«Un château de cartes qui s'écroule»: ils sont sortis de l'engrenage complotiste
Société

«Un château de cartes qui s'écroule»: ils sont sortis de l'engrenage complotiste

Temps de lecture : 14 min
Marie Telling Marie Telling

Les théories les plus fumeuses les ont séduits. Jusqu'au jour où ils ont eu le déclic. Témoignages de conspirationnistes repentis.

Pendant près de deux ans, Jitarth Jadeja a sombré dans l'univers de QAnon, nébuleuse conspirationniste pro-Trump selon laquelle le monde serait secrètement contrôlé par un groupe de satanistes pédophiles. «D'une certaine manière, c'est presque rassurant de se dire qu'il existe une cabale maléfique qui nous dirige, raconte aujourd'hui Jitarth. C'est une réponse simple à une réalité complexe. Parce que l'idée que personne n'a le contrôle, que nous sommes tous en train d'errer sur un rocher qui flotte dans l'espace, est trop terrifiante.»

Cela peut paraître contre-intuitif quand on parle de théories aussi anxiogènes, mais plusieurs travaux de recherche ont montré que les gens se tournent vers le conspirationnisme justement lorsqu'ils se sentent anxieux ou désemparés et ont besoin de retrouver une sensation de contrôle.

«L'être humain, de manière globale, a horreur du hasard et n'aime pas les explications qui reposent sur des éléments aléatoires, explique Sylvain Delouvée, psycho-sociologue à l'université Rennes 2 et spécialiste des croyances collectives. Ce besoin de sens et cette détestation du hasard nous amènent à trouver les explications complotistes séduisantes parce qu'elles donnent réponse à tout.»

Cette quête de sens et de contrôle peut expliquer le succès que semblent rencontrer les théories du complot auprès d'un large public, depuis plusieurs années. «D'un point de vue mondial, on pourrait remonter ça au 11-Septembre. D'un point de vue franco-français, on voit que, lors des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, très rapidement, de nombreuses thèses complotistes ont émergé et ont trouvé un écho auprès du grand public», estime Sylvain Delouvée.

La crise du Covid n'a fait qu'exacerber la défiance de la population envers les autorités et le discours officiel. Face à l'incertitude, la tentation de trouver des réponses simples à des questions complexes est d'autant plus grande et les théories du complot toujours plus populaires. Que ce soit votre oncle qui parle d'un lien entre 5G et coronavirus dans le groupe WhatsApp familial, ou une ancienne camarade de classe du lycée qui partage le documentaire complotiste Hold Up sur Facebook, impossible d'y échapper.

Et si beaucoup consomment et partagent ces thèses sans forcément y adhérer complètement, certaines théories, comme celles du QAnon, ont pris une ampleur sans précédent cette année. Jusqu'à infiltrer le discours politique américain lors des élections: vingt-sept candidat·es au Congrès étaient des supporters de «Q» et deux d'entre eux ont été élus.

Pour beaucoup, la croyance en des théories du complot se résume à échanger quelques liens avec ses proches. Mais d'autres, comme Jitarth, sombrent dans le conspirationnisme, parfois jusqu'à se perdre eux-mêmes.

La plongée

Julien R. a plongé dans le monde du complotisme à la pré-adolescence et n'en est sorti qu'au lycée. À 12 ans, il découvre les théories conspirationnistes à travers un ami chez qui il allait jouer aux jeux vidéo. «Son oncle lui avait appris beaucoup de choses sur le complot du 11-Septembre, les chemtrails, le contrôle de la météo, le fait que l'on n'ait jamais marché sur la Lune, Rothschild, Coluche, Balavoine, John Lennon, Kennedy…, raconte le jeune homme qui a aujourd'hui 24 ans. En l'espace de trois ou quatre mois, j'ai eu accès à un nombre incalculable de théories fumeuses. C'était un espèce de fil: tout était lié, ça profitait forcément à quelqu'un et chaque nouvelle théorie semblait appuyer la théorie d'avant, puis celle d'après et ainsi de suite. Le fait que ça vienne d'un adulte, ça donnait aussi de la valeur à tout ça.»

Sa curiosité piquée au vif, Julien cherche alors plus d'informations sur ces théories en ligne: «C'est là qu'internet a consolidé mes croyances sur trois bonnes années. Que j'y crois un peu ou non, tout confirmait ces théories: en l'espace de deux minutes, je tombais sur des vidéos de quarante minutes sur Dailymotion qui m'expliquaient par A+B la véracité de la théorie que j'avais tapée sur Google, des vidéos avec du name-drop à gogo, une voix off inquiétante, des photos et des documents à ne plus savoir qu'en faire. La totale quoi.»

Leila Hay est tombée dans les théories du complot bien plus récemment. Cette étudiante de 19 ans, originaire du nord du Royaume-Uni, a sombré dans une spirale obsessionnelle autour de QAnon au début du confinement, alors qu'elle était de retour chez ses parents. Tout a commencé lorsqu'elle est tombée sur un post Facebook sur Frazzledrip, une théorie selon laquelle Hillary Clinton –cible privilégiée de QAnon– aurait été filmée en train de pratiquer un rituel satanique sur un enfant. «Il n'y a aucune preuve que cette vidéo existe, mais je me souviens avoir lu des posts de gens qui affirmaient l'avoir vue, raconte Leila. Et pour une raison ou une autre, ça ne m'a pas traversé l'esprit qu'ils puissent mentir ou troller. Je les ai juste crus et je me suis dit “cette vidéo existe et si ça c'est vrai, tout le reste doit l'être aussi”. C'est comme ça que j'ai découvert Pizzagate et à partir de là, ça ne s'est plus arrêté.»

L'établissement Comet Ping Pong de Washington, à l'origine de la théorie du Pizzagate. | Nicholas Kamm / AFP

L'étudiante enchaîne les pages Facebook, les vidéos YouTube, les comptes Instagram et se crée un compte Twitter uniquement pour suivre des disciples de «Q». Elle explique aujourd'hui: «Ça s'est mis à dominer mes journées. Dès mon réveil, la première chose que je faisais, c'était regarder mon téléphone parce que j'avais peur que quelque chose d'important se soit passé pendant la nuit, comme une arrestation ou de nouvelles infos. C'était comme une drogue et ça me gâchait la vie.» L'obsession de l'étudiante est l'expression de problèmes plus profonds. «J'ai une personnalité obsessive et je me retrouve facilement accro à certaines choses. Pour moi, QAnon n'était pas une théorie, c'était le symptôme de problèmes de santé mentale.»

«Plus tard, j'allais aussi découvrir que j'avais un trouble bipolaire.»
Jitarth Jadeja

La santé mentale a aussi joué un rôle dans la plongée QAnon de Jitarth, même si l'élément déclencheur a été l'échec des médias traditionnels à prédire l'élection de Donald Trump. «C'est à ce moment-là que je me suis tourné vers des sources d'info alternatives comme Infowars et Alex Jones [un animateur radio américain conspirationniste d'extrême droite, ndlr]», raconte l'Australien de 32 ans. Plusieurs années avant de découvrir «Q», il s'était déjà laissé convaincre par d'autres thèses complotistes, comme celle des «Blue Avians», un cocktail conspi rocambolesque mélangeant aliens bienveillants, contrôle des masses, et expérimentations militaires américaines.

Une semaine avant de tomber sur les thèses de QAnon, Jitarth apprend qu'il a un trouble du déficit de l'attention. «Plus tard, j'allais aussi découvrir que j'avais un trouble bipolaire. C'est un tel cliché, on dirait une checklist, ironise-t-il aujourd'hui. Mais, à l'époque, ça faisait presque un an que je m'étais isolé de mes proches parce que je ne comprenais pas ce qu'il se passait dans ma tête. Quand j'ai trouvé “Q”, ça m'a donné un sens de contrôle».

Sa consommation de contenus QAnon est vite devenue constante, que ce soit sur YouTube, Reddit ou 8chan. «J'étais comme un junkie. Chaque nouvelle révélation était une nouvelle dose. Si j'avais pu liquéfier tout ça et me l'injecter en intraveineuse, je l'aurais fait.»

Sentiment de supériorité

Un des attraits de l'univers conspirationniste pour ses disciples est le sentiment d'exclusivité, et souvent de supériorité, que les théories leur confèrent. Plusieurs articles de recherche en psychologie des théories du complot le montrent. Deux études de 2017, l'une pour la revue European Journal of Social Psychology, l'autre pour Social Psychology établissent un lien entre le besoin de se sentir unique et l'intérêt pour les thèses complotistes. «Peut-être les théories du complot permettent-elles de se sentir dépositaire d'informations rares et importantes auxquelles les autres n'ont pas accès, résume cet article de Advances in Political Psychology. Cela fait se sentir spécial, ce qui booste l'estime de soi.»

C'était le cas pour Julien au collège et au début du lycée. «Ça me donnait vraiment confiance en moi sur le côté “moi, je ne suis pas crédule, je sais”. Le fait que les gens ne s'intéressent pas à ces choses-là, n'y croient pas, ou passent tout de suite à autre chose, je me disais “qu'est-ce qu'ils sont bêtes, ça va leur tomber dessus un jour”», se souvient-il.

Lors d'un meeting de Donald Trump, un spectateur brandit le «Q» de «QAnon», le 4 août 2018, dans l'Ohio. | Scott Olson / Getty Images / AFP

Jitarth a aussi trouvé, du moins initialement, un booster d'ego en QAnon. «Je parlais de certaines théories à mes amis, mais sans jamais mentionner “Q”, explique l'Australien. Parce que ça me faisait du bien, ça me faisait me sentir spécial de connaître ces infos secrètes d'initiés. Je m'imaginais que quand tous ces secrets seraient révélés au grand jour, mes amis me regarderaient avec un niveau de respect qu'ils ne m'avaient jamais accordé auparavant.»

Isolement et anxiété

Mais derrière ce sentiment de supériorité se cachent un isolement et une anxiété accrus. Au lycée, Julien reste à l'écart de ses camarades. Il se souvient: «J'étais un peu un ermite. Si je remarquais que quelqu'un ne s'intéressait pas aux mêmes choses que moi ou croyait l'opposé de mes croyances, je le mettais tout de suite dans une case. J'étais odieux, sans être vocal, mais dans ma tête. Ça me faisait sombrer parce que c'est dur les années lycée quand t'es seul.»

Jitarth raconte le même isolement. «Ce sentiment de décalage avec le reste du monde, ça crée énormément de frustration et d'anxiété. Vous avez l'impression de ne pas avoir votre place et vous vous sentez encore plus à l'écart, seul, et aliéné que vous ne l'étiez avant.»

Évidemment, la nature et le contenu des théories alimentent l'anxiété. «QAnon est un univers tellement sombre, explique Leila. Selon ces théories, il y aurait un gouvernement secret de pédophiles qui tuerait des enfants et qui voudrait créer un nouvel ordre mondial satanique. On ne peut pas faire pire. C'est horrible et effrayant de croire à de telles choses.» Alors qu'elle s'enfonce toujours plus loin dans la galaxie QAnon, la jeune Britannique devient de plus en plus paranoïaque. Elle ne regarde plus de films, n'écoute plus de musique: «J'ai abandonné tout ce que j'aimais parce que j'étais convaincue qu'on essayait de me faire un lavage de cerveau.»

Les «croyances» de Julien (comme il les appelle) étaient elles-aussi vectrices d'anxiété. «Ça me dévorait parce que j'étais persuadé qu'il y avait une espèce de complot incroyable, un groupe qui contrôlait tout, au service d'un projet, explique-t-il. Nous on était des “petites gens”, on allait subir ça et je ne comprenais pas que ça n'intéresse personne. Le fait de penser à ce genre de choses, c'était anxiogène et j'ai eu des problèmes de santé rares pour un jeune adolescent: des reflux gastro-œsophagien, des problèmes de stress, de l'angoisse, des micro-ulcères.»

Retour au réel

Comment sortir de cet engrenage? Au risque d'en décevoir certains, les articles de fact-checking et de debunking (discréditer un concept ou une théorie) n'ont pas eu l'impact escompté sur Julien à l'adolescence. «Ça avait l'effet opposé, affirme-t-il aujourd'hui. Quand je voyais des contre-documentaires, je me demandais “pourquoi est-ce qu'ils essaient de prouver ça?”, je me disais que si le fact-checking existait, c'était justement qu'il y avait un problème.»

Non, le déclic de Julien a eu lieu un après-midi alors qu'il étudiait seul au foyer de son lycée. Depuis quelque temps, il s'intéressait déjà moins à certaines de ses croyances, même si d'autres, comme les théories autour du projet HAARP ou de l'alunissage, restaient indétrônables. C'est aussi la période où il s'est mis à s'interroger sur son futur et à s'intéresser à plus de sujets, y compris aux sciences. L'isolement lui pesait et il a commencé à se demander pourquoi personne, parmi ses pairs, ne partageait ses idées. «Je me rappelle du déclic parce que, physiquement, d'un coup, j'ai eu comme des palpitations. Je me suis dit: “Mais pourquoi je crois en tout ça? Peut-être que tous les autres sont normaux, peut-être que c'est moi et mes croyances le souci”. C'était la première fois que j'envisageais ce scénario, peut-être que tout ça était faux.»

Pour Julien, c'est un «château de cartes qui s'écroule». Il réalise alors que chacune de ses théories est appuyée par une autre mais qu'aucune n'est avérée. «Mes croyances ont commencé à s'effriter et je me suis dit “mais c'est pas possible, comment j'ai pu croire à tout ça?”»

Si c'est l'isolement de Julien qui l'a mené à cette remise en question, Leila, elle, a été aidée par sa mère. L'étudiante partage certaines théories avec elle, non seulement sa mère n'y croit pas, mais se rend compte que cette plongée dans le monde de QAnon a un impact sur la santé mentale de sa fille. «Ça l'a beaucoup préoccupé parce qu'elle sait que j'ai des tendances obsessionnelles et que j'ai des problèmes d'anxiété depuis longtemps, explique Leila. Elle était inquiète et me répétait que c'était malsain et qu'elle voyait que ça m'affectait. Si elle n'avait pas été là, je n'aurais pas pu m'en sortir donc je lui en suis très reconnaissante.»

Après plusieurs mois en plein fantasme QAnon, la jeune Britannique découvre QAnon Anonymous, un compte Twitter qui démonte les théories de «Q». Elle s'intéresse d'abord à la page en pensant qu'il s'agit d'un autre profil pro-QAnon, avant de commencer à lire le contenu: «Je n'avais encore jamais vu à quel point les théories de “Q” étaient inventées de toutes pièces, et je n'avais pas conscience de la masse de prédictions qui ne s'étaient jamais réalisées. Quand j'ai vu ça et que j'ai réalisé en parallèle l'effet néfaste que ça avait sur moi, ça a été une vraie prise de conscience et ça m'a poussée à sortir de là.»

Jitarth s'est lui aussi retrouvé confronté aux incohérences des théories QAnon. La demande d'extradition de Julian Assange par la justice américaine est vécue comme une trahison par l'Australien qui admire le fondateur de Wikileaks et estime que Donald Trump lui doit sa victoire. Tout bascule quand il remarque qu'une formule utilisée par le président américain lors d'un discours et interprétée comme un message aux disciples de «Q» est en réalité un tic de langage du Républicain.

Ses croyances s'écroulent. «J'étais sous le choc, je ne savais plus ce qui était réel et ce qui ne l'était pas, raconte-t-il. J'avais été tellement sûr de moi et j'avais eu tout faux. Je ne pouvais plus faire confiance à mes pensées ou à mes émotions. Je ne savais même pas si je pouvais me faire confiance quand je pensais que je ne pouvais plus me faire confiance. J'avais l'impression d'être pris au piège de mon propre esprit.»

Et après?

Pas facile de revenir à la normale quand on a vécu avec les théories du complot. Pendant six mois, QAnon avait tellement envahi le quotidien de Leila qu'elle ne savait ensuite plus comment occuper ses journées. «Je ne savais plus quoi faire d'autre, raconte-t-elle. Donc j'ai continué à passer pas mal de temps à lire des théories, jusqu'à ce que je fasse une thérapie et que j'apprenne à m'en défaire au quotidien. Peu à peu, j'ai arrêté de suivre les comptes QAnon, j'ai même supprimé mon compte Instagram parce que mon fil était envahi par du contenu QAnon.»

La jeune femme se concentre depuis sur son anxiété et ses problèmes de santé mentale: «Je me suis rendue compte que ce sont ces problèmes qui m'ont fait plonger dans tout ça, donc je veux me focaliser là-dessus pour éviter de sombrer dans d'autres cycles obsessionnels.»

Quant à Julien, ce qui lui est resté de cette expérience, c'est surtout la peur d'être crédule. «Une fois que j'ai compris que j'avais tissé un amas de croyances qui n'avaient pas de sens et qui m'avaient fait du mal, j'ai eu peur de croire à d'autres choses.» Comment apprendre à se faire confiance quand on réalise qu'on s'est trompé? Pour Jitarth, «le plus important c'est de toujours accepter et se dire qu'on peut avoir tort».

Parler à ceux qui croient

La question de savoir comment convaincre et parler à ceux qui souscrivent à des théories du complot préoccupe de plus en plus scientifiques et journalistes. Et tout le monde s'accorde à dire qu'il n'y a pas de solution miracle. «Le complotisme est une forme de croyance, affirme Sylvain Delouvée. On n'est pas face à une connaissance déformée qu'il nous faudrait remettre dans le droit fil de la vérité. Et la croyance va avoir du mal à entrer en contradiction avec des faits. On va retenir et sélectionner les faits qui confirment notre croyance, et pas ceux qui l'infirment. C'est comme la religion: essayer de démontrer à quelqu'un que Dieu n'existe pas est complètement vain.»

Cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer à échanger avec quelqu'un qui croit à des théories du complot. Au contraire, selon le chercheur: «Le pire serait de rejeter ou de fustiger tout discours qui serait en opposition à la version officielle en refusant la discussion. Le plus important c'est de maintenir le lien social et de maintenir la discussion.» Sylvain Delouvée recommande par exemple de poser des questions aux adeptes de certaines théories pour faire appel à leur esprit critique: «Je n'ai jamais vu un complotiste affirmer être un mouton ou un conformiste, au contraire, le complotiste, lui, il a le “vrai esprit critique”. Il faut justement jouer avec ça. Par exemple, le complotiste considère toujours que celui qui fait le complot a un intérêt et a quelque chose à y gagner. Alors, celui qui le révèle n'a-t-il pas un intérêt aussi? Il s'agit d'inverser le fameux esprit critique.»

Poser des questions, c'est justement ce que fait Julien quand il se retrouve face à un adepte du complotisme. «Même après avoir été dedans pendant des années, je ne sais pas comment expliquer à quelqu'un que ses croyances n'ont pas de sens, explique-t-il. Je sais qu'avec moi, ça n'a jamais marché quand les gens me disaient “ça n'a pas de sens.” Ce genre de réactions, j'en ai encore des souvenirs et je sais que, tout de suite, je me disais “qu'il est crédule, c'est pas possible d'être aussi naïf". Donc, la seule carte que je joue, c'est de poser des questions. Généralement, soit la personne elle-même comprend que ça n'a pas de sens, soit elle a déjà 150.000 croyances et là, c'est pas possible.»

«Les meilleures façons de debunker QAnon». «Mon mari demande le divorce à cause de Qanon». «J'ai quinze ans. QAnon a complètement pourri ma façon de voir le monde». | Captures d'écran d'un forum Reddit anti-QAnon

Même si ses questions n'ont pas un impact immédiat, pour Julien, elles peuvent jouer un rôle dans une éventuelle future prise de conscience. «Je vois ça comme des graines que je plante, qui peuvent ne pas avoir d'intérêt tout de suite, mais un jour peut-être.»

Jitarth et Leila conseillent, eux, de se concentrer sur l'attitude de celui ou celle qui croit, plutôt que sur son discours. «Sont-ils plus anxieux? Plus colériques? Plus stressés? Passent-ils leur temps devant leur écran? Focalisez-vous sur ça, plutôt que sur leurs croyances, recommande Jitarth. Une fois que d'autres pans de ma vie se sont épanouis, j'ai eu moins besoin de ce que QAnon m'apportait émotionnellement.» Une appréciation partagée par Leila qui conseille d'essayer «de reconnecter la personne avec sa vie d'avant, avec ses hobbies».

Approcher ces démarches avec générosité et bienveillance, sans jugement, est crucial. Quand Jitarth a compris que les théories QAnon auxquelles il avait cru étaient fausses, il a décidé d'écrire un message sur un forum Reddit anti-QAnon pour partager sa prise de conscience. Son texte a été très bien accueilli par les membres du groupe qui l'ont félicité pour sa démarche. «Si ceux qui ont commenté sous mon post Reddit n'avaient pas répondu avec autant d'empathie, je ne serais probablement pas là où j'en suis aujourd'hui, affirme Jitarth. Ils m'ont permis de préserver ma dignité. C'est quelque chose qu'on peut tous faire. Parce qu'il faut que ceux qui ont envie de quitter cet univers soient encouragés à le faire. Si on les ridiculise, qu'on les dénigre et qu'on les insulte, comment voulez-vous qu'ils veuillent revenir?»

Crédit photo: Jeff Swensen / Getty images North America / AFP

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