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L'Etat français peut-il être décapité par un crash?

En théorie non, mais il est déjà arrivé que des avions transportent un grand nombre de hauts dirigeants.

Samedi 10 avril, l'avion du président polonais Lech Kazcynski s'écrasait dans l'ouest de la Russie. En quelques secondes, la Pologne a perdu une grande partie de ses hauts dirigeants politiques, militaires et religieux et des figures historiques du pays. La France peut-elle être décapitée de la même manière?

En théorie, non. Comme dans la plupart des grands pays occidentaux, il existe des règles non-écrites qui interdisent à certains des plus hauts dirigeants du pays de voyager dans le même avion, afin d'être en mesure dans toutes les situations d'assurer la continuité de l'exercice du pouvoir. En France, le président de la République et le Premier ministre ne voyagent ainsi jamais dans le même avion, de même que le chef de l'Etat et le président du Sénat, qui doit selon la Constitution assurer l'intérim en cas de vacance de la Présidence.

L'impératif est le même dans tous les pays: si le Président meurt, il faut savoir dans l'instant qui le remplace. Cela est d'autant plus vrai dans les pays dotés de l'arme nucléaire. En France, le Président est le seul en mesure de décider l'engagement de la force nucléaire, fonction qui revient donc au président du Sénat en cas de vacance du pouvoir. Mieux vaut en effet savoir à tout moment qui a le pouvoir d'appuyer sur le bouton.

Aux Etats-Unis, le Président se déplace à bord d'Air Force One tandis que son vice-président emprunte l'Air Force Two, un autre Boeing 747. En Angleterre, on ne fait jamais voyager la reine et son mari dans le même avion.

«Pas de règles»

La Pologne fait figure d'exception dans ce domaine: «Nous ne disposons pas de ce genre de règles», a déclaré à l'AFP Dariusz Aleksandrowicz, porte-parole du Bureau de protection du gouvernement polonais (BOR). «A chaque fois, la décision ultime sur la composition d'une délégation officielle est prise par le Président ou par le Premier ministre», a-t-il ajouté.

En France, lors de certains déplacements officiels, les hauts responsables de l'Etat et du secteur privé se déplacent en masse. Ainsi, pas moins de sept ministres et certains des patrons les plus importants du pays comme Anne Lauvergeon (Areva), Louis Gallois (EADS), Fabrice Brégier (Airbus), Pierre Gadonneix (EDF), Gérard Mestrallet (Suez) ou encore Henri Proglio (Véolia environnement) étaient du voyage lors de la visite officielle du Président à Pékin en 2007, en plus de la mère et d'un des fils de Nicolas Sarkozy. Mais tous n'étaient pas dans l'A319 présidentiel, où les places sont limitées, et réservées en priorité aux conseillers, médecins, responsables de la sécurité et autres chargés de communication. Certains ministres, comme celui des Affaires étrangères, ont plus souvent l'honneur de voyager dans l'avion du Président que d'autres.

Armée

Dans l'accident du Tupolev présidentiel polonais, c'est de loin l'armée qui a été la plus touchée: le chef de l'état-major, les chefs des trois armées (Air, Terre et Marine), le chef des forces spéciales ainsi que le chef des forces opérationnelles (notamment en Afghanistan) ont trouvé la mort. Là encore, pas de règles, c'est le chef de l'état-major qui prend la décision finale dans le domaine du transport des hauts gradés.

Une situation d'autant plus étonnante que l'armée de l'Air polonaise avait déjà perdu bon nombre de ses hauts responsables dans le crash d'un CASA C-295M, un avion militaire de transport fabriqué par EADS, qui les ramenait... d'une conférence sur la sécurité aérienne. Cette anomalie devrait néanmoins bientôt être corrigée: le président de la Diète, qui assure l'intérim à la tête de l'Etat, a annoncé une révision des directives en matière de déplacements des responsables militaires.

En France, il n'existe pas de règle écrite dans le transport des militaires de haut-niveau, mais les pratiques sont «guidées par le bon sens». La diminution de la flotte signifie qu'il est plus difficile aujourd'hui d'envoyer plusieurs avions lors des déplacements des hauts gradés, et l'armée doit trouver le juste milieu entre efficacité et sécurité.

Grégoire Fleurot

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Photo: Devant le château de Vesailles en juin 2009, REUTERS/POOL New

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