Se tromper en triant ses déchets, c'est grave?
Société

Se tromper en triant ses déchets, c'est grave?

Temps de lecture : 6 min
Slate.fr

Les erreurs de tri empêchent un meilleur recyclage. Heureusement, sa simplification aide les citoyens à ne plus se tromper devant la poubelle. Êtes-vous à la page?

Il y a ces emballages qui me font toujours douter. J'ai lu des dizaines de fois les consignes du tri sélectif pour savoir ce que l'on peut jeter dans la poubelle à couvercle jaune: des boîtes de conserve, des journaux, des boîtes d'œufs... Mais qu'en est-il du sachet de pâtes en film plastique ou des pots de yaourt? Une fois sur deux, je ne comprends pas la consigne de tri imprimée sur l'emballage du produit. Impossible donc de trier les yeux fermés, et c'est un problème: la qualité des déchets, ce que je mets dans le bac destiné au recyclage, détermine justement la qualité de ce recyclage.

Vous doutez parfois aussi? C'est normal. Avec la mise en œuvre progressive de l'extension des consignes de tri en France, vous pouvez habiter ou non dans une commune qui trie plus ou moins. On ne met pas les mêmes déchets dans le même container selon que l'on habite à Paris, Aix-en-Provence ou Colmar. Fin 2019, environ vingt-cinq millions de Français étaient concernés par la simplification du tri sélectif, nous serons trente-quatre millions en 2020 et tous concernés en 2022. Sachez qu'en cas de doute, la solution la plus raisonnable est de tout mettre dans la poubelle verte. Les déchets ne seront pas recyclés, mais ils seront valorisés pour produire de l'énergie et vous limiterez le risque d'un refus de tri.

L'extension des consignes permet aux habitants de mettre presque tous les emballages dans le bac de tri et donc d'augmenter la part d'emballages plastique recyclés aux films (les fameux sachets de pâtes, par exemple), pots et barquettes. Jusqu'à présent, en France, les consignes de tri pour les emballages en plastique se limitaient aux bouteilles et flacons. La question est désormais de changer les comportements pour les adapter à l'évolution du tri.

La simplification du tri est peut-être déjà pratiquée dans votre commune

«C'est vrai qu'aujourd'hui, vous pouvez très bien trier une barquette plastique chez vous, car votre collectivité a déjà mis en œuvre l'extension des consignes de tri. Mais lorsque vous partez en vacances, cette même barquette plastique ne sera peut-être pas acceptée car le centre de tri de la collectivité de votre lieu de séjour n'est pas encore adapté à cette évolution de tri», explique Franck Pilard, responsable de la coordination des services avec les collectivités locales pour le recyclage des déchets chez Veolia. Le casse-tête peut même se compliquer avec un autre cas de figure. «Deux collectivités peuvent appliquer l'extension des consignes de tri mais l'opérer de manière différente. Dans l'une, il peut y avoir un bac jaune de collecte du tri où on mettra les journaux comme les emballages plastique, alors que dans une autre collectivité, il y aura deux bacs de couleur différents pour ces types de déchets», note Franck Pilard, qui admet que de telles différences peuvent semer le trouble chez le citoyen.

Quand je l'interroge sur le logo tri recyclable qui apparaît de manière irrégulière sur les sachets de pâtes, par exemple, l'expert m'explique qu'avec les différentes situations locales, les fabricants ne peuvent pas toujours savoir si leur emballage est «triable» par le consommateur. Habitant Lyon, j'ai donc vérifié si l'extension des consignes était entrée en vigueur chez moi en me rendant sur le site internet de la métropole, chargée de la collecte des déchets. J'ai eu le plaisir d'y lire ce message: «Le 1er janvier 2020, le tri devient plus simple dans la Métropole de Lyon: tous les emballages et papiers se trient!». Je n'ai donc plus à hésiter sur la direction que doit prendre le sachet de pâtes: c'est direct au recyclage, même si le logo sur l'emballage indique le contraire.

Mieux comprendre les habitudes de tri des Français

L'une des priorités pour les services de l'État, des collectivités et des entreprises spécialisées est de mettre en œuvre rapidement la simplification du tri sélectif. D'ici 2022, la loi pour la transition énergétique et la croissance verte prévoit l'obligation pour toutes les collectivités locales de s'y engager, pour en faire bénéficier 100% des Français. Mais il ne suffit pas que le tri soit simplifié pour être adopté et correctement mis en œuvre partout.

Il faut tout d'abord profiter de ce changement pour réaliser un travail d'information et de pédagogie axé sur l'éducation des citoyens et foyers à la prévention, puis aux évolutions du tri recyclable. Le déchet le plus vertueux est celui qui n'est pas produit. Les mesures contre les emballages plastique votées récemment dans le cadre de la loi Anti-Gaspillage et Économie Circulaire mettent clairement l'accent sur la fin des plastiques jetables, sur la prévention et 100% des plastiques résiduels recyclés d'ici 2025. L'extension des consignes de tri s'inscrit totalement dans cette démarche.

Avant cette extension, quatre Français interrogés sur cinq expliquaient avoir des doutes au moment de trier leurs emballages. Ceux en plastique, tels que le blister, la barquette, le film plastique, le tube de dentifrice, le pot de yaourt, etc... constituent les erreurs de tri les plus fréquentes, même chez les bons trieurs.

«La facilitation du geste de tri doit s'accompagner d'une démarche pédagogique s'appuyant sur l'implication des citoyens.»
Franck Pilard, responsable de la coordination des services avec les collectivités locales pour le recyclage des déchets chez Veolia

Les erreurs de tri ont un coût économique important dans le processus du recyclage. «Les industriels du recyclage ont besoin d'être approvisionnés par des matériaux triés de grande qualité pour les transformer en matière première recyclée. Si le taux d'impureté est trop élevé, les coûts des technologies de sur-tri employées fragilisent la compétitivité du recyclé par rapport aux matières vierges issus du pétrole», affirme Franck Pilard, qui estime que le refus de tri oscille entre 15% et 25% en France.

«L'extension des consignes peut même conduire à augmenter le refus, par exemple, avec des pots de yaourt qui sont désormais recyclables mais qui vont parfois être jetés à moitié plein. C'est pour ça que la facilitation du geste de tri doit s'accompagner d'une démarche pédagogique s'appuyant sur la prévention et l'implication des citoyens.» Le refus de tri a un coût important. Il pénalise la collectivité car les déchets non recyclés vont devoir être incinérés ou stockés. Ce qui représente déjà un surcoût financier. À cela s'ajoute une baisse des aides financières pour la collectivité qui reçoit des recettes selon la qualité du tri effectué sur son territoire.

Quand le tri sélectif est arrivé en France, des ambassadeurs faisaient du porte-à-porte pour expliquer le tri sélectif aux habitants. Si l'engagement citoyen est essentiel et la valorisation de son geste déterminante, encore faut-il appréhender les ressorts de sa motivation ou de son manque d'intérêt. Pour comprendre les comportements des Françaises et des Français et améliorer les réponses à apporter, de nombreuses initiatives voient le jour.

De plus en plus de collectivités ont recours aux sciences humaines et sociales, comme à Nantes, où le service des déchets de la métropole a recruté une chercheuse en sciences humaines pour étudier les comportements face au tri. «Pendant longtemps, nous avons eu une approche technique de la collecte sélective et du geste de tri avec une communication assez “culpabilisante” sur le refus de tri. Avec l'apport des sciences humaines et sociales nous devons nous orienter vers une communication d'engagement du citoyen dans un processus plus ambitieux, plus responsabilisant et donc plus durable», juge Franck Pilard.

Le bienfait écologique de l'extension du tri

Les approches comportementales des citoyens vis-à-vis du tri sont désormais autant étudiées que les questions techniques de la collecte des déchets. «Quand le tri est arrivé en France, dans les années 90, il y avait des ambassadeurs du tri sélectif qui faisaient du porte-à-porte pour expliquer le tri aux habitants. Avec l'évolution des enjeux de prévention, de réemploi, de réparation et d'amélioration de la qualité du tri, un coach “Zéro Déchet” serait plus adéquat qu'un “ambassadeur du tri”», poursuit Franck Pilard. En attendant, de plus en plus de collectivités, de startups ou d'associations se mobilisent à l'échelle locale pour sensibiliser, inciter et récompenser les bons trieurs de déchets avec des bons cadeaux, par exemple.

Des efforts qui portent leurs fruits. Dans les collectivités en extension de consignes, on trie en moyenne quatre kilos de plus par habitant et par an selon les chiffres d'ADEME Déchets: deux kilos de nouveaux emballages en plastique, mais aussi deux kilos de carton, verre, métal, bouteilles et flacons en plastique. En facilitant le geste de tri, l'extension des consignes de tri permet d'augmenter le nombre de citoyens trieurs.

Le bienfait écologique est énorme. Environ 1,6 million de tonnes de CO2 sont évitées chaque année par le recyclage des emballages, soit l'équivalent de 780.000 voitures en circulation pendant un an. Chaque kilo de déchet trié par habitant apporte donc sa pierre à l'édifice d'un monde plus vert.

Cet article vous est proposé par Slate.fr et Veolia dans le cadre de Green Mirror, un événement éditorial écrit et audio pour voyager dans le temps, prendre conscience et réfléchir sur les enjeux qui nous attendent collectivement face au changement climatique. Comment agir dès maintenant face à l'urgence?

Découvrez les solutions déjà existantes ou prometteuses à travers notre série d'articles et de podcasts publiés sur notre site-événement.

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