignotent comme des cœurs qui irradient de douleur.

«Sous sa fausse barbe défraîchie, beau-frère n'a pas trouvé d'alibi, cette année le Père Noël n'a vraiment pas l'air d'aimer la vie», chante par exemple Lapointe, de sa voix imposante, sur «Chaque année on y revient», la meilleure chanson de Joe Dassin depuis que Joe Dassin est mort. Ou «Six heures d'avions nous séparent, pourtant t'es encore bien trop près», cingle-t-il sur «Six heures d'avions nous séparent», meilleur hate song depuis «Pulp».

Drôle, réaliste, ludique et violent, Chansons hivernales est l'allié idéal de ces fêtes tempétueuses que votre moral redoute tant. C'est aussi une preuve de plus que Pierre Lapointe est l'un des artistes francophones les plus admirables des dernières décennies –des prochaines aussi, sans doute.

Thomas Burgel

Low | «Christmas» (Sub Pop)

On commence généralement un peu en avance. Bien avant le sapin, dès les premiers semblants de frimas, quand les températures frôlent les deux degrés réglementaires, en priant secrètement pour pouvoir, par la fenêtre, passer des heures à regarder la neige étouffer notre spleen hivernal de son blanc manteau bientôt dégueulasse.

La même, chaque année. En contrepoint aux loupiotes que des quidams sur nacelles installent dans le barnum noëlien de nos rues commerçantes, comme un antidote aux joies des paquets qui vont briller et aux enfants heureux, on prend une longue inspiration, on lance Christmas de Low, réédité cette année, et on laisse les humeurs au fusain des Américains teindre nos heures de ce noir qui leur va si bien.

Illuminé par la merveille absolue «Just Like Christmas», un Everest de mélancolie, ou au contraire, innondé de crasse et de chaos par la reprise au papier de verre de «Little Drummer Boy», traîné dans les affres lents de la pure détresse par les Évangiles selon Mimi et Alan que sont «If You Were Born Today», «Taking Down the Tree» (ce titre!), «Blue Christmas» (cette voix!) ou «Long Way Around the Sea», le Noël de Low n'a pas très bonne mine. Il fait même carrément la tronche –mais le bonheur qu'il apporte, au moins, n'est pas feint.

Thomas Burgel

À découvrir également:

  • Il est de coutume pour certains labels indépendants d'organiser des soirées de Noël et de proposer à leurs artistes de participer à grands coups de reprises de classiques ou de nouvelles compositions. À défaut de pouvoir en faire un concert, certains ont opté pour la sortie d'une compilation. C'est notamment le cas du label britannique Memphis Industries avec Lost Christmas, sur laquelle on retrouve les grands noms du label: The Go! Team, Field Music, ou Jesca Hoop avec une belle reprise du «White Winter Hymnal» des Fleet Foxes. Même initiative chez les Américains de Joyful Noise, avec dans leurs rangs, les très précieux Deerhoof ou Lou Barlow.

  • Quelques EPs pour accompagner le réveillon: déjà autrice de l'un des meilleurs albums de l'année avec Punisher, l'Américaine Phoebe Bridgers sort quatre titres supplémentaires pour le bien-nommé If We Make It Through December. Même chose pour Tori Amos avec Christmastide et même pour l'ancien Screaming Trees et parfois Queens of the Stone Age Mark Lanegan, sous le nom de Dark Mark, qui s'était déjà lancé dans ce même exercice il y a quelques années. Côté classique, le compositeur français Christophe Chassol a délivré son Message of Xmas, après son excellent Ludi en début d'année.

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