Société

«Fédération galactique» et télépathie: ces militaires qui croient aux extraterrestres

Temps de lecture : 7 min

Les extraterrestres sont parmi nous. Ce n'est pas moi qui le dis, mais un ancien général israélien. Car la thèse des aliens continue d'intéresser les armées.

Pour comprendre certains phénomènes aérospatiaux non identifiés, l'armée américaine a relancé une task force. | Stephen Leonardi via Unsplash
Pour comprendre certains phénomènes aérospatiaux non identifiés, l'armée américaine a relancé une task force. | Stephen Leonardi via Unsplash

Israël et les États-Unis sont en contact avec des extraterrestres, qui préfèrent pour l'instant rester discrets. Washington collabore même directement avec eux, dans leur base commune sur Mars. Vous trouvez ça absurde?

C'est pourtant Haim Eshed, un général israélien à la retraite qui l'affirme dans un livre de l'écrivaine Hagar Yanai qui vient de sortir, L'Univers au-delà de l'horizon.

Une «Fédération galactique»?

Haim Eshed n'est pas un ufologue comme un autre. Officier à la retraite, il a commencé sa carrière en 1969 dans le renseignement militaire. Doté d'un doctorat en ingénierie aéronautique obtenu aux États-Unis, il a été en pointe des nouvelles technologies dans son pays, avant de devenir le patron du programme spatial militaire israélien, de 1981 à 2010. Il n'hésite d'ailleurs pas à brandir cet argument d'autorité, dans l'interview au magazine Yediot qui agite depuis quelques jours le petit monde des ovnis: «Je n'ai rien à perdre. J'ai eu mes diplômes et mes prix. Je suis respecté dans les milieux universitaires, ici et à l'étranger.»

Mais que raconte ce retraité de 87 ans? Une «Fédération galactique» serait déjà en contact avec certains terriens et aurait commencé à mener des expériences sur notre planète. Les Américains sont en relations très étroites avec eux et Donald Trump a failli vendre la mèche. Mais les visiteurs de l'espace estiment qu'il est trop tôt pour faire leur coming out: l'humanité n'est pas prête. Cela ne les empêche pas, toujours d'après Haim Eshed, d'avoir construit une base avec les Américains dans les sous-sols de Mars… Même si aucun homme n'est encore allé sur la planète rouge.

«Aucune rencontre n'a jamais eu lieu entre nous et des aliens.»
Isaac Ben-Israel, directeur de l'agence spatiale israélienne

Dans la presse nationale, les héritiers de ce pionnier prennent sa défense comme ils peuvent. Isaac Ben-Israel, l'actuel directeur de l'agence spatiale israélienne, assure par exemple dans les colonnes du Times of Israël que lui aussi croit qu'il est possible que des extraterrestres existent… mais qu' «aucune rencontre n'a jamais eu lieu entre nous et des aliens». Comment rappeler le parcours et l'héritage de Haim Eshed sans dire qu'il s'est perdu en déclarations loufoques?

Photographie d'un supposé ovni dans le New Jersey, le 31 juillet 1952. | George Stock / CIA via Wikimedia Commons

L'humanité n'est pas prête et la crédibilité du fait du statut professionnel sont deux arguments récurrents dans les discours de ceux qui sont convaincus que des extraterrestres parcourent déjà le globe.

Tout en répétant à quel point l'être humain n'est pas capable d'accepter une telle remise en question de ses connaissances, et surtout de ses croyances, un certain nombre de chercheurs, d'aviateurs, d'astronautes mais aussi de militaires persiste à affirmer avoir eu des contacts avec des extraterrestres dans une multitude de colloques et de médias… sans jamais pouvoir fournir de preuves définitives. Vous n'êtes tellement pas prêts qu'ils le racontent à longueur de bouquins vendus en bonne place à la librairie du coin.

Un objet non identifié observé en août 1883 par l'astronome José Bonilla. | Wikimedia Commons

En France, le rapport Cometa se fait vieux

Rares sont les pays à avoir institutionnalisé leurs recherches sur ce sujet. La France en fait partie. Le Centre national d'études spatiales (CNES) s'y intéresse depuis 1977 avec un service qui a changé plusieurs fois de nom et de mission jusqu'à devenir en 2005 l'actuel Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan).

Dans seulement 3,5% des cas, il y a un vrai phénomène aérospatial non identifié.

Ce dernier référence et classe les phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN), terminologie préférée aux ovnis. Des centaines de signalements sont faits chaque année mais, croyez-moi, interviewer ces spécialistes est toujours moins croustillant qu'un échange avec un Haim Eshed: dans plus de 95% des cas, les phénomènes signalés sont soit explicables (62%) soit impossibles à étudier faute de données (34%). Dans seulement 3,5% des cas, il y a un vrai PAN. Et les employés du Geipan se contentent alors de hausser les épaules en disant: «On ne sait pas ce que c'est.» Pas folichon.

Des manifestants demandant en 1995 la vérité sur l'affaire Roswell, où des ovnis se seraient écrasés en 1947, selon eux. | Joshua Roberts / AFP

Il y a pourtant bien eu, de 1996 à 1999, une dizaine de spécialistes qui a monté un groupe de travail baptisé COMité d'ÉTudes Approfondies, plus connu sous le nom de Cometa. À sa tête, le général de l'armée de l'air Denis Letty, retraité lui aussi, avait porté leur rapport jusque sur le bureau du Premier ministre Lionel Jospin. La lecture est passionnante et décrit même plusieurs cas de rencontres, voire de combats aériens, opposant des avions militaires français, russes ou iraniens et des ovnis. Match nul: les pilotes ne sont arrivés à rien et les mystérieux objets leur ont tout simplement échappé.

Les membres de Cometa avancent, sans se montrer trop péremptoires, l'idée que ces objets soient le fait d'extraterrestres. Simple hypothèse, même s'ils insistent sur une forme probable d'intelligence. J'ai pu interroger le général Letty vingt-cinq ans après cette affaire. L'ancien pilote de chasse reste très prudent, même s'il est fier de dire que Jospin avait largement annoté leur rapport. Pas question en tout cas pour lui de parler d'extraterrestres. Le vieil homme se dit d'ailleurs tout à fait satisfait de ce qui se fait et décrit le Geipan comme ce qu'il y a de plus avancé au monde.

Des touristes quittant le site du crash d'ovnis présumés à Roswell, en 1997. | Hector Mata / AFP

L'Unité 10'003 russe, ovnis et télépathie

J'ai croisé un seul militaire qui m'a affirmé clairement avoir discuté avec des extraterrestres: le général russe Alexey Y. Savin. Après un début de carrière prestigieux dans la marine, il a créé en 1989 une nouvelle unité, la Military Unit 10'003, qui avait vocation à étudier les compétences extraordinaires de certains individus. Il était alors convaincu que les Américains étaient très en avance dans le domaine de la télépathie.

Le général Savin. | Alexey Y. Savin, autorisation de publication pour Slate.fr

Il dirigeait deux groupes. Le premier, composé de forces spéciales, reste couvert par le sceau du secret. Le second, composé de femmes civiles, était soumis à toutes sortes d'expériences. L'officier raconte par exemple que ses équipes ont pu visualiser des bases ennemies par la pensée ou encore aider à repérer des mines pendant la guerre en Tchétchénie.

«Les extraterrestres ont un code de communication composé de chiffres et de lettres, comme les opérateurs.»
Alexey Y. Savin, ex-général russe

Le général Savin décrit donc, parmi ces étonnantes aventures, une rencontre avec des aliens: «Pendant plusieurs mois, nous avons fait des recherches et compris comment instaurer le contact avec les extraterrestres grâce à la télépathie. Ils ont un code de communication composé de chiffres et de lettres, comme les opérateurs.»

A-t-il des preuves? Pas vraiment: il peut simplement fournir un courrier du ministère de l'Intérieur remerciant sa troupe pour sa participation à des opérations de police. Les derniers travaux sur ces questions ont été arrêtés par l'armée russe en 2012. Savin, lui, continue de proposer ses services dans le privé tout en écrivant des essais ésotériques. Comme souvent, le secret-défense a bon dos: aussi bavards soient ces témoins privilégiés, ils assurent ne pouvoir présenter de documents, faute d'autorisation. Dommage.

Un militaire de la Roswell Army Air Field avec des débris trouvés à 75 miles de Roswell, en juin 1947. | United States Air Force / AFP

Américains et Britanniques lassés de l'exercice?

En 2020, il n'y a plus grand monde qui s'intéresse, dans les armées, à de possibles contacts avec les extraterrestres. La modernisation des moyens de capture photographique ou vidéo, ainsi que l'augmentation des connaissances de phénomènes physiques, ont encore réduit le nombre d'observations de phénomènes non identifiés.

En 2013, le ministère de la Défense britannique avait déclassifié les dernières archives de son bureau dédié à l'étude des phénomènes ovnis, lui-même fermé depuis 2009. L'armée en était arrivée à la conclusion que les PAN ne représentaient pas une menace pour la sécurité et que la paperasse qu'impliquait l'étude des différents signalements consommait inutilement de la ressource.

Les Américains aussi ont largement levé la voilure. Après s'être passionnés pour le sujet tout au long de la Guerre froide, ils ont progressivement fermé la plupart de leurs services dédiés à la recherche d'extraterrestres. Parmi les plus emblématiques, le projet Blue Book, mené par l'armée de l'air de 1952 à 1969, a nourri de multiples fantasmes. Là aussi, sur un peu plus de 10.000 cas étudiés, la très grande majorité est expliquée.

Et pourtant, changement de logique à Washington cette année avec le déploiement d'un nouveau service, la Task Force PAN (Unidentified Aerial Phenomena Task Force –UAPTF) officiellement ouverte le 4 août 2020. Il s'agit pour le département de la défense d'«améliorer sa compréhension de la nature et des origines des PAN», dans l'idée de garantir la sécurité des aviateurs. Le Pentagone a en effet déclassifié cette année plusieurs vidéos tournées par des pilotes de l'aéronavale en 2004, 2014 et 2015, dans lesquelles on les entend s'exclamer devant de curieux objets qui échappent à toutes leurs connaissances.

Que penser de tout cela?

Il n'y a absolument aucun doute: les forces armées de nombreux pays se sont intéressées à cette problématique des phénomènes non identifiés. En leur sein, beaucoup d'individus ont cru, au moins pendant un temps, qu'il était probable que des visiteurs venus de l'espace soient une explication plausible. Ils sont aujourd'hui ultra-minoritaires à continuer de défendre la thèse d'aliens, qu'ils appartiennent à une «Fédération galactique» ou pas. Au-delà de leur intime conviction, ces derniers restent d'ailleurs bien en mal de fournir la moindre preuve tangible et multiplient les récits divergents.

Il y a cependant des phénomènes qui demeurent non expliqués, auxquels sont désormais systématiquement sensibilisés les jeunes pilotes. C'est notamment pour comprendre ce que sont ces objets, ces lumières ou ces perceptions que le Geipan français poursuit ses travaux et que l'armée américaine a relancé une énième task force.

Mais ne vous y trompez pas: si les militaires consacrent si peu de ressources à cette problématique aujourd'hui, c'est qu'ils sont convaincus qu'il n'y a pas grand-chose de menaçant et qu'il n'y a pas grand-chose à exploiter pour gagner les guerres de demain.

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